LA 10e HEURE

La Furieuse, qui tue les rebelles

 

10.1 Situation

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Présentation Introduction Registre 1 Registre 2 Registre 3

 

10.2 Présentation

Situation dans l'Espace Caché de la Douat
A l'est.
- Description dans la version complète : à l'introduction [10,i 3].
- Description dans la version abrégée : [P1,a 55].
 
Disposition des scènes
La 10e Heure respecte la disposition normale des Heures sur trois registres, comme chez AmenHotep II. Dans chacune des deux tombes, aucune porte d'accès à une chambre latérale ne vient perturber les artistes.
Géographie du lieu Voir le schéma du parcours
- Région visitée par le dieu solaire : Héliopolis (avec une discrète allusion à Saïs au R2 [728] ).
- Divinités principales : Horus dont le nom est cité 12 fois, mais aussi Rê/Khépri.
- Portail : « (le Grand) en manifestations, qui engendre les formes » [10,i 1].
- Lieu : « Celui aux eaux profondes et aux rivages élevés » [10,i 1]
- Nom de l'Heure : « La Furieuse, qui tue les rebelles » [10,i 2].
- Gardien : pas de gardien affecté spécialement à cette Heure.
Particularités

Aucune technique de compression de personnages n'est utilisée, sauf dans la barque solaire pour les dieux 724 à 727. Chez AmenHotep II, les personnages ne sont pas compactés. Dans les 10e, 11e et 12e Heures, les décorateurs n'ont souffert d'aucun manque de place, et ils se sont étalés sur les murs jusqu'à la 5e Heure, semblant ignorer les gros problèmes qu'ils rencontreraient de la 1ère à la 4e Heure.

Cette Heure est facilement reconnaissable à la vaste pièce d'eau, au R3 , dans laquelle flottent les noyés, objets d'attentions particulières de la part d'Horus [745].

Aucun nom de divinité n'est écrit en rouge ici, contrairement à ce qui se pratique dans toutes les autres Heures.
Les deux lignes [10,3 79-80] qui décrivent les noyés, au R3, posent quelques problèmes délicats de traduction.

Les textes et les illustrations de la 10e Heure

L'eau bienfaisante marque d'une très forte emprunte la totalité de cette Heure où se côtoient les mythes liés au retour de la Lointaine (la puissante Sekhmet et l'inondation) grâce aux ruses de Thot dont la magie permettra à l'œil d'Horus de redevenir sain et complet après l'agression dont il a fait l'objet, et qui a été évoquée dans les Heures précédentes.

Le Grand Dieu navigue paisiblement au R2 , précédé des âmes-baou de Sokar [729] et d'Osiris [732], tandis qu'une troupe fortement armée assure sa sécurité en repoussant une nouvelle fois le serpent-rebelle, le Terrifiant de visage [10,2 50].

Sur les rives , alors que se déploient les subtiles images de Khépri/Sokar, des deux yeux solaires [696 et 699], de l'œil d'Horus, et de Thot assimilé à la Chair qui porte son œil [709], des divinités sont affectées à la punition des ennemis.

La fameuse scène des noyés devenus semblables à Osiris occupe une partie importante du R3 et donne une note de fraîcheur et de réconfort à cette Heure.

Il est intéressant de noter que de nombreuses divinités, dont les noyés du R3, respirent grâce au souffle de la bouche divine ou aux sons qu'elle émet.

Texte d'introduction

Le séjour de Khépri auprès de Rê [10,i 3] annonce les scènes importantes du R1. Le thème de l'eau bienfaisante développé dans ces trois registres à plusieurs endroits est évoqué aussi dans cette introduction [10,i 1].

En ce lieu plutôt agréable, les morts et les esprits-akhou regrettent que le passage du dieu qui leur apporte autant de bienfaits dure si peu de temps et se plaignent (= se lamentent) [10,i 3].

Registre 1

De nombreuses scènes de ce R1 illustrent plusieurs mythes qui s'interpénètrent. Les formes qui engendrent Khépri [10,1 4] évoquent aussi bien la boule d'excréments poussée par le scarabée [694] que la zone-ovale de Sokar déjà rencontrée à la 5e Heure (voir aussi la note 413).

Une part importante de ce registre est consacrée aux deux yeux d'Horus et aux deux couronnes d'Égypte [695-700]. Ils sortent et entrent selon un processus déjà décrit à partir de la 7e Heure [10,1 4-7].

Plusieurs mythes autour de Sekhmet [701-704], de Thot [709], de l'œil d'Horus et de son inspection (sorte de bilan médical de bonne santé) [10,1 8] se côtoient et forment un tout théologique qu'il faut prendre le temps d'examiner et de comprendre (voir aussi la note 419). Ils se mélangent très intimement : Thot (guérisseur de l'œil d'Horus blessé) est aussi le maître du calendrier qui ramène l'inondation (= la Lointaine, aspect de Sekhmet, note 420). Son eau bienfaisante est constamment rappelée ici, y compris dans la scène des noyés au R3.

Enfin, à l'extrémité droite du registre, des divinités [710-717] qui respirent grâce au souffle qui est dans la bouche de ce Grand Dieu [10,1 10-11] ont pour rôle de maltraiter les cadavres de ses ennemis.

Registre 2

Devant la barque représentée sans changement depuis la 7e Heure, les dieux qui sont en ce lieu reposent dans l'eau [10,2 39-40] et semblent heureux du son produit par les avirons (?) de l'équipage (bien qu'aucun rameur ne soit représenté). Il s'agit peut-être d'une allusion aux noyés du R3.

Les serpents aux aspects complexes [730 et 732] évoquent l'âme-ba de Sokar [10,2 41] (à laquelle on fait allusion pour la deuxième fois) et celle d'Osiris [10,2 45].

En tête du cortège, douze dieux punisseurs [733-744] armés de flèches, de <lances> et d'arcs [10,2 46-47] doivent repousser le serpent-rebelle [10,2 50].

Registre 3

Horus [745] adresse aux trois groupes de quatre noyés [746-748] des paroles pleines de sollicitude et formule pour eux des vœux de bien-être [10,3 79-80]. Son père (Osiris) [10,3 80] a sans doute péri de la même façon et tous ceux qui ont subi le même trépas lui sont assimilés et jouissent de privilèges importants dans l'au-delà. Leurs chairs ne se sont pas décomposées [10,3 80].

Cette eau qui les a tués un jour devient maintenant pour eux un bienfait, celui de la Grande Inondation [10,3 80] à laquelle il est fait allusion une nouvelle fois.

A droite, un groupe de quatre divinités [749-752] chargées d'éclairer le chemin (selon AmenHotep II) est précédé de l'énigmatique Crosse (Me)zet-Nehes (osirienne ?) à tête de Seth [753].

Utilité pratique

- « Assurément, le roi { MenKheperRê }, juste de voix auprès du Grand Dieu souverain de la Douat, les connaît par leurs noms et parcourt la Douat jusqu'à sa fin sans qu'il soit repoussé du firmament [?] près de Rê » [10,i 3].


- « Celui qui connaît cela par leurs noms est quelqu'un qui (peut) parcourir la Douat jusqu'à sa fin sans qu'il soit repoussé du firmament [?] près de Rê » [P1,a 55]


10.3 Traduction

[Les titres, les subdivisions et les informations écrites entre crochets sont des commentaires ou des ajouts du traducteur.]

10e Heure - Introduction

[1 colonne ½ d'introduction à gauche, sur toute la hauteur des trois registres.]
[10,i 1-2] Voir les hiéroglyphes
Séjourner, par la majesté de ce Grand Dieu, dans cette caverne, tandis qu'il donne des ordres aux dieux qui s'y trouvent. Le nom du portail de ce lieu à travers lequel s'engage ce Grand Dieu est « < le Grand > (410) en manifestations, qui engendre les formes ». Le nom de ce lieu est « Celui aux eaux profondes et aux rivages élevés ». Le nom de l'Heure de la nuit qui conduit [2] ce Grand Dieu à travers les chemins secrets de ce lieu est « La Furieuse, qui tue les rebelles ».
[1 ligne (faite de minuscules colonnes) courant au-dessus du registre 1 jusqu'au niveau de la déesse n° 705.]
[10,i 3] Voir les hiéroglyphes
Caverne secrète de l'Ouest dans laquelle séjourne Khépri auprès de Rê (411), et dans laquelle les dieux, les esprits-akhou et les morts se plaignent à cause de l'image secrète d'Igeret (412). Ces choses sont faites comme cette image peinte à l'est de l'Espace Caché de la Douat. Assurément, le roi { MenKheperRê }, juste de voix auprès du Grand Dieu souverain de la Douat, les connaît par leurs noms et parcourt la Douat jusqu'à sa fin sans qu'il soit repoussé du firmament [?] près de Rê.

10e Heure - Registre 1

Scène 1
[1 divinité et un scarabée. Au-dessus d'eux, 3 lignes de texte allant jusqu'au niveau de la divinité n° 700. Seule la ligne du haut se rapporte à cette scène.]
[10,1 4]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ils existent de cette façon dans la Douat en tant que formes qui engendrent Khépri tandis qu'il porte sa boule-ovale (413) jusqu'à ce lieu pour sortir ensuite à l'horizon oriental du ciel.
[Noms des divinités.]
[693] Celui qui a été créé sage [?] [portant un sceptre-ouas dans une main et une clé de vie dans l'autre] (414)
[694] Khépri, le vivant [poussant sa « boule-ovale » de sable rouge]
Scène 2
[2 groupes de 2 déesses se faisant face. Au milieu de chaque groupe, un soleil rouge reposant sur un double serpent d'une part et le hiéroglyphe nTr d'autre part . Au-dessus d'eux, 3 lignes de texte allant jusqu'au niveau de la divinité n° 700. Seules les 2 lignes du bas se rapportent à cette scène.]
[10,1 4(fin)-7] Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
[Paul Bucher passe du § 5 au § 7 !]
Ces dieux existent [5] de cette façon. (L'œil) gauche sort du « Double-Torsadé » (415) et (l'œil) droit du signe-divin-sedefyt (416). Les âmes-baou les interpellent, dans la terre, et les esprits-akhou des hommes [?] les ... [??] dans la Douat, à cause de l'image secrète [7] qui s'y trouve. Puis ils ravalent leurs formes après que ce Grand Dieu est passé près d'eux (417).
[Noms des divinités.]
[695] La Couronne Rouge [déesse assise sur un siège invisible, coiffée de la couronne rouge et portant une main à son front (418)]
[696] Le « Double-Torsadé » [soleil rouge reposant sur un double serpent]
[697] La Couronne Blanche [déesse assise sur un siège invisible, tournée vers le double serpent, coiffée de la couronne blanche et portant une main à son front (418)]
[698] Celle qui entrave [déesse assise sur un siège invisible qui tend les mains vers le signe nTr]
[699] [anonyme : signe hiéroglyphique nTr surmonté d'un soleil rouge plus petit que celui du n° 696]
[700] Celle qui interpelle les dieux [déesse dans la même posture que la n° 698, mais tournée vers la gauche]
Scène 3

[4 déesses à tête de lionne et 4 autres à visage humain. Puis un babouin momifié portant l'œil-oudjat. Au-dessus de ces divinités, 2 lignes de texte dont la première s'infléchit en colonne à son extrémité droite.]
[10,1 8-9]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ce sont les divinités qui inspectent (419) l'œil d'Horus, pour lui, dans la Douat. Rê leur dit : Que puissantes soient vos formes, Puissantes-Sekhmet (420), que vous inspectiez l'œil d'Horus, pour lui, que vous le fixiez pour lui, que vous satisfassiez Horus de son image, que vous honoriez Horus de son œil, que vous fixiez pour lui son œil sur (sa) tête [?] qui se trouve entre les mains de « la Chair qui porte son œil » (421). [9] C'est vous qui rendez hommage à Horus, qui êtes les manifestations qui font venir à l'existence les aspects (422). Ce qu'elles ont à faire dans la Douat, c'est protéger l'œil d'Horus, pour lui, et faire que l'œil-akhet (423) soit sain, chaque jour.
[Noms des divinités.]
[4 déesses à tête de lionne, aspects de Sekhmet, portant le sceptre-ouas, insigne de pouvoir et de domination.]
[701] La Puissante [= traduction du nom Sekhmet]
[702] Menkeret [= Celle à la queue de lionne ?]
[703] La Jeune fille (424)
[704] Celle au sceptre-ouas
[4 déesses à tête humaine, portant le sceptre-ouas.]
[705] La Pure [?] de ses dieux
[706] Celle qui a fait TaTenen
[707] Celle qui se tient (là)
[708] Celle au bras vigoureux
[Nom du babouin, aspect de Thot]
[709] « La chair qui porte son œil » [momiforme, tourné vers la gauche, sa queue lui servant de siège]
Scène 4
[4 dieux aux têtes différentes et 4 autres d'aspect osirien momiforme. Au-dessus d'eux, 2 lignes de texte.]
[10,1 10-11]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ils existent de cette façon en tant qu'image qu'a faite Horus. Quand ce Grand Dieu les appelle par leurs noms, ils sont satisfaits et leurs gorges respirent grâce au souffle qui est dans la bouche de [11] ce Grand Dieu. Leurs âmes-baou cheminent derrière lui jusqu'à l'horizon. Ce sont eux qui dénudent les cadavres et qui disloquent les bandelettes des ennemis dont la punition a été ordonnée dans la Douat.
[Noms des divinités.]
[4 dieux portant une clé de vie dans la main droite et un sceptre-ouas dans la main gauche.]
[710] Celui aux 2 bras [personnage dont la tête est formée de deux appendices difficiles à identifier] (425)
[711] Le Maître de l'entrée [à tête de chacal]
[712] Celui qui cache les formes [à tête de faucon] (426)
[713] Le Préposé aux secrets [à tête humaine]
[4 dieux momiformes d'aspect osirien, coiffés de la couronne blanche et portant à deux mains le sceptre-ouas.]
[714] Image d'Horus
[715] Celui qui cache Horus
[716] Celui qui est devant sa place
[717] Celui qui est devant ses cuisses (427)

10e Heure - Registre 2

Scène 1
[La barque solaire sans haleurs. Au-dessus de sa moitié arrière, 4 colonnes de texte, puis 1 ligne faite de minuscules colonnes.]
[10,2 36-40]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ce Grand Dieu navigue en ce lieu de cette façon dans sa barque tandis que son équipage de dieux rame pour lui. Les dieux qui sont en ce lieu (428) reposent [40] dans l'eau, (cette) eau dans laquelle sont leurs avirons, et ils respirent du son produit par les avirons [?] de cet équipage de dieux (428).
[Noms des divinités dans la barque solaire, de la proue à la poupe.]
[718] L'Ouvreur des chemins
[719] La Connaissance-Sia
[720] La Maîtresse de la barque
[721] Le Serpent-Mehen [entourant et protégeant le dieu solaire à la manière d'un naos]
[722] La Chair
[723] Horus, l'Élogieux
[724 et 725 sont en effet perspective]
[724] Le Taureau de Maât
[725] La Vigie
[726 et 727 sont en effet perspective]
[726] La Parole-Hou
[727] Le Guide de la barque
Scène 2
[2 déesses debout se faisant face, encadrant un extraordinaire serpent (à 2 têtes couronnées et 4 pattes) qui lui-même contient un faucon. Au-dessus de la scène, 2 lignes de texte dont la 2e s'infléchit en colonne à son extrémité droite.]
[10,2 41-42]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Elles existent de cette façon en tant que les deux qui épaulent [?] le serpent (appelé) « Celui aux visages reliés ». C'est l'âme-ba de « Sokar qui préside à la Douat ». [42] Cette image toute entière chemine à <la suite de ce Grand Dieu> jusqu'à l'horizon et elle rentre en terre avec lui, chaque jour (429).
[Noms des divinités.]
[728] Celle qui tire à l'arc [aspect de Neith, coiffée de la couronne de Basse Égypte]
[729] Celui qui préside au ciel [le faucon dans le double serpent] (430)
[730] Celui aux visages reliés [serpent à 2 têtes muni de 2 paires de jambes semblant marcher en sens inverse. La tête de gauche, précédée d'une clé de vie, porte la même couronne de Basse Égypte que la déesse de gauche. La tête de droite porte la même couronne de Haute Égypte que la déesse de droite]
[731] Celle qui est de (l'autre) côté [tournée vers la gauche et coiffée de la couronne de Haute Égypte]
Scène 3
[Un serpent à tête de faucon dans une barque, sur l'eau. Au-dessus de la scène, 3 lignes de texte.]
[10,2 43-45]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Il existe de cette façon dans sa barque. Il se tient (là) contre les ténèbres profondes [44] au portail de l'horizon oriental, tandis qu'il reprend sa place, chaque jour. C'est le serpent-protecteur [45] de la Douat, l'âme-ba sacrée du « Premier de ceux de l'Ouest » (431).
[Nom du serpent.]
[732] Le Vivant de la terre [serpent à tête de faucon, dans une barque dont la proue porte une clé de vie]
Scène 4
[12 dieux répartis en 3 groupes de 4. Chaque groupe est armé différemment des autres. Au-dessus du 1er groupe, 3 lignes de texte, puis 3 nouvelles lignes au-dessus des 2 autres groupes.]
[10,2 46-48]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ils existent de cette façon, portant leurs flèches, <leurs lances> (432) et leurs arcs, devant ce Grand Dieu. Ils sortent [48] avec lui à l'horizon oriental du ciel (433). Ce Grand Dieu leur dit :
[10,2 49-51]
Que vos flèches soient rapides, que vos lances soient acérées et vos arcs bandés pour que vous punissiez pour moi mes ennemis qui sont dans les ténèbres à l'extérieur de [50] l'horizon (434). Vous êtes miens, à ma suite, quand je décline au ciel inférieur et quand ma chair est revigorée dans la barque du jour. Ce sont eux qui repoussent le serpent-rebelle (appelé) « le Terrifiant de visage » (435) vers les ténèbres profondes pour que ce Grand Dieu (puisse) passer par le portail oriental de l'horizon. Ensuite, ils cheminent avec ce Dieu.
[Noms des divinités.]
Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
[4 dieux ayant pour tête un soleil (ou une cible ronde ?), et armés d'une flèche.]
[733] La Tête de ... [?] (436)
[734] Celui à la flèche
[735] Celui qui assemble [les paquets de flèches ?]
[736] Celui qui darde
[4 dieux à tête humaine armés d'une lance.]
[737] Le Tireur
[738] Celui qui jette
[739] Celui qui repousse
[740] Celui qui blesse (437)
[4 dieux à tête humaine tenant un arc à deux mains.]
[741] L'Archer
[742] Le Tireur à l'arc
[743] Celui qui noue [la corde à l'arc ?]
[744] Celui dont le bras apparaît

10e Heure - Registre 3

Scène 1
[Dieu à tête de faucon. Devant lui, flottant dans l'eau, 12 personnages répartis en 3 groupes de 4, dans des postures différentes pour chaque groupe. Au-dessus de la scène, 1 ligne 1/2 de texte.]
[10,3 79]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Paroles dites par Horus aux noyés, à ceux qui ont chaviré et à ceux qui gisent sur le dos qui sont dans le Noun, ceux de la Douat (438) : (Ô vous les) noyés qui êtes obscurs [?] (439) dans le Noun et qui (portez) les mains en direction de leur visage ! (440) (Ô vous qui êtes) chavirés (en vos) visages dans la Douat et dont la colonne vertébrale appartient à la (surface de) l'eau ! (441) (Ô vous qui nagez dans) le Noun étendus sur le dos et dont les visages sont derrière leurs âmes-baou ! (442) Que l'air soit à vos âmes-baou pour qu'elles ne soient pas gênées et que vos bras rament sans qu'ils soient entravés ! Frayez-vous (un chemin dans) le Noun, avec vos jambes <sans que vos genoux soient retenus (443)> ! Puissiez-vous émerger à la surface de l'eau , vous approcher [?]
Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
[10,3 80]
des eaux tumultueuses, (puis enfin) nager dans la Grande Inondation et aborder à ses rives ! (444) Vos corps n'ont pas pourri et vos chairs ne se sont pas décomposées ! Puissiez-vous prendre possession de votre eau et respirer ce que je vous ai prescrit (445). Vous êtes ceux qui êtes dans le Noun, les noyés à la suite de (mon) père (446). Ainsi donc, puissent vos âmes-baou vivre !
[Noms des divinités.]
[745] Horus [portant un globe solaire sur la tête et s'appuyant sur un bâton]
[746] Les Noyés qui sont dans la Douat [1er groupe de 4 noyés, une main portée au visage]
[747] Les Chavirés qui sont dans la Douat [2e groupe de 4 noyés, visage vers le bas]
[748] Ceux qui (nagent) étendus sur le dos dans la Douat [3e groupe de 4 noyés, visage vers le haut, phallus apparent]
Scène 2
[4 déesses avec uræus sur la tête, puis une crosse à tête de Seth. Pas de texte au-dessus d'elles (447).]
Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
[10,3 207-222 d'après AmenHotep II ]
<Elles existent de cette façon, leurs images vivantes étant à leurs têtes. Ce sont elles qui éclairent le chemin de Rê dans les ténèbres profondes lorsqu'il sort (vers) le portail oriental. (Quant à) la Crosse (appelée) Mezet-Nehes, elle chemine avec lui.>
[Noms des divinités.]
[749] La Destructrice
[750] La Brûlante
[751] La Piquante
[752] L'Uræus
[753] La Crosse (Me)zet-Nehes [crosse (d'Osiris ?) surmontée d'une tête de Seth]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Notes

(410) L'adjectif grand a été oublié dans la version de MenKheperRê, sans doute par étourderie du scribe, car il se trouve déjà dans le texte, deux mots avant, dans l'expression « ce Grand Dieu ». Il avait déjà omis quelques mots au même endroit de l'introduction, à la 9e Heure.

(411) Allusion claire aux premières scènes du registre 1.

(412) Igeret (prononcer un g dur, comme dans guerre) est une région de la Douat comprise comme un lieu de silence (gr = silence). Elle peut être le théâtre de luttes entre Rê et ses ennemis. La cause des « plaintes » (au sens de mécontentement) n'est pas bien claire. L'image secrète d'Igeret désigne sans doute le cadavre d'Osiris.

(413) Le scarabée pousse (avec ses pattes avant !) ce qu'on pourrait appeler un « ovale de sable ». Le même terme bien difficile à rendre en français se trouve en H5R3, aux § 5,3 192-199, où il désigne le lieu où réside Sokar. Jeu de mots et de formes entre la boule d'excrément où le scarabée va pondre ses œufs et le sable entourant Sokar, images du dieu solaire mort qui va renaître, comme le précise le texte lui-même.

(414) Le dieu champêtre n° 689, à l'extrémité droite du registre 2, à la 9e Heure, porte le même nom aussi difficile à traduire ici que là...

(415) Le « Double-Torsadé » est le double serpent n° 696 et qui peut évoquer très vaguement un caducée.

(416) Le texte ne précise pas explicitement qu'il s'agit d'yeux. Toutefois, ce R1 fait plusieurs fois référence à « l'œil d'Horus ». En égyptien, l'œil est un mot féminin. Le texte dit « celle de gauche » et « celle de droite ». Mais ce féminin ne peut désigner les déesses. Il faut donc chercher un autre mot féminin auquel il se rapporterait, et Erik Hornung (avec son habituelle perspicacité) pense aux deux yeux d'Horus. Noter ici, dans le texte égyptien, que la gauche se trouve à l'est et la droite à l'ouest, car on s'orientait en se tournant vers le sud, d'où proviennent les eaux du Nil, source de vie en Égypte. « L'œil gauche » est donc le n° 696 et « l'œil droit » le n° 699 anonyme. Généralement, « l'œil gauche » d'Horus désigne la lune ou l'œil-oudjat (associé à la théologie de Thot) tandis que son « œil droit » désigne le soleil. A Esna, « l'œil gauche » d'Atoum sera considéré comme le soleil.
Quant au « signe-divin-sedefyt », il pose de grosses difficultés d'interprétation et soulève bien des débats. Erik Hornung pense qu'il a un rapport avec une corde avec laquelle Apop serait châtié. Le signe nTr seul, dans l'écriture courante, sert à désigner une divinité ou ses manifestations.

(417) Les textes des 7e, 8e et 9e Heures nous ont déjà familiarisés avec ce processus où l'on voit surgir certains éléments à l'approche du dieu solaire qui retournent à l'obscurité après son passage.

(418) A propos des déesses 695 et 697 portant une main à leur front, voir la 2e phrase et les suivantes de la note 285, à la 6e Heure.

(419) Le texte qui suit nous montre que cette « inspection » (ou encore décompte, dénombrement, vérification) consiste pour ces divinités à s'assurer que l'œil d'Horus arraché par Seth a bien été guéri par Thot, est redevenu complètement sain, et peut ainsi être redéposé dans le globe oculaire du dieu pour le compléter et pour lui faire retrouver son intégrité physique. Dans l'écriture hiéroglyphique, les six parties constituant l'œil-oudjat servent à écrire les fractions 1/2, 1/4, 1/8, 1/16, 1/32 et 1/64, dont la somme fait d'ailleurs 63/64. Sur le 1/64 qui manque, toute une mystique est imaginable.

(420) Les « puissantes-Sekhmet » désignent bien sûr les quatre déesses à tête de lionne, aspects de Sekhmet, la terrible déesse qui sait également guérir. Ici, bien des mythes s'entremêlent. Sekhmet, la puissante, saura guérir l'œil divin blessé, mais elle constitue aussi un des aspects de la Lointaine, associée à l'inondation, que ramène le rusé babouin (Thot) après qu'elle a failli massacrer toute l'humanité. Ne pas oublier que le lieu où l'on situe (si l'on peut dire) cette Heure a pour nom « Celui aux eaux profondes et aux rivages élevés » [10,i 1]. Blessure et guérison, sécheresse mortelle et inondation, deux mythes réunis ici pour réaliser le retour à la vie des dieux, des Deux-Terres et des hommes. On pourra lire sur ce sujet deux livres passionnants, l'un de Christiane Desroches-Noblecourt : Amours et fureurs de la Lointaine, l'autre d'Isabelle Franco : Mythes et Dieux - Le Souffle du Soleil .

(421) « la Chair qui porte son œil » est le surnom donné au dieu à tête de babouin n° 709, aspect de Thot (sous l'aspect d'une momie), qui porte l'œil d'Horus.

(422) Encore une phrase bâtie sur le jeu de mots de la triple répétition du même verbe xpr (venir à l'existence), sous trois formes grammaticales différentes, et qui rendent la traduction en français plutôt malaisée.

(423) L'œil-akhet est l'un des noms que peut prendre « l'œil droit du dieu solaire », ou l'œil gauche oudjat. Ce nom a déjà été évoqué dans le texte de conclusion de la 2e Heure, au § 2,c 259.

(424) Les déesses 11 (H1R1) et 602 (H8R1) portent le même nom.

(425) Il est bien difficile de savoir si ces deux bras se réfèrent aux deux appendices qui forment la tête de ce dieu, et surtout quelle est la nature de ces appendices. On trouve, dans la partie droite du registre 2, à la 4e Heure, le dieu n° 310 avec la même tête et qui est appelé « Celui qui est sur son sarcophage » [?]. Enfin, une autre divinité au même aspect mais appelé cette fois « Le Lieur » (n° L,64) figure sur la face d du Pilier 2.

(426) Horus dissimule dans les marécages du Delta les parties reconstituées (et donc les différents aspects) du cadavre de son père Osiris assassiné. C'est lui qui a édifié « l'Espace Caché », comme le dit très souvent notre texte, et qui l'a décoré. Il peut donc recevoir le surnom de « Celui qui cache les formes ».

(427) Selon Erik Hornung, les « cuisses » pourraient être celles des animaux sacrifiés (Textes des Pyramides, § 804c).
«... en tant qu'Horus qui est devant ses (offrandes-de-)cuisses »

(428) Ce texte fait sans doute allusion aux noyés dont il va être question au R3 et qui bénéficient d'un statut privilégié. Ils avaient déjà été évoqués brièvement en H5R3 au § 5,1 22. Ici, les avirons de la barque produisent un son plutôt frais et agréable leur permettant de « respirer ». En H9R2, les rameurs « donnent de l'eau, avec leurs rames, aux esprits-akhou ».

(429) « les deux qui épaulent » sont les déesses qui encadrent le serpent à deux têtes. « L'image toute entière » désigne le serpent à deux têtes et le faucon qu'il contient. Cette image accompagne le dieu solaire également dans le ciel, car c'est son âme-ba. D'où son retour en terre avec lui.

(430) Noter cette subtilité du texte qui parle de « Sokar qui préside à la Douat » tandis que son âme-ba (le faucon) « préside au ciel ».
Le faucon présente ainsi le double aspect de l'oiseau mort momifié (ci-contre), aspect de Sokar/Osiris, qui règne dans la terre (voir les 4e et 5e Heures) et du faucon bien vivant, aspect d'Horus-Rê, qui règne dans le ciel.

(431) Le « Premier de ceux de l'Ouest » est un surnom courant d'Osiris (qui règne dans la terre). Le serpent à tête de faucon est son âme-ba (qui règne dans le ciel, ce dernier commentaire étant facile à rétablir selon la scène précédente).

(432) Le rédacteur de l'original, sans doute un peu distrait, a oublié de mentionner, comme on peut le constater dans les autres versions, les lances portées par le deuxième groupe de dieux, le premier portant des flèches et le troisième des arcs.

(433) Ces 12 dieux sont donc affectés à la protection permanente du dieu solaire et ne sont pas postés seulement à cette 10e Heure, comme le fait comprendre la suite du texte.

(434) Confirmation de ce qui est dit au § 1,3 120 de la 1ère Heure : « Il fait ses transformations après avoir franchi ce portail sans que les morts (hostiles) le suivent ».

(435) « Le Terrifiant de visage », c'est Apop réduit à l'impuissance à la 7e Heure mais qui n'est jamais totalement anéanti. Il faut s'en méfier continuellement

(436) Les dieux 733 à 736 portent, en guise de tête, un cercle avec un point en son centre. Selon les conventions habituelles, comme pour Horus n° 745 au registre 3, il ne fait aucun doute que c'est le soleil. Mais ici, c'est moins évident, d'autant plus que la traduction du nom n° 733 pose problème. Il pourrait s'agir plutôt d'une cible ronde, image bien en accord avec leur fonction d'archers, comme pourrait inciter à le croire les noms des dieux 737 et 741. Mais l'hypothèse reste incertaine.

(437) Le dieu n° 40, H1R2, porte le même nom.

(438) Horus s'adresse à tous ceux qui ont péri soit par noyade accidentelle, soit à la suite du chavirement d'une embarcation, soit de toute autre façon. Ils sont tous considérés comme ceux « qui sont dans le Noun », et comme « ceux de la Douat ». Un statut enviable. Il s'adresse ensuite personnellement à chacun des trois groupes de noyés en utilisant la description correspondant à leur posture respective dans l'eau.

(439) « Sombre, obscur », est un terme dont le sens exact, ici, doit nous échapper, car il ne correspond pas au sort bienheureux de cette catégorie de défunts, à moins qu'il s'agisse simplement des tons « sombres » utilisés par l'artiste pour les représenter en tant qu'« images » dans l'eau ?

(440) Le texte dit précisément « leurs deux bras dans l'époque de leurs visages ». On peut noter que l'image ne montre qu'une seule main portée au visage, et que la préposition utilisée devant le mot « visage » qui concerne le temps est employée ici pour concerner l'espace, sans doute une manière poétique de s'exprimer. Sans compter le mélange des styles direct et indirect, malaisés à rendre en français.

(441) Cette phrase s'adresse au 2e groupe de noyés. Ils gisent le visage tourné vers le bas, le dos dirigé vers la « surface » de l'eau. Mais il ne s'agit-là que d'une interprétation possible, et non d'une certitude. Quant à ceux du 3e groupe, ils gisent le dos contre le lit du fleuve, face tournée vers le haut.

(442) Expression dont le sens exact nous échappe.

(443) « sans que vos genoux soient retenus » se trouve dans les autres versions mais a été omis par le scribe de MenKheperRê.

(444) Le vocabulaire utilisé dans ce passage et dans ce contexte bien particulier présente de très nombreuses difficultés. Cette remarque est d'ailleurs valable pour l'ensemble des §§ 10,3 79 et 80. La traduction donnée ici en petits caractères est à prendre avec précautions. Il est difficile de savoir précisément ce que souhaite Horus pour ces noyés, si ce n'est du bien. On peut penser que les mouvements de natation qu'ils effectuent leurs permettent de passer sans encombres des eaux tumultueuses de ce lieu aux eaux plus calmes de la « Grande Inondation » pour enfin « aborder à ses rives » et être sauvés là où d'autres seraient anéantis.

(445) Ils respirent « le souffle qui sort de la bouche du dieu », comme cela est dit à plusieurs reprises dans nos textes.

(446) Le mot égyptien qui est traduit « père » est mal écrit, ce qui pourrait le faire confondre avec le mot « chair » qui semblerait bien aller ici. On hésiterait donc entre « les noyés à la suite de (ma) chair » et les « noyés à la suite de (mon) père ». C'est la lecture « père » qui est retenue parce qu'on la trouve chez Thoutmosis Ier, mais aussi parce que c'est Horus qui parle de son « père » Osiris qui lui aussi a péri de noyade (bien que les textes ne disent rien de précis à ce sujet particulièrement tabou). Ces défunts acquièrent ainsi un statut très privilégié, comme Osiris lui-même.

(447) Contrairement à ce qui se fait dans toutes les autres scènes de la tombe, ce groupe de divinités n'a pas de texte descriptif qui existe pourtant bel et bien dans d'autres tombes. Sans doute encore un oubli de notre scribe. Je donne ici la version de son fils AmenHotep II.