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LA 10e HEURELa Furieuse, qui tue les rebelles |
| Présentation | Introduction | Registre 1 | Registre 2 | Registre 3 |
Aucune technique de compression de personnages n'est utilisée, sauf dans la barque solaire pour les dieux 724 à 727. Chez AmenHotep II, les personnages ne sont pas compactés. Dans les 10e, 11e et 12e Heures, les décorateurs n'ont souffert d'aucun manque de place, et ils se sont étalés sur les murs jusqu'à la 5e Heure, semblant ignorer les gros problèmes qu'ils rencontreraient de la 1ère à la 4e Heure.
Cette Heure est facilement reconnaissable à la vaste pièce d'eau, au R3
, dans laquelle flottent les noyés, objets d'attentions particulières de la part d'Horus [745].
Aucun nom de divinité n'est écrit en rouge ici, contrairement à ce qui se pratique dans toutes les autres Heures.
Les deux lignes [10,3 79-80] qui décrivent les noyés, au R3, posent quelques problèmes délicats de traduction.
L'eau bienfaisante marque d'une très forte emprunte la totalité de cette Heure où se côtoient les mythes liés au retour de la Lointaine (la puissante Sekhmet et l'inondation) grâce aux ruses de Thot dont la magie permettra à l'œil d'Horus de redevenir sain et complet après l'agression dont il a fait l'objet, et qui a été évoquée dans les Heures précédentes.
Le Grand Dieu navigue paisiblement au R2
, précédé des âmes-baou de Sokar [729] et d'Osiris [732], tandis qu'une troupe fortement armée assure sa sécurité en repoussant une nouvelle fois le serpent-rebelle, le Terrifiant de visage [10,2 50].
Sur les rives
, alors que se déploient les subtiles images de Khépri/Sokar, des deux yeux solaires [696 et 699], de l'œil d'Horus, et de Thot assimilé à la Chair qui porte son œil [709], des divinités sont affectées à la punition des ennemis.
La fameuse scène des noyés
devenus semblables à Osiris occupe une partie importante du R3 et donne une note de fraîcheur et de réconfort à cette Heure.
Il est intéressant de noter que de nombreuses divinités, dont les noyés du R3, respirent grâce au souffle de la bouche divine ou aux sons qu'elle émet.
Le séjour de Khépri auprès de Rê [10,i 3] annonce les scènes importantes du R1. Le thème de l'eau bienfaisante développé dans ces trois registres à plusieurs endroits est évoqué aussi dans cette introduction [10,i 1].
En ce lieu plutôt agréable, les morts et les esprits-akhou regrettent que le passage du dieu qui leur apporte autant de bienfaits dure si peu de temps et se plaignent (= se lamentent) [10,i 3].
De nombreuses scènes de ce R1 illustrent plusieurs mythes qui s'interpénètrent. Les formes qui engendrent Khépri [10,1 4] évoquent aussi bien la boule d'excréments poussée par le scarabée [694] que la zone-ovale de Sokar déjà rencontrée à la 5e Heure
(voir aussi la note 413).
Une part importante de ce registre est consacrée aux deux yeux d'Horus et aux deux couronnes d'Égypte [695-700]. Ils sortent et entrent selon un processus déjà décrit à partir de la 7e Heure [10,1 4-7].
Plusieurs mythes autour de Sekhmet [701-704], de Thot [709], de l'œil d'Horus et de son inspection (sorte de bilan médical de bonne santé) [10,1 8] se côtoient et forment un tout théologique qu'il faut prendre le temps d'examiner et de comprendre (voir aussi la note 419). Ils se mélangent très intimement : Thot (guérisseur de l'œil d'Horus blessé) est aussi le maître du calendrier qui ramène l'inondation (= la Lointaine, aspect de Sekhmet, note 420). Son eau bienfaisante est constamment rappelée ici, y compris dans la scène des noyés au R3.
Enfin, à l'extrémité droite du registre, des divinités [710-717] qui respirent grâce au souffle qui est dans la bouche de ce Grand Dieu [10,1 10-11] ont pour rôle de maltraiter les cadavres de ses ennemis.
Devant la barque représentée sans changement depuis la 7e Heure, les dieux qui sont en ce lieu reposent dans l'eau [10,2 39-40] et semblent heureux du son produit par les avirons (?) de l'équipage (bien qu'aucun rameur ne soit représenté). Il s'agit peut-être d'une allusion aux noyés du R3.
Les serpents aux aspects complexes [730 et 732] évoquent l'âme-ba de Sokar [10,2 41] (à laquelle on fait allusion pour la deuxième fois) et celle d'Osiris [10,2 45].
En tête du cortège, douze dieux punisseurs [733-744] armés de flèches, de <lances> et d'arcs [10,2 46-47] doivent repousser le serpent-rebelle [10,2 50].
Horus [745] adresse aux trois groupes de quatre noyés [746-748] des paroles pleines de sollicitude et formule pour eux des vœux de bien-être [10,3 79-80]. Son père (Osiris) [10,3 80] a sans doute péri de la même façon et tous ceux qui ont subi le même trépas lui sont assimilés et jouissent de privilèges importants dans l'au-delà. Leurs chairs ne se sont pas décomposées [10,3 80].
Cette eau qui les a tués un jour devient maintenant pour eux un bienfait, celui de la Grande Inondation [10,3 80] à laquelle il est fait allusion une nouvelle fois.
A droite, un groupe de quatre divinités [749-752] chargées d'éclairer le chemin (selon AmenHotep II) est précédé de l'énigmatique Crosse (Me)zet-Nehes (osirienne ?) à tête de Seth [753].
- « Assurément, le roi { MenKheperRê }, juste de voix auprès du Grand Dieu souverain de la Douat, les connaît par leurs noms et parcourt la Douat jusqu'à sa fin sans qu'il soit repoussé du firmament [?] près de Rê » [10,i 3].
- « Celui qui connaît cela par leurs noms est quelqu'un qui (peut) parcourir la Douat jusqu'à sa fin sans qu'il soit repoussé du firmament [?] près de Rê » [P1,a 55]
[Les titres, les subdivisions et les informations écrites entre crochets sont des commentaires ou des ajouts du traducteur.]
Notes
(410) L'adjectif grand a été oublié dans la version de MenKheperRê, sans doute par étourderie du scribe, car il se trouve déjà dans le texte, deux mots avant, dans l'expression « ce Grand Dieu ». Il avait déjà omis quelques mots au même endroit de l'introduction, à la 9e Heure.
(411) Allusion claire aux premières scènes du registre 1.
(412) Igeret (prononcer un g dur, comme dans guerre) est une région de la Douat comprise comme un lieu de silence (gr = silence). Elle peut être le théâtre de luttes entre Rê et ses ennemis. La cause des « plaintes » (au sens de mécontentement) n'est pas bien claire. L'image secrète d'Igeret désigne sans doute le cadavre d'Osiris.
(413) Le scarabée pousse (avec ses pattes avant !) ce qu'on pourrait appeler un « ovale de sable ». Le même terme bien difficile à rendre en français se trouve en H5R3, aux § 5,3 192-199, où il désigne le lieu où réside Sokar. Jeu de mots et de formes entre la boule d'excrément où le scarabée va pondre ses œufs et le sable entourant Sokar, images du dieu solaire mort qui va renaître, comme le précise le texte lui-même.
(414) Le dieu champêtre n° 689, à l'extrémité droite du registre 2, à la 9e Heure, porte le même nom aussi difficile à traduire ici que là...
(415) Le « Double-Torsadé » est le double serpent n° 696 et qui peut évoquer très vaguement un caducée.
(416) Le texte ne précise pas explicitement
qu'il s'agit d'yeux. Toutefois, ce R1 fait plusieurs fois référence à « l'œil
d'Horus ». En égyptien, l'œil est un mot féminin. Le
texte dit « celle de gauche » et « celle de
droite ». Mais ce féminin ne peut désigner les déesses. Il faut
donc chercher un autre mot féminin auquel il se rapporterait, et Erik
Hornung (avec son habituelle perspicacité) pense aux deux yeux d'Horus.
Noter ici, dans le texte égyptien, que la gauche se trouve à l'est et la
droite à l'ouest, car on s'orientait en se tournant vers le sud, d'où
proviennent les eaux du Nil, source de vie en Égypte. « L'œil
gauche » est donc le n° 696 et « l'œil
droit » le n° 699 anonyme. Généralement, « l'œil
gauche » d'Horus désigne la lune ou l'œil-oudjat
(associé à la théologie de Thot) tandis que son « œil
droit » désigne le soleil. A Esna, « l'œil
gauche » d'Atoum sera considéré comme le soleil.
Quant au « signe-divin-sedefyt », il pose de
grosses difficultés d'interprétation et soulève bien des débats. Erik
Hornung pense qu'il a un rapport avec une corde avec laquelle Apop serait
châtié. Le signe nTr seul, dans l'écriture
courante, sert à désigner une divinité ou ses manifestations.
(417) Les textes des 7e, 8e et 9e Heures nous ont déjà familiarisés avec ce processus où l'on voit surgir certains éléments à l'approche du dieu solaire qui retournent à l'obscurité après son passage.
(418) A propos des déesses 695 et 697 portant une main à leur front, voir la 2e phrase et les suivantes de la note 285, à la 6e Heure.
(419) Le texte qui suit nous montre que cette « inspection » (ou encore décompte, dénombrement, vérification) consiste pour ces divinités à s'assurer que l'œil d'Horus arraché par Seth a bien été guéri par Thot, est redevenu complètement sain, et peut ainsi être redéposé dans le globe oculaire du dieu pour le compléter et pour lui faire retrouver son intégrité physique. Dans l'écriture hiéroglyphique, les six parties constituant l'œil-oudjat servent à écrire les fractions 1/2, 1/4, 1/8, 1/16, 1/32 et 1/64, dont la somme fait d'ailleurs 63/64. Sur le 1/64 qui manque, toute une mystique est imaginable.
(420) Les « puissantes-Sekhmet » désignent bien sûr les quatre déesses à tête de lionne, aspects de Sekhmet, la terrible déesse qui sait également guérir. Ici, bien des mythes s'entremêlent. Sekhmet, la puissante, saura guérir l'œil divin blessé, mais elle constitue aussi un des aspects de la Lointaine, associée à l'inondation, que ramène le rusé babouin (Thot) après qu'elle a failli massacrer toute l'humanité. Ne pas oublier que le lieu où l'on situe (si l'on peut dire) cette Heure a pour nom « Celui aux eaux profondes et aux rivages élevés » [10,i 1]. Blessure et guérison, sécheresse mortelle et inondation, deux mythes réunis ici pour réaliser le retour à la vie des dieux, des Deux-Terres et des hommes. On pourra lire sur ce sujet deux livres passionnants, l'un de Christiane Desroches-Noblecourt : Amours et fureurs de la Lointaine, l'autre d'Isabelle Franco : Mythes et Dieux - Le Souffle du Soleil .
(421) « la Chair qui porte son œil » est le surnom donné au dieu à tête de babouin n° 709, aspect de Thot (sous l'aspect d'une momie), qui porte l'œil d'Horus.
(422) Encore une phrase bâtie sur le jeu de mots de la triple répétition du même verbe xpr (venir à l'existence), sous trois formes grammaticales différentes, et qui rendent la traduction en français plutôt malaisée.
(423) L'œil-akhet est l'un des noms que peut prendre « l'œil droit du dieu solaire », ou l'œil gauche oudjat. Ce nom a déjà été évoqué dans le texte de conclusion de la 2e Heure, au § 2,c 259.
(424) Les déesses 11 (H1R1) et 602 (H8R1) portent le même nom.
(425) Il est bien difficile de savoir si ces deux bras se réfèrent aux deux appendices qui forment la tête de ce dieu, et surtout quelle est la nature de ces appendices. On trouve, dans la partie droite du registre 2, à la 4e Heure, le dieu n° 310 avec la même tête et qui est appelé « Celui qui est sur son sarcophage » [?]. Enfin, une autre divinité au même aspect mais appelé cette fois « Le Lieur » (n° L,64) figure sur la face d du Pilier 2.
(426) Horus dissimule dans les marécages du Delta les parties reconstituées (et donc les différents aspects) du cadavre de son père Osiris assassiné. C'est lui qui a édifié « l'Espace Caché », comme le dit très souvent notre texte, et qui l'a décoré. Il peut donc recevoir le surnom de « Celui qui cache les formes ».
(427) Selon Erik Hornung, les « cuisses »
pourraient être celles des animaux sacrifiés (Textes des Pyramides,
§ 804c).
«... en tant qu'Horus qui est devant ses (offrandes-de-)cuisses »
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(428) Ce texte fait sans doute allusion aux noyés dont il va être question au R3 et qui bénéficient d'un statut privilégié. Ils avaient déjà été évoqués brièvement en H5R3 au § 5,1 22. Ici, les avirons de la barque produisent un son plutôt frais et agréable leur permettant de « respirer ». En H9R2, les rameurs « donnent de l'eau, avec leurs rames, aux esprits-akhou ».
(429) « les deux qui épaulent » sont les déesses qui encadrent le serpent à deux têtes. « L'image toute entière » désigne le serpent à deux têtes et le faucon qu'il contient. Cette image accompagne le dieu solaire également dans le ciel, car c'est son âme-ba. D'où son retour en terre avec lui.
(430) Noter cette subtilité du texte qui
parle de « Sokar qui préside à la Douat » tandis que son
âme-ba (le faucon) « préside au ciel ».
Le faucon présente ainsi le double aspect de l'oiseau mort
momifié (ci-contre), aspect de Sokar/Osiris, qui règne dans la terre (voir
les 4e et 5e Heures) et du faucon bien vivant, aspect d'Horus-Rê, qui
règne dans le ciel.
(431) Le « Premier de ceux de l'Ouest » est un surnom courant d'Osiris (qui règne dans la terre). Le serpent à tête de faucon est son âme-ba (qui règne dans le ciel, ce dernier commentaire étant facile à rétablir selon la scène précédente).
(432) Le rédacteur de l'original, sans doute un peu distrait, a oublié de mentionner, comme on peut le constater dans les autres versions, les lances portées par le deuxième groupe de dieux, le premier portant des flèches et le troisième des arcs.
(433) Ces 12 dieux sont donc affectés à la protection permanente du dieu solaire et ne sont pas postés seulement à cette 10e Heure, comme le fait comprendre la suite du texte.
(434) Confirmation de ce qui est dit au § 1,3 120 de la 1ère Heure : « Il fait ses transformations après avoir franchi ce portail sans que les morts (hostiles) le suivent ».
(435) « Le Terrifiant de visage », c'est Apop réduit à l'impuissance à la 7e Heure mais qui n'est jamais totalement anéanti. Il faut s'en méfier continuellement
(436) Les dieux 733 à 736 portent, en guise de tête, un cercle avec un point en son centre. Selon les conventions habituelles, comme pour Horus n° 745 au registre 3, il ne fait aucun doute que c'est le soleil. Mais ici, c'est moins évident, d'autant plus que la traduction du nom n° 733 pose problème. Il pourrait s'agir plutôt d'une cible ronde, image bien en accord avec leur fonction d'archers, comme pourrait inciter à le croire les noms des dieux 737 et 741. Mais l'hypothèse reste incertaine.
(437) Le dieu n° 40, H1R2, porte le même nom.
(438) Horus s'adresse à tous ceux qui ont péri soit par noyade accidentelle, soit à la suite du chavirement d'une embarcation, soit de toute autre façon. Ils sont tous considérés comme ceux « qui sont dans le Noun », et comme « ceux de la Douat ». Un statut enviable. Il s'adresse ensuite personnellement à chacun des trois groupes de noyés en utilisant la description correspondant à leur posture respective dans l'eau.
(439) « Sombre, obscur », est un terme dont le sens exact, ici, doit nous échapper, car il ne correspond pas au sort bienheureux de cette catégorie de défunts, à moins qu'il s'agisse simplement des tons « sombres » utilisés par l'artiste pour les représenter en tant qu'« images » dans l'eau ?
(440) Le texte dit précisément « leurs deux bras dans l'époque de leurs visages ». On peut noter que l'image ne montre qu'une seule main portée au visage, et que la préposition utilisée devant le mot « visage » qui concerne le temps est employée ici pour concerner l'espace, sans doute une manière poétique de s'exprimer. Sans compter le mélange des styles direct et indirect, malaisés à rendre en français.
(441) Cette phrase s'adresse au 2e groupe de noyés. Ils gisent le visage tourné vers le bas, le dos dirigé vers la « surface » de l'eau. Mais il ne s'agit-là que d'une interprétation possible, et non d'une certitude. Quant à ceux du 3e groupe, ils gisent le dos contre le lit du fleuve, face tournée vers le haut.
(442) Expression dont le sens exact nous échappe.
(443) « sans que vos genoux soient retenus » se trouve dans les autres versions mais a été omis par le scribe de MenKheperRê.
(444) Le vocabulaire utilisé dans ce passage et dans ce contexte bien particulier présente de très nombreuses difficultés. Cette remarque est d'ailleurs valable pour l'ensemble des §§ 10,3 79 et 80. La traduction donnée ici en petits caractères est à prendre avec précautions. Il est difficile de savoir précisément ce que souhaite Horus pour ces noyés, si ce n'est du bien. On peut penser que les mouvements de natation qu'ils effectuent leurs permettent de passer sans encombres des eaux tumultueuses de ce lieu aux eaux plus calmes de la « Grande Inondation » pour enfin « aborder à ses rives » et être sauvés là où d'autres seraient anéantis.
(445) Ils respirent « le souffle qui sort de la bouche du dieu », comme cela est dit à plusieurs reprises dans nos textes.
(446) Le mot égyptien qui est traduit « père » est mal écrit, ce qui pourrait le faire confondre avec le mot « chair » qui semblerait bien aller ici. On hésiterait donc entre « les noyés à la suite de (ma) chair » et les « noyés à la suite de (mon) père ». C'est la lecture « père » qui est retenue parce qu'on la trouve chez Thoutmosis Ier, mais aussi parce que c'est Horus qui parle de son « père » Osiris qui lui aussi a péri de noyade (bien que les textes ne disent rien de précis à ce sujet particulièrement tabou). Ces défunts acquièrent ainsi un statut très privilégié, comme Osiris lui-même.
(447) Contrairement à ce qui se fait dans toutes les autres scènes de la tombe, ce groupe de divinités n'a pas de texte descriptif qui existe pourtant bel et bien dans d'autres tombes. Sans doute encore un oubli de notre scribe. Je donne ici la version de son fils AmenHotep II.