![]() |
Brève BIOGRAPHIE
|
Cet ouvrage se propose de vous faire découvrir - ou mieux connaître - la magnifique tombe d'un des plus grands pharaons d'Égypte : MenKheperRê-Thoutmosis III (615) que certains nomment aussi Thoutmès III. Cette notoriété n'enlève rien, bien sûr, à des rois aussi prestigieux que Sésostris III, AmenHotep III ou Ramsès II. Des égyptologues de grande réputation ont écrit beaucoup d'ouvrages passionnants sur Ramsès II, et sa momie a été reçue à Paris avec de grands honneurs en septembre 1976. MenKheperRê-Thoutmosis III n'a pas eu cette chance. Pourtant, à part sa longévité et le nombre de ses constructions, sa vie et son œuvre peuvent facilement soutenir la comparaison avec celles de Ramsès II, et même souvent les surpasser. Mais il s'agit là d'une opinion personnelle, sans objectivité.
Le prince Thoutmosis naît vers 1484. Il monte sur le trône alors qu'il est tout jeune enfant, « comme un (oisillon) dans son nid », sous le nom officiel de MenKheperRê. Il règne de 1478 à 1425. Sa tante HatChepsout, prenant goût au pouvoir, s'incruste une quinzaine d'années sur le trône d'Égypte à sa place. Il vit environ 60 ans, et meurt dans sa 54e année de règne. D'après l'étude de sa momie, il mesurait environ 1,60 m et avait une corpulence moyenne. Grand réformateur de l'État et de la religion, grand diplomate, grand constructeur, il s'est montré innovateur dans bien des domaines.
Les dates que nous venons de citer ne font pas l'unanimité chez les historiens. Plusieurs systèmes de datation coexistent aujourd'hui encore, bien que de plus en plus d'auteurs s'alignent sur celui proposé entre autres par Nicolas GRIMAL (616). Dater avec précision des faits historiques égyptiens pose d'importants problèmes qui seront évoqués aux paragraphes ci-dessous. Le lecteur qui consulte de nombreux ouvrages sur ce sujet se retrouve de plus en plus perplexe, car il ne sait plus à quel spécialiste se vouer. On trouve en effet, sous la plume d'égyptologues de grand renom, anciens ou plus jeunes, des datations très différentes pour MenKheperRê comme pour d'autres rois. C'est ainsi que Claire LALOUETTE (617) donne 1504-1450 (soit 25 ans plus tôt que Nicolas Grimal) et que l'Encyclopædia Universalis version 5, sous la plume de François DAUMAS, offre à peu près les mêmes dates (~1505-1450), sans parler de 1490-1436 (ou 1488-1434) que proposent encore d'autres auteurs. Il s'agit en fait de systèmes de datation basés, dans le temps, sur des points de repères différents selon les écoles de chercheurs, et il faut avouer qu'y faire son choix relève du casse-tête et conduit vite à l'insomnie, sans solides connaissances astronomiques. Pour ma part, faute d'avoir pu acquérir une telle formation, j'ai vite renoncé à proposer mon propre système sous peine de devoir subir la risée des spécialistes. J'ai donc opté partiellement, après de longues tergiversations, pour celui de Nicolas GRIMAL dont l'argumentation récente me paraît sérieusement étayée.
Il faudra de toute façon prendre les dates données ici comme très approximatives, à une vingtaine d'années près, en l'état actuel de nos connaissances. Ce chapitre sur la vie de MenKheperRê-Thoutmosis III se veut sans prétention, comme une introduction simple - mais indispensable - à tout travail de ce genre. Le lecteur qui voudra en savoir plus sur la vie de ce pharaon pourra toujours consulter la littérature historique que propose aujourd'hui le marché.
Dans toute son existence, jamais le territoire de l'Égypte et des pays soumis n'aura connu une aussi vaste étendue que sous le règne de ce véritable géant de l'histoire, souvent comparé avec plus ou moins de bonheur à notre Napoléon, mais sans Waterloo. Son empire allait en effet de l'Irak au Soudan actuels.
Sa tombe, objet de cet ouvrage, figure parmi les plus admirables de la Vallée des rois. L'élégance de ses tracés, la grâce de ses couleurs, le charme de la succession des scènes de l'Amdouat n'ont jamais été surpassés, même dans la tombe de son fils AmenHotep II peut-être plus connue et d'une irrésistible beauté.
Les auteurs anciens qui citent Manéthon (618) donnent différentes variantes de son nom : Misaphris (Misavfri"), Mephres (Mhvfrh"), Miphres (Mivfrh"), Misaphris (Mivsafri"), Mephramouthosis (Mhframouvqwsi") et Misphragmouthosis (Misfragmouvqwsi"). Eusèbe l'Arménien l'appelle Memphres, et Pline le nomme Mesphres ou Mespheres. Quant à Misphragmouthosis, ce nom fut également donné par Manéthon à celui des rois qui chassa les Hyksos (619).
Dater avec précision et certitude des événements de l'antiquité pré-chrétienne est un exercice périlleux. De nombreux spécialistes ne parviennent pas à se mettre d'accord. Lorsqu'il se dégage un point de vue commun, il est souvent mis en cause par de nouvelles découvertes ou de meilleures approches quelques décennies plus tard.
Le premier problème vient du fait que nous ignorons la date exacte de la naissance de Jésus, date qui nous sert pourtant de point de repère pour le comput des années. Les Évangiles de Matthieu et de Luc donnent des informations difficiles à concilier sur des événements qui seraient à la fois contemporains d'Hérode et du recensement de Quirinus. De plus, le moine Denys le Petit, qui vivait à Rome au VIe siècle de notre ère, s'est trompé lorsqu'il a fixé cette naissance à l'an 752 de la Fondation de Rome, ce qui est devenu l'an 1 (erroné) de notre ère (620). Il en résulte que Jésus est né en fait entre -6 et -3 avant lui-même, ce qui ne manque pas de saveur...
Il s'agirait là d'un problème relativement mineur si le calendrier des Égyptiens et leur façon de dater les événements ne posaient un problème plus délicat. Ce calendrier, pourtant génial et repris momentanément par la Révolution française (octobre 1793), comportait 360 jours + 5. L'année civile consistait en 3 saisons de 4 mois, soit 12 mois de 30 jours chacun (360 jours), chaque mois comprenant 3 décades (de 10 jours chacune, comme leur nom l'indique). Pour aboutir à 365 jours, il fallait en ajouter 5 en fin d'année (« les 5 en plus de l'année » dits épagomènes en grec). La fête du nouvel an était célébrée au moment où les eaux du Nil commençaient à déborder de leur lit, ce qui avait lieu vers notre 17 juillet. Les Égyptiens avaient observé que ce début d'inondation vital se produisait exactement au moment où l'étoile Sirius (= Sothis), qui avait disparu du ciel pendant 70 jours, réapparaissait environ une heure avant le lever du soleil ce jour-là (ce que nous appelons le lever héliaque de Sirius-Sothis (621). Le tableau ci-dessous en donne un bref aperçu.
Saisons égyptiennes
de 4 moisMois
de
30 j.Dates grégoriennes
équivalentes
(631)Saisons équivalentes
aujourd'hui
en France (631)
Le tableau ci-contre n'est correct que dans le cas où la fête du nouvel an civil coïncide avec le début de l'inondation et le lever héliaque de Sirius-Sothis, autrement dit lorsque les calendriers civil, agricole et astronomique sont parfaitement synchronisés.
Voir explications ci-dessous.
Ce calendrier continue d'ailleurs à intéresser nos contemporains, car en 1989, l'architecte Alessandro ANSELMI a reproduit dans le béton, à la nouvelle mairie de Rezé (Loire-Atlantique), les hiéroglyphes
de ces trois saisons pour symboliser la ville s'inscrivant dans un riche passé historique. Une idée bien sympathique...
INONDATION
Axt - Akhèt
1 2 3 4
17/07 au 15/08 16/08 au 14/09 15/9 au 14/10 15/10 au 13/11
Été Automne GERMINATION
prt - Pèrèt
1 2 3 4
14/11 au 13/12 14/12 au 12/01 13/01 au 11/02 12/02 au 13/03
Hiver MOISSONS
Smw - Chèmou
1 2 3 4
14/03 au 12/04 13/04 au 12/05 13/05 au 11/06 12/06 au 11/07
Printemps Été Les 5 jours épagomènes
dyw-Hryw-rnpt
1 2 3 4 5
12/07 13/07 14/07 15/07 16/07
Malheureusement, l'année ne comporte pas exactement 365 jours. L'année tropique, celle qui doit servir ici aux calculs, fait un peu moins de 365 jours ¼ (622), et l'on perdait donc ce quart de jour tous les ans sur le soleil, c'est-à-dire un jour tous les 4 ans. Le calendrier civil (623) subissait imperceptiblement ce retard. Ce jour perdu se transformait en jour d'avance sur le calendrier agricole et religieux, tout comme de nos jours le passage en heure d'hiver nous fait retarder nos montres d'une heure en nous faisant gagner une heure de sommeil. Ce déphasage, anodin au départ, s'aggravait à tel point au fil des ans et des siècles qu'au bout de 700 ans, l'inondation théorique civile pouvait survenir en plein milieu de la saison des semailles, comme si, de nos jours le mois de juillet tombait en plein hiver. Cette aberration des temps troublés était peut-être appelée année misérable (ou boiteuse ?) (624).
Mais il faut tempérer ce grave inconvénient par le fait que cela ne se produisait sans doute qu'aux époques de grands troubles. Selon Strabon (625), il semble qu'on ajoutait un jour à certains intervalles, et que cela n'aurait été décrété qu'aux époques de calme. Quoi qu'il en soit, pour que la coïncidence entre l'inondation-lever héliaque de Sirius et le calendrier civil puisse à nouveau se produire, il fallait que s'écoulent 1460 ans (soit 365 x 4), ce qu'on appelle une période sothiaque.
- Mais il subsiste encore d'autres problèmes :
- - l'année tropique, comme nous l'avons déjà dit, ne fait pas exactement 365 jours ¼, mais un peu moins (365 jours, 5 heures, 48 minutes et 46 secondes, et non pas 365 jours et 6 heures), ce qui complique les calculs sur les très longues périodes ;
- - si l'on s'en tient aux informations de Strabon, on peut se demander si les réajustements d'un jour qu'il évoque ont réellement eu lieu et quand ;
- - les années étaient renumérotées à partir de 1 lors de l'accession au trône de chaque nouveau roi, et non pas à partir d'un événement fondateur fixe dans le passé.
Il arrive cependant - trop rarement hélas - que des événements datés à partir du début d'un règne se produisent un jour remarquable comme celui du début de l'inondation ou la position précise des astres dans le ciel, et que ce fait soit lui aussi relaté ou dessiné.
- C'est ainsi que deux dates relatives sont aujourd'hui considérées comme certaines :
l'an 7 de Sésostris III, 4e mois de la germination, le 16e jour (noté 7-4G,16 dans notre système) (630), signalé comme étant un jour de l'an (cette date pourtant très importante nous concerne peu dans cette étude, car trop éloignée de l'époque de MenKheperRê ) ;
l'an 9 d'AmenHotep Ier, 3e mois des moissons, le 9e jour (9-3M,9), signalé dans le papyrus Ebers comme fête du nouvel an et lever (héliaque) de Sirius (626). Cet événement nous concerne au plus haut point.
Une troisième date, du vivant même de MenKheperRê, nous est aussi fort précieuse, mais à moindre titre : il s'agit du calendrier d'Éléphantine
conservé au Louvre (627) provenant d'une liste d'offrandes à présenter chaque année aux dieux, lors des fêtes du nouvel an. Une date y figure, celle du 3e mois des moissons, le 28e jour (3M,28), et surligné par nous en jaune sur la photo) correspondant au lever (héliaque) de Sirius (surligné en vert) mais l'année relative du règne de MenKheperRê n'y figure pas. Il est toutefois aisé de la calculer, et nous avons ainsi obtenu l'an 38. Nous en expliquons le procédé fort simple en annexe.
Deux datations absolues de la même configuration astronomique représentée sur le plafond de la tombe de SenEnMout (ou SenMout) à Deir el-Bahari, architecte et homme de confiance de la reine HatChepsout, sont rendues possibles par des calculs modernes qui indiquent que cette disposition des astres (628) s'est produite en 1463 et en 1486 avant JC. Si 1486 semble sortir du champ de nos recherches, l'année 1463, en revanche, pourrait fort bien correspondre à l'an 17 de MenKheperRê. C'est à partir de ce moment que HatChepsout - qui s'incrustera dans le pouvoir royal pendant encore deux ou trois ans - paraît se désintéresser de SenEnMout.
Enfin, sous Hadrien, en 139 de notre ère, la coïncidence entre l'inondation-lever héliaque de Sirius et le jour de l'an civil est signalée.
En intégrant les cinq dates ci-dessus, les seules dont nous disposions aujourd'hui pour mieux nous situer dans le temps, en corrigeant les incertitudes dues à la naissance de Jésus, en se basant sur la durée de l'année tropique et en tenant compte de la précession des équinoxes (ce qui dépasse de loin les capacités de votre serviteur), les calculs astronomiques donnent 1537 pour l'an 9 d'AmenHotep Ier, c'est-à-dire 1546 pour le début de son règne, si l'observation a eu lieu à Memphis. Si elle a eu lieu à Thèbes, dont on ne peut affirmer qu'elle servait bien de référence, il faut tout décaler vingt ans plus tard, c'est-à-dire 1517 pour l'observation de Sirius et 1526 pour le début du règne (616). Il semble à beaucoup de spécialistes, aujourd'hui, qu'il faille retenir 1517 comme point de départ des calculs pour les règnes suivants ou antérieurs du Nouvel Empire (629).
Depuis l'avènement d'AmenHotep Ier jusqu'à celui d'AmenHotep II, fils de MenKheperRê-Thoutmosis III, les dates de début de règne peuvent s'établir à peu près comme suit (si le lever héliaque de Sirius était bien observé à Thèbes) :
Début de règne Roi régnant
Durée de règne Commentaire 1526 AmenHotep Ier 20 ans an 1 Point de départ
des calculsAmenHotep Ier 1517 = an 9 du papyrus Ebers (626) 1506 Thoutmosis Ier 13 ans 1493 Thoutmosis II 14 ans (?) durées de règne et de vie sujettes à controverses 1479-1478 Thoutmosis III (1) 6 ans épisode sous l'autorité de HatChepsout 1472 HatChepsout 15 ans règne en même temps que Thoutmosis III 1458-1457 Thoutmosis III (2) 54 ans durée totale y compris sous HatChepsout 1425 AmenHotep II 24 ans
Pendant les cent cinquante ans qu'il est convenu d'appeler Deuxième Période Intermédiaire (très approximativement de 1780 à 1552 avant notre ère), les Hyksos s'infiltrent peu à peu en Égypte, sans violences militaires, et finissent par accaparer tous les rouages administratifs et politiques du pays au point de s'approprier la royauté. Manéthon a classé leurs souverains dans la XVe et la XVIe dynastie. Ces envahisseurs, dont le nom signifie Princes des Pays Étrangers, appartenaient à différents peuples à majorité sémite appelés souvent Asiatiques eux mêmes refoulés de leurs propres territoires par des peuplades indo-européennes.
L'arrivée des Hyksos ne constitue sans doute pas un désastre aussi terrible que l'ont décrit les Égyptiens de la XVIIIe dynastie et Manéthon, car la population paraît même avoir assez largement accepté leur présence. Les Hyksos n'étaient pas des barbares. Ils respectaient la civilisation égyptienne, et adoptèrent peu à peu ses dieux et son écriture hiéroglyphique. Par bien des aspects, leur présence aura même bénéficié à l'Égypte puisqu'ils ont largement contribué à la vie littéraire, philosophique, artistique et architecturale du pays, qu'ils ont répandu l'usage du cheval attelé et du char, et qu'ils ont apporté l'industrie du bronze. Grâce à eux, de nombreux liens s'établirent avec le Proche-Orient, et les rois du Nouvel Empire en tireront profit.
Quoi qu'il en soit, des princes thébains, las de cette domination étrangère, entreprennent de libérer le pays et de les chasser. SeqenEnRê-TaÂa II engage les hostilités. Ses fils Kamosis et AhMosis (appelé aussi Amosis) poursuivent les combats. Vers 1550, AhMosis s'empare d'Avaris, la capitale hyksos, et finit par bouter l'occupant hors d'Égypte.
Les historiens font commencer la XVIIIe dynastie avec lui
lorsqu'il montre sur le trône des Deux-Terres. Thèbes, ville sans grande notoriété auparavant, est hissée au rang de capitale et son dieu local, Amon, y prend le prestige de celui auquel on doit la victoire, et devient ainsi le dieu principal de l'Empire restauré. Son culte va prendre, en ce début de dynastie, une importance de tout premier plan, avec le soutien actif des pharaons eux-mêmes. Son clergé, soutenu de si belle manière, va acquérir une richesse et une puissance telles qu'il finira pas déranger ses successeurs et provoquera la ruine lente et inéluctable du pays, à partir de la XXIe dynastie et de l'an 1000 environ.
Pour revenir au règne d'AhMosis, Nicolas Grimal résume bien son œuvre quand il écrit : « En vingt-cinq ans de règne, il a achevé la libération de l'Égypte et ramené ses relations internationales au moins au niveau qu'elles connaissaient à la fin du Moyen Empire. C'est sur la base ainsi retrouvée, augmentée des précieux apports asiatiques, que ses successeurs vont amener le pays à dominer le Proche-Orient pendant un demi-millénaire » (632).
Le souverain et la reine Ahmès-Néfertari ont eu un fils : AmenHotep. C'est lui qui succède à son père sous le nom de DjeserKaRê-AmenHotep Ier, vers 1526. Le papyrus Ebers, dont il a été question ci-dessus, a été rédigé sous son règne. Il livre une date fondamentale pour les historiens, mais c'est surtout un ouvrage essentiel pour nous renseigner sur les connaissances médicales de cette époque. On pense également que les Textes de l'Amdouat, objet de la présente étude, y ont connu leur forme à peu près définitive établie d'après des modèles et des traditions beaucoup plus lointaines comme les anciens rites funéraires de toute l'Égypte, les Textes des Sarcophages et le Livre des Deux Chemins (voir au chapitre consacré aux origines de ces textes).
AmenHotep Ier ne mène pas de grandes campagnes militaires. Il s'efforce d'améliorer la prospérité de l'Égypte, au prix de quelques incursions surtout dans le sud de l'Égypte et les oasis pour y rétablir l'autorité royale. Le Mitanni (680), au nord-ouest de la Mésopotamie, fait de plus en plus sentir son hostilité sans en venir encore à la guerre. Mais le roi perd sa descendance mâle, et c'est son fils naturel Thoutmosis (Ier) qui lui succède. Sa mère est la concubine SenSeneb. Mais pour suivre les lois de la transmission du sang royal et asseoir sa légitimité, il doit épouser sa demi-sœur, la princesse Ahmès. Il va régner sous le nom de ÂaKheperKaRê-Thoutmosis Ier, de 1506 à 1493 environ.
Thoutmosis Ier entreprend des travaux dans le temple de Karnak. Il y fait construire le 4e et le 5e pylône entre lesquels on aménage une cour-vestibule appelée Ouadjyt, avec des colonnes de bois. Nous aurons l'occasion de revenir sur cette salle qui sera le théâtre, plus tard, d'un événement essentiel de la vie de MenKheperRê-Thoutmosis III. Deux obélisques, dont un seul subsiste aujourd'hui, y furent érigés plus tard pour le jubilé de la reine HatChepsout.
A la tête d'une armée puissante, il s'introduit en Nubie jusqu'à la 3e cataracte, dans l'actuel Soudan, et y réprime un soulèvement avec la plus grande vigueur. En remontant le Nil, après être sorti d'une embuscade, il commet un des rares actes de cruauté connus dans l'ancienne Égypte relaté par le chef des marins, AhMosé fils d'Abana : « On fit là, en un instant, un carnage, et l'on emmena tous les habitants comme prisonniers. Sa Majesté remonta vers le Nord, tous les pays étrangers étant dans sa poigne, cependant qu'un vil Nubien était pendu, tête en bas, à la proue de la barque du Roi. On débarqua à Karnak » (634). Après la restauration de son autorité au sud, il traverse les pays correspondant à la Palestine, au Liban et à la Syrie actuels et pousse son armée jusqu'à Karkémich (692), sur les bords de l'Euphrate, et au Naharina (680) dans le royaume de Mitanni
. Il y fait ériger une stèle-frontière que son petit-fils, MenKheperRê-Thoutmosis, redécouvrira plus tard avec émotion lors de sa 8e campagne militaire. Il revient, couvert de gloire, au Pays sur lequel il règnera encore une dizaine d'années.
Mais à la mort de ÂaKheperKaRê-Thoutmosis Ier, le même problème de succession se reproduit. Ses cinq fils sont morts avant lui ainsi que l'une de ses deux filles. Son fils naturel Thoutmosis (II), né de sa concubine de noble naissance MoutNeferet, doit épouser là encore sa demi-sœur, la princesse royale HatChepsout. Thoutmosis (II) monte sur le trône, vers 1493, sous le nom officiel de ÂaKheperEnRê-Thoumosis II. Roi sans grande envergure, il mène quelques expéditions répressives en Nubie, en Syrie et peut-être aussi au Naharina. Il se peut qu'il ait régné pendant une durée indéterminée en corégence avec HatChepsout, mais rien n'est prouvé. On sait peu de choses de ce souverain : la durée de son règne et même de sa vie font l'objet d'âpres controverses entre spécialistes, et l'identité de sa momie reste incertaine. La tombe qu'on lui attribue généralement (KV 42) serait bien plutôt celle de MerytRê, l'épouse de MenKheperRê-Thoutmosis III. Bref, un personnage et un règne entourés encore d'un halo de mystère.
Mais le sort semble s'acharner sur cette famille royale. Le couple n'a pas non plus d'héritier mâle direct, mais deux filles : (Maât-)NeferouRê et MerytRê-HatChepsout (certains historiens mettent en doute l'origine royale de MerytRê). A la mort de Thoutmosis II, c'est encore un autre fils naturel du souverain, appelé lui aussi Thoutmosis, né de la concubine Isis, qui aura été divinement choisi comme futur roi, au temps où son père vivait encore (voir cet épisode ci-dessous). Il a environ six ans (certains disent onze ans) et va être couronné, vers 1479, sous le nom de MenKheperRê-Thoutmosis III. Sa tante HatChepsout assure alors la régence durant environ six ans, avant de s'approprier le pouvoir. Nous y reviendrons.
![]() Isis, mère de MenKheperRê. |
Le très jeune prince DhehoutyMes (= Thoutmosis) est donc le
fils naturel de ÂaKheperEnRê-Thoumosis II et de sa concubine
Isis (statue ci-contre). Les hypothèses qui lui donnaient pour
père Thoutmosis Ier semblent maintenant abandonnées, car
elles sont nettement contredites par plusieurs inscriptions (635). Il gardera toutefois
une affection toute particulière pour ce grand-père qu'il devait
aimer et admirer. Sa mère Isis est représentée dans sa tombe Sa nourrice Baky était la mère de son compagnon d'armes AmenEmHeb qui sauva la vie du roi à plusieurs reprises et qui relate ces hauts faits dans sa tombe. Il reçut le titre de Commandant de la barque Ouserhat. Pour pouvoir accéder au trône, il a peut-être dû épouser sa
demi-sœur NeferouRê, même symboliquement, mais ce mariage est
contesté par plusieurs historiens. A une date plus tardive qu'il
est malaisé de déterminer, il épouse son autre demi-sœur (?)
MerytRê-HatChepsout (636) dont il fait son
unique Grande Épouse Royale. Il mène avec elle une vie
heureuse. Son image filiforme apparaît trois fois dans la tombe (637). Elle lui donnera pour
fils AmenHotep II. La reine est encore déclarée en vie lors
des funérailles de son époux On lui connaît, outre un harem supervisé par un intendant,
d'autres épouses secondaires : SatYâh (avec cartouche royal)
fille de la Grande Nourrice du Dieu dans le temple de
Karnak et Nebtou (sans cartouche royal) toutes deux
représentées debout derrière le roi, dans sa tombe ( |
Plusieurs de ses enfants sont connus. D'abord AmenHotep, prince héritier qui régnera à partir de 1425 environ sous le nom de ÂaKheperouRê-AmenHotep II. On ne sait pas si MenKheperRê est bien le père d'un prince prénommé lui aussi Thoutmosis. Deux princesses sont considérées avec certitude comme étant ses filles : Néfertari représentée dans sa tombe, derrière ses épouses, et MerytAmon. Quant à Baket, connue par un scarabée, il n'est pas démontré du tout qu'elle soit sa fille (639).
La façon dont le prince-enfant DhehoutyMes (ou Thoutmosis) accède au trône reste mal connue et fait encore l'objet de désaccords entre spécialistes. A quel âge vécut-il l'épisode très important de son enfance qu'il narre ci-après : 6 ans, 11 ans ? On ne le sait pas, tout comme on ignore la date du décès de son père Thoutmosis II, la durée de son règne et celle de sa vie, ce qui complique particulièrement la datation des règnes de cette XVIIIe dynastie. Il faut donc prendre toutes nos dates avec précaution et comme de simples hypothèses.
Puisqu'il est né d'une concubine royale (comme son père et son grand-père), l'enfant, « un (oisillon) dans son nid », n'a pas de droits au trône d'Égypte sans que survienne quelque événement exceptionnel. Thoutmosis II semble bien aider un peu le destin en arrangeant une cérémonie où Amon lui-même, en procession dans son temple, va désigner son rejeton comme successeur. Le garçonnet n'a certainement pas été mis dans la confidence, d'où l'enchantement total dont il nous fait part, au moins trente ans après les faits, dans un récit gravé dans la pierre.
Ce texte historique célèbre est gravé dans le grand temple d'Amon à Karnak, sur le mur extérieur sud de la salle des offrandes, au sud du sanctuaire de Philippe Arrhidée, face à la rangée des chambres de Thoutmosis Ier. Le texte complet est réparti sur 49 colonnes dont la partie supérieure est malheureusement détruite ou endommagée. La traduction proposée ici ne concerne que les colonnes 1 à 16 (640), la première étant celle de gauche, aux pieds du roi, en haut de l'escalier
. Les quatre premières en suivent la courbe. L'ensemble est gravé en écriture rétrograde.
A l'extrémité gauche de la photo, le roi est représenté siégeant pour une audience.
Le roi qui fait graver ce texte semble encore tout ému de cette histoire prodigieuse, malgré le temps passé. Il est vrai que cela est arrivé à un âge où un événement de cette nature peut fortement marquer un jeune enfant, et l'extrême intensité émotionnelle qu'il dépeint ici ne paraît pas feinte. Extase véridique donc, très certainement, mais provoquée par une habile mise en scène paternelle. Cette expérience au-delà du réel marquera probablement le roi pour le reste de sa vie.
MenKheperRê a su d'ailleurs fort bien faire un usage politique ingénieux de cet envol vers le ciel et de son couronnement par le dieu lui-même pour confirmer sa légitimité et son pouvoir de droit divin, s'il en était encore besoin à cette époque. Le couronnement est décrit en ces termes, sur un fragment du 7e pylône ouest de Karnak
: « L'an 1, le premier mois des moissons, le 4e jour, se produisit le lever en gloire du fils royal ... ... { DjehoutyMes } (660) vivant éternellement <en tant que roi de Haute et Basse Égypte> » (le 1-1M,4), et on en célébra l'anniversaire le même jour, en l'an 23, à Gaza (676), lors de la première campagne militaire au Proche-Orient (663).
Peu de temps après une brève corégence (?) avec son fils, Thoutmosis II meurt. Un de ses fonctionnaires, Inéni, déclare dans sa tombe (664) : « Il monta au ciel et s'unit aux dieux. Son fils [Thoutmosis III] se leva à sa place en tant que roi des Deux-Terres, gouvernant sur le trône de celui qui l'avait engendré. Sa sœur (665) l'épouse divine HatChepsout, s'occupait des affaires des Deux-Terres. » Comme son père et son grand-père l'avaient fait avant lui pour monter sur le trône, le prince Thoutmosis aurait dû épouser une princesse de sang royal. Certains auteurs considèrent qu'il épousa sa demi-sœur NeferouRê, d'autres ne partagent pas cet avis et pensent que le mariage n'eut jamais lieu (666).
HatChepsout prend alors la régence, comme le laisse clairement entendre Inéni dans la citation précédente. De plus, il en fait l'éloge. Sur ces premières années de règne, si l'on peut utiliser ce terme pour un si jeune enfant, nous avons peu d'informations. Notons seulement qu'en l'an 2 une inscription de Nubie le déclare bien-aimé du grand dieu [nubien] Dedoun, assimilé à Horus, pour qu'il soit accepté de ces populations souvent turbulentes comme une sorte de dieu universel. En l'an 3, NebouAouy est nommé grand prêtre d'Osiris en Abydos, et en l'an 5, OuserAmon (appelé aussi Ouser) reçoit la charge de vizir (668).
A une date qu'il est difficile de préciser exactement, à partir de l'an 7 pour certains (c'est aussi notre opinion), de l'an 2 ou 3 pour d'autres (667), HatChepsout qui prend goût au pouvoir s'octroie le titre de reine et se fait couronner sous le nom de MaâtKaRê-KhenemetAmon/HatChepsout (679). Elle justifiera sa naissance d'origine divine en la faisant représenter sur les murs du temple de Deir el-Bahari en des images d'une fraîche poésie. Cet ensemble de scènes de théogamie (669) montre la relation procréatrice de sa mère AhMosis avec le dieu Amon qui prend l'apparence de son père, l'accouchement de sa mère, et des divinités bovines qui nourrissent le nouveau né et son énergie-ka. On a vu comment MenKheperRê-Thoutmosis III saura justifier lui aussi son accès au trône par le récit d'une intervention divine en sa faveur. AmenHotep III se souviendra lui aussi du récit de son aïeule en faisant graver, dans le temple de Louxor, des scènes de sa conception divine par théogamie.
Des statues de la reine émane un charme très particulier : silhouette gracile d'une jolie femme, visage presque poupin et un regard qui laisse toutefois entrevoir l'ambition et l'autorité
.
On imagine la stupeur qui dut s'emparer alors du roi-adolescent qui, s'il n'avait que six ans en l'an 1, n'en avait encore que treize à cette époque. Mais il n'existe aucune preuve que le jeune MenKheperRê ait été vraiment tenu à l'écart ou brimé. « Thoutmosis III n'est pas écarté. Incontestablement, il n'exerce pas le pouvoir, il ne gouverne pas, la reine a la préséance mais en principe, il est associé aux décisions de la reine. Plus souvent qu'il n'a été dit, les deux souverains sont nommés avec des titres égaux : "Le Roi de Haute et Basse Égypte Maâtkarê, le Roi de Haute et Basse Égypte Menkheperrê" » (670). Les deux souverains sont même représentés ensemble sur un bloc de la Chapelle Rouge, en tenue d'apparat, derrière la barque divine
. Certes, HatChepsout est figurée la première, mais il arrive parfois que MenKheperRê ait la préséance. Il ne s'agit donc pas d'une « éviction totale du jeune roi, tout au plus une éclipse. Ce n'est pas à vrai dire une usurpation puisque les titres de Thoutmosis III sont indiscutablement confirmés » (671) même si son nom est absent d'inscriptions officielles.
Elle s'entoure de personnages compétents dont l'un des plus connus, SenEnMout, est son conseiller, son porte-parole et son grand architecte (671a). Il supervisa l'érection d'obélisques au temple de Karnak et réalisa l'époustouflant chef-d'œuvre d'architecture qu'est le temple funéraire de Deir el-Bahari
. Elle fait remplacer le vizir Ouser, que MenKheperRê et elle-même avaient pourtant désigné en l'an 5, par HapouSeneb. Ce dernier cumulait cette charge avec celle de grand prêtre d'Amon à Karnak. Mais, en tant que vizir, il est remplacé quelque temps après par Amtou (diminutif d'AhMosis), père du précédent vizir Ouser, qui conservera ce titre jusqu'à ce que MenKheperRê reprenne seul le pouvoir royal.
Le règne de HatChepsout, qui dura quatorze à quinze ans pour les uns (c'est aussi notre opinion) et plus de vingt ans pour les autres, n'est pas marqué par de grandes opérations belliqueuses. Le chancelier Néhésy dirige au contraire, en l'an 9, une expédition pacifique commerciale basée sur le troc au fameux pays de Pount (672). On en rapporta 31 arbres à encens avec leur motte, de l'ivoire, des animaux et bien d'autres richesses. Ce voyage est magistralement illustré dans le temple de Deir el-Bahari.
En l'an 16, MenKheperRê prend la tête de troupes pour une expédition au Sinaï. Il a entre 22 et 26 ans, et il aimerait sans doute bien reprendre aussi la tête de l'Égypte toute entière. Mais il devra attendre encore cinq ans avant la pleine réalisation de ses vœux. Dans les années 20-21, on perd la trace de HatChepsout dans les textes.
En l'an 22, MenKheperRê âgé d'un peu moins de trente ans retrouve officiellement la totalité de son pouvoir royal sans que l'on sache comment se finirent les jours de la reine HatChepsout. Certains historiens ne calculent la durée de règne du roi qu'à partir de cette année 22, ce qui ajoute encore à la confusion du lecteur qui tente de s'informer. Certains ouvrages ne lui donnent que trente neuf ans de règne alors que son très proche ami AmenEmHeb note dans sa tombe le décès du souverain en l'an 54. Loin de toute polémique stérile, nous avons choisi de situer l'an 1 du règne en 1478 et l'an 22 de son retour au pouvoir en 1457, malgré les incertitudes déjà évoquées.
La situation intérieure de l'Égypte est plutôt florissante à cette époque. Toutefois, HatChepsout n'ayant pas manifesté sa puissance militaire en Asie - nom que l'on donnait alors au Proche-Orient - la conjoncture extérieure est plus menaçante. Une puissante coalition s'est en effet formée peu à peu dans la région du Mitanni (680), au sud de l'actuelle Turquie. Elle est menée par le prince de Qadech, ville située dans la vallée de l'Oronte (680a), et soutenue par de nombreuses contrées voisines. Les coalisés cherchent à étendre leur influence en direction de la Méditerranée et de l'Égypte dont ils se méfient encore depuis l'incursion de Thoutmosis Ier à Karkémich. Mais le règne d'une femme les a peut-être enhardis et la menace se fait plus précise. MenKheperRê-Thoutmosis décide donc d'agir énergiquement pour éliminer ce danger, repousser les frontières des Deux-Terres et faire régner le plus loin possible les principes d'ordre et d'harmonie de Maât.
Il va donc entreprendre dix-sept campagnes militaires sur vingt et un ans pour assurer la totale tranquillité de l'Égypte et la soumission des peuples qui la menaçaient. Plusieurs chroniques de ces démonstrations de force nous sont parvenues, comme les Annales gravées sur les murs du temple de Karnak ou les biographies dans les tombes de ses compagnons d'arme.
Première campagne. Dans la deuxième moitié de l'an 22 - le 4e mois de la germination, le 25e jour (22-4G,25) - l'armée égyptienne quitte Tjarou (673), ville frontière au nord-est du Delta, pour le Proche-Orient avec l'objectif principal de briser la coalition des misérables Asiatiques (674) et leur importante place forte de Megiddo (675). Après une halte à Gaza (676), elle parvient à Yemma, sur le flanc sud du Mont Carmel où l'on s'accorde quelques jours de repos. Pour accéder à la forteresse, trois chemins sont possibles. MenKheperRê choisit le passage le plus imprévu, le plus difficile, mais aussi le plus discret : un étroit défilé conduisant à la plaine de Megiddo, au nord-est de la montagne. D'autres détachements passent par des accès différents pour prendre l'adversaire en tenailles. Hors des murs de la ville, les coalisés obligés de combattre face au soleil - vieille ruse toujours efficace - sont mis en déroute et, dans leur course éperdue pour aller se protéger derrière les remparts, ils abandonnent un butin considérable en matériel et en chevaux.
MenKheperRê assiège alors la cité et renforce le blocus par d'importants travaux militaires. Sept mois plus tard, les Asiatiques réduits par la famine finissent par se rendre en suppliant le roi de « leur accorder le souffle de la vie ». MenKheperRê fait preuve de clémence : il accepte leur soumission et leur accorde la vie sauve après qu'ils ont prêté serment de ne plus reprendre les armes contre l'Égypte Il leur fait même distribuer de la nourriture. Mais leurs chefs doivent regagner leurs territoires respectifs à dos d'âne, grave humiliation suscitant à l'époque la risée de tous.
Après avoir conduit ses troupes plus au nord du Réténou (677), le port phénicien de Tyr et d'autres contrées avoisinantes, pour s'assurer de la disparition des troupes hostiles, MenKheperRê revient triomphalement en Égypte en l'an 23, dans la liesse populaire. Les textes nous renseignent sur les richesses immenses qu'il rapporte : « 2041 chevaux, 191 poulains... 1929 bovins, 2000 chèvres, 20 500 moutons... 924 chars... » de nombreuses armes en bronze, 502 arcs, une centaine de kg d'or et d'argent, des objets précieux de toutes sortes, plus la confiscation de la récolte complète des céréales ! A cet inventaire déjà impressionnant s'ajoute une liste humaine qui ferait frémir aujourd'hui : 340 prisonniers militaires, mais surtout 2503 captifs civils - hommes, femmes et 87 enfants déportés - qui travailleront comme serviteurs (mais pas comme esclaves) en Égypte (678). Amon et son clergé sont dotés de très grandes richesses et trois villes du Réténou lui sont même offertes. Pour commémorer cette victoire, une fête de cinq jours est instituée en l'honneur d'Amon.
MenKheperRê réforme également le vizirat à cette époque. Ouser(Amon) qui avait pourtant été nommé vizir en l'an 5 avait été évincé, sur choix de la reine HatChepsout, par HapouSeneb puis par Amtou, le père d'Ouser. Le roi qui veut ménager la susceptibilité d'Amtou devenu trop âgé nomme ses deux fils pour lui succéder : Ouser(Amon) comme vizir du sud qui revient ainsi au pouvoir, et son frère NeferOuben au nouveau poste créé pour le nord. Il veille aussi à reprendre un ferme contrôle sur tous les rouages de l'État et de la religion. A la mort du grand prêtre de Karnak, HapouSeneb (ancien vizir), le roi lui nomme comme successeur un ami d'enfance MenKheperRêSeneb.
La deuxième campagne (681) va être menée principalement en l'an 24 . En fait, elle va consister à consolider les victoires déjà remportées : recevoir les tributs des peuples soumis, principalement au Réténou, toujours comptabilisés avec précision, et, par la présence très voyante des forces égyptiennes, faire avorter toute idée de nouvelle rébellion. A part quelques escarmouches ici ou là, rien de bien grave ne se produit. La magnanimité de MenKheperRê lui a valu une certaine renommée à laquelle s'ajoute sans doute aussi la prudence un peu servile des princes des régions avoisinantes qui lui adressent de riches cadeaux. Lors du retour au Pays, les cinq jours de fête instituée lors de la première campagne sont à nouveau célébrés.
La troisième campagne (682) n'a pas d'importance sur le plan militaire et se limite à la routine de surveillance de populations qui ne manifestent pas d'hostilité. Elle est conduite en l'an 25 et se caractérise par une expédition que l'on qualifierait aujourd'hui de culturelle. On ramène toutes sortes de spécimens de « plantes que sa Majesté trouva au pays de Réténou » peu ou pas connues en Égypte Il en fait même graver une représentation sur les murs de l'Akh-Menou, un temple de régénération royale, à Karnak, connue aujourd'hui sous le nom de Jardin botanique
. Cette même année 25, une expédition de prospection minière est organisée au Sinaï pour y extraire de l'or, du cuivre et de la turquoise.
En l'an 27, la quatrième campagne n'est connue que par des bribes de textes autres que ceux des Annales. Elle dure peu de temps et consiste encore une fois à percevoir des tributs du Réténou, et se complète par une incursion au Sinaï.
Ce calme va précéder la tempête. En effet, si les trois dernières campagnes n'ont rencontré que de faibles oppositions, MenKheperRê sait que le royaume du Mitanni, le prince de Qadech et celui de Megiddo aimeraient bien prendre leur revanche. Pour juguler cette nouvelle coalition qui se trame, il va falloir contrôler les ports phéniciens, abattre Qadech et frapper le Mitanni.
La cinquième campagne est menée en l'an 29 (683). Les forces égyptiennes partent une nouvelle fois pour l'Asie. Certaines empruntent la voie de terre traditionnelle et progressent jusqu'au nord Réténou en passant par le pays de Djahy (698), tandis que les autres arrivent par mer en contrôlant les ports phéniciens. Leur jonction se fait dans l'actuelle Syrie, entre Arwad (685) et Ougarit. Mais une ville, dont le nom est illisible dans les Annales, résiste et demande l'aide du prince de Tounip (684) qui vient prêter main forte sans succès aux assiégés. La ville est prise. Mais l'adversaire qui s'est replié n'a pas eu le temps de regrouper ses forces et Tounip est prise également. Au croisement d'importants axes commerciaux, elle livre un très riche butin. Rien n'arrête l'armée égyptienne qui s'empare également du port d'Arwad puis réquisitionne ses moissons et coupe ses arbres. Elle s'accorde alors, dans l'opulente plaine de son arrière-pays, un repos mémorable. On y goûte tous les plaisirs de la vie et on y fait ripaille.
Les ports de Tyr (700), de Byblos (695a) (l'alliée traditionnelle de l'Égypte), Arwad et d'autres ports phéniciens sont organisés en bases navales pour faciliter de futurs acheminements de troupes et de ravitaillement, tandis que d'importantes forces restent sur la côte pour continuer le siège de Jaffa qui résiste toujours.
Quelques temps après le retour triomphal du roi et de son armée en Égypte, le chef militaire Djéhouty revient lui aussi vainqueur. Un conte égyptien plus tardif nous relate à son propos un récit dont nous ne savons pas s'il s'agit d'une légende ou d'un fait authentique. En voici le très bref résumé (699). Le prince de Jaffa a été tué hors les murs au cours d'un repas, et les Égyptiens déguisés font croire aux assiégés affamés qu'ils ont capturé Djéhouty. Cachés dans deux cents paniers de ravitaillement, les hommes d'un commando pénètrent dans la ville et s'en emparent. Cette ruse de guerre sera reprise, plus tard, par Ulysse assiégeant Troie et par les quarante voleurs du conte d'Ali Baba, dans les Mille et une nuits.
Sixième campagne (685a). MenKheperRê ne veut pas en rester là. Pour en finir avec la menace des coalisés, au voisinage de l'Égypte, il lui faut encore prendre Qadech (688) et sa place forte. En l'an 30, les troupes égyptiennes retournent par mer sur les rivages asiatiques. Elles débarquent à Simyra (689), le port le plus proche de leur objectif et assaillent Qadech qu'elles prennent d'assaut. Cette conquête est relatée avec une glaciale concision dans les Annales : « (Il) arriva à Qadech, la vainquit, coupa ses arbres et moissonna son grain. (Il) vint au pays de ..., arriva à Simyra puis à Arwad, et leur fit la même chose ». (686)
Le prince de la ville parvient à s'enfuir, mais son fils aîné et trente six autres fils de princes syriens sont emmenés en Égypte où ils recevront une éducation avec d'autres enfants de personnalités égyptiennes. MenKheperRê espère ainsi que, lorsqu'ils seront adultes et qu'ils retourneront chez eux pour régner, ils seront imprégnés de culture et de civilisation égyptiennes et pourront avoir de bien meilleures relations avec leurs anciens camarades d'études.
C'est aussi en l'an 30 que le roi âgé d'environ 36 ans célèbre son premier jubilé, fête très importante où, dans le secret du temple, il passe par un stade de mort simulée, et comme ressuscité, se trouve totalement régénéré, prêt à gouverner l'Égypte avec une force vitale nouvelle. C'est très certainement pour ce type de cérémonie que fut construit l'Akh-Menou sur lequel nous reviendrons.
La septième campagne de l'an 31 (686a) nous est surtout connue à travers les tributs qu'on y dénombre. L'armée voyage par mer et débarque à Oullaza, au nord de Byblos (695a), qui n'a sans doute pas opposé une forte résistance. C'est là que, en plus du butin saisi sur place, les princes du Réténou viennent présenter au roi de très abondants tributs en serviteurs, bétail, céréales, huile, vin, miel, fruits et toutes sortes de richesses (687). MenKheperRê parcourt ensuite l'ensemble des ports syriens pour en prendre une bonne fois le contrôle, s'assurer de leur soutien indéfectible, et les faire aménager pour l'entrepôt du matériel et du ravitaillement.
Cette campagne est en effet menée pour préparer méticuleusement la prochaine, qui se fera en direction de l'Euphrate et du Mitanni. Avant de pouvoir réaliser cette expédition délicate et dangereuse, il fait construire à Byblos de nombreux bateaux fluviaux en vue de franchir le grand fleuve. Encore faudra-t-il pouvoir les y conduire...
En l'an 32, le vizir Ouser est devenu âgé. MenKheperRê évite de le blesser en le remplaçant par son neveu RekhMiRê, compagnon d'enfance du roi et fils du vizir du nord NeferOuben.
Pour la huitième campagne, en l'an 33 (687a), l'armée est divisée en deux : par voie de terre, une partie des troupes passe par Gaza, Canaan et le Réténou pour s'assurer du calme de ces contrées. Quant à MenKheperRê, à la tête de puissantes garnisons, il rejoint Byblos par mer. Son objectif est clair : parvenir à l'Euphrate et humilier le Mitanni en pénétrant sur son territoire. Il prend livraison des bateaux qu'il a fait construire en cèdre du Liban et, pour les transporter jusqu'au fleuve, il les fait placer sur des chariots tirés par des bœufs. On imagine ce cortège des plus insolites parcourant 400 km sous les yeux ébahis d'une population pas franchement amicale. Chemin faisant donc vers le nord-est, il doit ralentir sa progression non loin de Qadech. Une révolte des bédouins Chasou (702) a éclaté au Negeb, et AmenEmHeb y est envoyé d'urgence pour la mater. A son retour au Naharina, il rejoint le gros de l'armée dans la région d'Alep (690), au nord-ouest de l'actuelle Syrie. Des coalisés, recrutés une fois de plus par des princes locaux et le Mitanni, attaquent les forces égyptiennes mais sont sèchement battus.
On arrive enfin sur les rives de l'Euphrate (691). MenKheperRê-Thoutmosis III retrouve, ému, la stèle qu'avait fait dresser son grand-père Thoutmosis Ier, et il en rajoute une autre à proximité. La forteresse de Karkémich (692) est prise d'assaut et les détachements mitanniens qui avaient franchi le fleuve pour aider les assiégés sont mis en déroute. MenKheperRê fait alors mettre à l'eau ses bateaux, traverse lui aussi le fleuve, et pourchasse les fuyards en pénétrant en territoire ennemi sur une dizaine de kilomètres. Le Mitanni est enfin blessé dans son orgueil.
C'est aussi lors de cette campagne, à Niya (696) sur l'Oronte, que le roi entreprend une chasse à l'éléphant, si l'on en croit AmenEmHeb. Lorsqu'un troupeau de cent vingt animaux vient s'abreuver, on les harcèle, mais le plus gros d'entre eux charge le roi. Il aurait subi une mort certaine s'il ne s'était réfugié dans les rochers du rivage et si son ami d'enfance, l'omniprésent et valeureux AmenEmHeb, ne lui avait sauvé la vie en tranchant d'un coup d'épée la trompe du pachyderme qui s'enfuit, gravement mutilé.
Sur le chemin du retour, les princes de Sendjar (693), de Qadech et de Tikhsi (694) essaient de s'opposer aux troupes égyptiennes. Mais ils sont battus et leurs prisonniers déportés en Égypte. Fortement irrité de toutes ces attaques, le roi fait détruire de nombreuses villes, couper encore une fois les arbres et confisque les récoltes.
Revenu en Égypte, il reçoit, des puissances asiatiques et méditerranéennes, des cadeaux précieux venant de Babylone, d'Assyrie, du Hatti, de Chypre, de Crète (697) et du monde égéen.
MenKheperRê est alors âgé d'une quarantaine d'années. Immensément puissant, populaire en son pays et riche, il est perçu presque comme un dieu, faisant graver dans la pierre son étroite union avec Amon avec lequel il s'identifie. L'Égypte a atteint l'un des plus hauts sommets de sa puissance, au cours de son histoire, et elle domine le monde. Il lui faudra conserver ce vaste empire où la rancœur et l'humiliation vont susciter encore bien des rébellions qu'elle ne parviendra jamais à juguler totalement.
Les campagnes suivantes ont lieu presque tous les ans et consistent surtout en tournées d'inspection, malgré quelques rares combats, sauf durant la dix-septième. Lors de la neuvième campagne, en l'an 34, la région de Nouguès (701) est prise et abandonne un important butin. On perçoit également les tributs du pays de Djahy et du Réténou, tandis que les ports sont pourvus de bateaux venant même de la Crète. Chypre (697) apporte aussi des tributs de grande valeur.
C'est aussi en l'an 35 que le roi célèbre son deuxième jubilé. Il a environ 41 ans.
Lors de la dixième campagne, en l'an 35 (701a), suite à une nouvelle révolte dans la région d'Alep, au Naharina, l'armé égyptienne inflige encore une défaite à l'adversaire qui doit abandonner un riche butin.
Les onzième et douzième campagnes, ans 36 et 37, ont disparu des Annales.
La treizième campagne, en l'an 38 (701b), est menée au pays de Nouguès (701) qui n'a pas compris la leçon infligée en l'an 34 et qui récidive. L'intervention égyptienne dégage un axe de communication contrôlé par les rebelles. Les Annales évoquent les Syriens qui s'acquittent de leurs taxes. Quant à Chypre, qui désire une alliance avec l'Égypte, elle apporte du cuivre et des chevaux.
La quatorzième campagne, en l'an 39 (702a), évoque une nouvelle expédition contre les bédouins Chasou (702) qui sont à nouveau défaits.
Les quinzième et seizième campagnes (années 40 et 41) mentionnent la perception de tributs de pays soumis (702b).
La dix-septième et dernière campagne, en l'an 42 (703), relate une de ces permanentes coalitions menées par le Mitanni et soutenues par des princes d'importance comme ceux de Qadech et de Tounip, qui ont pourtant été sévèrement battus dans le passé. L'armée égyptienne arrive par mer, prend Irkata (704) et Tounip (déjà frappée lors de la cinquième campagne) et marche sur Qadech. L'ennemi tente de semer la confusion dans les troupes égyptiennes en lâchant une jument en chaleur en direction des chevaux attelés aux chars. Après un début de pagaille, AmenEmHeb - toujours lui, dans le récit trouvé dans sa tombe - parvient à tuer l'animal (705). Les coalisés déçus tentent alors de se protéger derrière leurs remparts, mais après un bref siège, les assaillants parviennent à percer les murailles et Qadech est prise pour la deuxième fois alors que Ramsès II, non seulement n'y parviendra pas une seule fois (pour autant qu'il s'agisse bien de la même ville), mais évitera de justesse, à cause de sa fanfaronnade rachetée par une réelle bravoure, un désastre pour l'armée égyptienne. Les vaincus devront abandonner une nouvelle fois un important butin.
C'est sans doute durant la même année 42 que MenKheperRê fait graver à Karnak le texte relatant sa jeunesse et sa désignation par Amon lui-même.
Les campagnes que nous avons résumées ci-dessus, provenant des Annales du temple de Karnak et complétées parfois par la biographie que donne AmenEmHeb dans sa tombe, décrivent souvent, en conclusion, les tributs et taxes des pays soumis à l'Égypte Il s'agit aussi bien de régions d'Asie que d'autres situées dans l'actuel Soudan : Ouaouat, et le malheureux pays de Kouch toujours humilié par l'adjectif misérable (kAS Xsy). On y mentionne aussi les cadeaux offerts prudemment par les puissances voisines telles que Chypre, le Hatti, l'Assyrie, ou Pount (672). Ces richesses, souvent très importantes, peuvent prendre un caractère presque incroyable, surtout dans le butin saisi lors de la première campagne.
Campagnes Années But des campagnes 1 à 4 22 à 28 Briser la coalition des Asiatiques (Mitanni, Megiddo, Qadech).
Prise et pillage de Megiddo.5 à 8 29 à 33 Maîtriser le Mitanni et les ports phéniciens.
Prise de Jaffa, 1ère prise de Qadech.
Prise de Karkémich et passage de l'Euphrate.
Répressions importantes. La puissance royale atteint son apogée.9 à 16 34 à 39 Maintenir la présence égyptienne en Asie, une fois par an.
Essayer d'étouffer toute nouvelle tentative de rébellion.17 42 Broyer la nouvelle coalition de Qadech
qui est prise une seconde fois.
Nous sommes en l'an 47, cinq ans après la dernière campagne victorieuse en Asie. MenKheperRê, adulé et craint, à l'apogée de sa puissance, est âgé d'environ 53 ans. Il se décide à partir pour la remuante Nubie et y faire une démonstration de force. Le roi descend même jusqu'au niveau de la 4e cataracte du Nil, au Soudan actuel. A cet endroit, au Gebel Barkal dont il a peut-être fait tailler le rocher en forme d'uræus, il fait placer une stèle qui raconte ses exploits et qui fait pendant à celle implantée sur les rives de l'Euphrate. L'Égypte voit alors son influence militaire économique et culturelle s'étendre du nord au sud entre ces deux bornes.
Après le récit de tous ces faits d'armes, on pourrait croire que MenKheperRê était un va-t-en-guerre et passait son temps sur les champs de bataille. Mais les expéditions occupaient très rarement une année entière. De nombreux autres documents montrent qu'il fut capable de consacrer beaucoup de son temps à la religion, à l'art, à l'architecture et à la paix en Égypte Nous évoquerons son œuvre aux paragraphes consacrés à ce sujet.
La mort de MenKheperRê nous est relatée dans la tombe de son compagnon d'armes, AmenEmHeb, en ces termes brefs mais émouvants
: « [36] C'est alors que le roi acheva sa durée de vie (faite de) si nombreuses et belles années de vaillance, de <puiss>ance [37] et de triomphe : depuis l'an 1 jusqu'à l'an 54, le troisième mois de la germination, le dernier jour [soit en 54-3G,30], sous <la Majesté du roi de> Haute et Basse Égypte [38] { MenKheperRê }, juste de voix. Il s'éleva jusqu'au ciel et rejoignit le Globe-Solaire, les chairs du dieu [= le roi] s'unissant à celui qui l'avait créé. » (706) Il avait une soixantaine d'années, en l'an 1425 environ avant notre ère.
L'an 54 a été un sujet de querelles entre les spécialistes, car la disposition des chiffres de l'année peuvent prêter à confusion. Henri GAUTHIER, qui précise bien qu'il faut lire « 54 », fait imprimer « 53 » (une coquille ?). Au comble de la confusion, il annonce même une durée de règne « de 52 ans ... et non 54... comme le dit M. Maspero ... qui lit an 55 (au lieu de 54) [sic !] ». L'émotion, sans doute... (707)
Il est exceptionnel que nous connaissions le jour exact du couronnement d'un roi et celui de sa mort. Nous pouvons même en déduire, à partir d'une simple consultation de notre tableau en annexe, que MenKheperRê a porté son titre de roi pendant 53 ans 10 mois et 26 jours, temps duquel on serait tenté de retrancher la durée (incertaine) du règne de HatChepsout.
Quelques temps avant sa mort - quelques mois selon les uns, plus de trois ans selon les autres - MenKheperRê avait associé au pouvoir son fils AmenHotep en une corégence démontrée par les reliefs du temple d'Amada en Nubie (708). Pour une fois, ce fils n'est pas celui d'une concubine. Sa mère, la Grande Épouse royale MerytRê, est représentée trois fois dans la tombe de son époux. Lorsqu'il doit assumer seul la fonction royale, il a environ 18 ans. C'est un athlète, plus grand que son père, et d'une force physique surprenante.
Il maintient en Asie les conquêtes antérieures et s'y rend pour mater les révoltes. Mais il n'accorde aucune clémence aux vaincus. Il marque même les imaginations par la grande violence de ses répressions et par des actes de cruauté qui nous sont rapportés par les textes. Par exemple, il rassemble de nombreux prisonniers du Réténou, les fait attacher et brûler vifs, sinistre spectacle dont il se repaît toute la nuit (709). Son arrière grand-père AmenHotep Ier s'était montré lui aussi particulièrement brutal. De tels excès sont toutefois rares, car la barbarie n'est pas ancrée dans la mentalité égyptienne.
Sa tombe (KV 35), une autre vraie merveille
, contient une version complète des textes de l'Amdouat. Nous serons souvent amené à comparer la version du père et celle du fils sur un certain nombre de détails intéressants.
Parmi les personnalités qui furent des amis ou des compagnons pour MenKheperRê-Thoutmosis III, la littérature des tombes et des récits officiels mentionne plusieurs noms éminents. Nous avons retenu ci-après les plus célèbres, parmi bien d'autres.
MenKheperRê-Thoutmosis III n'a pas été le seul à porter ce nom dans des cartouches royaux. Trois autres éminents personnages - mais peut-on considérer le premier comme vraiment roi ? - se sont appelés aussi MenKheperRê. Ce sont, par ordre chronologique :
{ Premier Grand Prêtre d'Amon } { MenKheperRê }
XXIe dynastie (a vécu vers 1045-992).
Pontife thébain contemporain de souverains tanites (au nord) tels que Smendès et Psousennès Ier.{ MenKheperRê } { Piankhy }
XXVe dynastie (a vécu vers 747-716).
Piankhy, premier roi de la dynastie dite éthiopienne, d'origine soudanaise.{ MenKheperRê } { Nékao }
Nékao Ier, premier et obscur roi de la XXVIe dynastie saïte (a vécu vers 672-664).
Père de Psammétique Ier.
Dans la tableau chronologique ci-dessous, les trois colonnes de droite concernent non pas les événements eux-mêmes, mais le moment où se produit le jour de l'an civil, alors que le jour de l'an naturel (agricole et religieux) se produit toujours aux alentours du 17 juillet. On peut constater que l'avance sur le soleil évoquée au § 1.2 est de 47 jours (environ) en début de règne, contre 34 seulement à la fin (avance qui diminue d'un jour tous les quatre ans, soit à peu près cinq jours par génération). Ce n'est donc pas un décalage trop perturbant. Il faudra attendre le règne de Séthi Ier (d'autres disent Ramsès II) pour que la coïncidence entre les phénomènes naturels et le jour de l'an civil se reproduise.
Année avant JC Age du roi Année relative de règne Événement marquant
Jour de l'an, au calendrier civil Équivalent grégorien civil du jour de l'an Jours d'avance sur le soleil 1484 Naissance du prince Thoutmosis (III) Règne de Thoutmosis II
1483 1 1482 2 1481 3 3M,18 30/05 au lieu du 17/07 48 1480 4 1479 5 1478 6 1 An 1 de MenKheperRê-Thoutmosis III 1477 7 2 « aimé de Dédoun » 3M,19 31-mai 47 1476 8 3 Nomination du grand prêtre en Abydos 1475 9 4 1474 10 5 Ouser(Amon) est nommé vizir 1473 11 6 3M,20 01-juin 46 1472 12 7/1 HatChepsout prend le pouvoir royal 1471 13 8/2 1470 14 9/3 Expédition de Pount 1469 15 10/4 3M,21 02-juin 45 1468 16 11/5 1467 17 12/6 1466 18 13/7 1465 19 14/8 3M,22 03-juin 44 1464 20 15/9 1463 21 16/10 Expédition de MenKheperRê au Sinaï.
Date du plafond astronomique de SenEnMout1462 22 17/11 1461 23 18/12 HatChepsout semble délaisser SenEnMout 3M,23 04-juin 43 1460 24 19/13 1459 25 20/14 Dernière date attestée de HatChepsout 1458 26 21/15 1457 27 22 Reprise du pouvoir - 1ère campagne
Prise de Megiddo3M,24 05-juin 42 1456 28 23 1455 29 24 2e campagne 1454 30 25 3e campagne - plantes exotiques rapportées 1453 31 26 3M,25 06-juin 41 1452 32 27 4e campagne 1451 33 28 1450 34 29 5e campagne - Prise de Jaffa par Djéhouty (?) 1449 35 30 6e campagne - 1ère prise de Qadech 3M,26 07-juin 40 1448 36 31 7e campagne 1447 37 32 RekhMiRê est vizir du sud 1446 38 33 8e campagne - Karkémich et l'Euphrate 1445 39 34 9e campagne - Attaque de Nouguès 3M,27 08-juin 39 1444 40 35 10e campagne - Contre le Mitanni 1443 41 36 11e campagne 1442 42 37 12e campagne 1441 43 38 13e campagne - Attaque de Nouguès.
Date du calendrier d'Éléphantine = 3M,283M,28 09-juin 38 1440 44 39 14e campagne - Contre les bédouins Chasou 1439 45 40 15e campagne 1438 46 41 16e campagne 1437 47 42 17e campagne : 2e prise de Qadech 3M,29 10-juin 37 1436 48 43 1435 49 44 1434 50 45 1433 51 46 3M,30 11-juin 36 1432 52 47 En Nubie - Rocher du Gebel Barkal sculpté (?) 1431 53 48 1430 54 49 1429 55 50 4M,1 12-juin 35 1428 56 51 Corégence avec le futur AmenHotep II 1427 57 52 1426 58 53 1425 59 54 Mort du roi, selon AmenEmHeb, le 3G,30 4M,2 13-juin 34 1426 1 Début du règne d'AmenHotep II
MenKheperRê-Thoutmosis III n'est pas seulement un homme de guerre et un conquérant. C'est aussi un bâtisseur auquel on doit la construction, la modification ou la restauration de très nombreux monuments, en Égypte comme en Nubie.
Le temple de Karnak
était loin de comporter tous les édifices visibles aujourd'hui et dont beaucoup furent l'œuvre de ses successeurs. Au début de la XVIIIe dynastie, le sanctuaire n'occupe qu'une faible surface. Déjà agrandi par Thoutmosis Ier avec une vaste enceinte et les IVe et Ve pylônes, puis par HatChepsout avec des obélisques et sa fameuse chapelle-reposoir de la barque d'Amon en quartzite rouge dite justement Chapelle Rouge, MenKheperRê l'étend et l'aménage d'une façon importante.
Sur l'axe ouest-est
, il érige le VIe pylône, et restructure complètement la salle dite Ouadjyt (646). Il démantèle en grande partie la Chapelle Rouge pour y réaliser ses propres aménagements.
A l'extrémité est de l'ancien sanctuaire du Moyen Empire aujourd'hui disparu, au-delà de l'enceinte de Thoutmosis Ier, il fait construire un monument exceptionnel dans l'architecture égyptienne l'Akh-Menou
, temple de régénération royale sur lequel nous reviendrons. Son nom égyptien
n'est en fait que la partie finale de son nom complet qui était : « MenKheperRê (est) radieux (en) monuments ». Construit dans les années 23-24 de son règne, il servit très probablement à la fête-sed pour son jubilé de l'an 30. Il comporte en son milieu une vaste salle des fêtes soutenue par deux rangées de 10 colonnes en forme de poteaux de tente et entourés de 32 piliers rectangulaires. Autour de cette salle hypostyle, d'autres sont consacrées à Sokar, dieu funéraire de Memphis, d'autres ont un caractère solaire, et une autre est décorée du fameux jardin botanique
où l'artiste a représenté des plantes et des animaux rapportés lors de la 3e campagne au Réténou et qui étaient alors inconnus en Égypte. L'Akh-Menou renferme encore la célèbre chambre des ancêtres où le roi fait offrande devant 61 de ses prédécesseurs, mais il ne s'agit que d'une copie, car l'original se trouve aujourd'hui au musée du Louvre. Enfin, à l'extrême est du monument, adossé à l'enceinte de l'époque, un petit temple périptère ouvert en direction de l'est contient un naos dans lequel Amon (?) et le roi assis se tiennent par l'épaule.
Sur l'axe nord-sud
, il fait restaurer de magnifique façon le temple de Ptah. Situé au nord du sanctuaire primitif, il datait du Moyen Empire et avait beaucoup souffert du temps. Bien qu'un peu à l'écart du reste des bâtiments principaux, près du grand mur d'enceinte, il attire aujourd'hui de nombreux visiteurs. Au sud du grand temple d'Amon, il fait creuser le lac sacré. Il fait encore ériger le VIIe pylône (assez ruiné aujourd'hui) précédé au sud de deux colosses debout du roi et de deux obélisques. Il achève aussi le VIIIe pylône sans doute commencé par HatChepsout, le mieux conservé, précédé au sud de six colosses assis (dont quatre subsistent).
MenKheperRê fit aussi ériger plusieurs obélisques. Selon J.H. BREASTED (AR II,623-626), les textes connus font référence au moins à sept obélisques : cinq à Karnak et deux à Héliopolis. Ils ont tous disparu de leurs sites d'origine, mais quatre ont été transportés dans plusieurs villes du monde. A Rome, sur la place du Latran, se dresse aujourd'hui celui qui se trouvait probablement seul devant la face sud du VIIIe pylône de Karnak. Il resta 35 ans inachevé au sol, et c'est son petit-fils Thoutmosis IV qui le fit terminer et ériger. Constantin le fit transporter, en 357, au cirque Maximus de Rome. Trouvé brisé en trois morceaux en 1587, il fut restauré (disons plutôt maltraité) et redressé sur son emplacement actuel sur ordre du pape Sixte Quint (716). A Istanbul
, on en trouve un autre qui figurait peut-être devant la face sud du VIIe pylône, avec un autre obélisque disparu, mais l'endroit exact reste mal déterminé. Il fait apparemment allusion à la 8e campagne de l'an 33 et à son accès à l'Euphrate (717). Il fut transporté à Constantinople sur ordre de Théodose où Proclus l'érigea en 390 sur l'hippodrome. A Londres, sur les quais de la Tamise, cet obélisque avait été transporté, avec son compagnon à Alexandrie en 13-12 avant notre ère par l'architecte Pontius. Il provenait d'Héliopolis (718). Quant au dernier, il se dresse aujourd'hui au Central Park de New York où il fut transporté en 1880. Il provenait lui aussi d'Héliopolis et avait été transporté d'abord à Alexandrie (719). Par ailleurs, Jean-Claude GOLVIN se demande qui a entrepris l'extraction de l'obélisque inachevé et fissuré d'Assouan, le plus gigantesque de tous les temps : HatChepsout, MenKheperRê-Thoutmosis III, ou un autre roi d'une autre époque, et pour un autre site que Karnak ? Question aujourd'hui sans réponse.
Hors de Karnak, MenKheperRê donne cours également à son ardeur de bâtisseur. Il fait construire, restaurer ou décorer d'autres monuments à Deir el-Bahari, Medinet Habou, Tod, Médamoud, Hermonthis, Koptos, Abydos, Beni-Hassan, Héliopolis. En direction du sud, il bâtit à Éléphantine et El Kab. En Nubie, sur des terres souvent englouties sous les eaux de l'actuel lac Nasser, il poursuit son œuvre architecturale sur les rives du Nil. Entre Assouan et la 2e cataracte : à Dakké, Kouban, Amada (708), El-Lessiya, Bouhen, capitale administrative des territoires du sud ; entre la 2e et la 3e cataracte, Semna et Koumma, où deux temples sont presque face à face sur les deux rives du fleuve ; et au Gebel Barkal, près de Napata, avant la 4e cataracte, où il fait ériger une stèle célébrant ses exploits et où il fait peut-être sculpter le rocher en forme d'uræus dressé (715).
Enfin, le roi souhaitait améliorer le commerce avec le reste du monde méditerranéen par voie maritime. Il avait pu en constater les avantages lors de ses campagnes en Asie, sur le littoral phénicien. Il entreprend donc la construction d'un grand port, à l'ouest du Delta, sur une île toute proche de la côte. En plus du commerce maritime, ce port facilitait la surveillance de la côte égyptienne. Les Grecs lui donneront plus tard le nom de Pharos, et Alexandrie s'installera à proximité...
Sous le règne de HatChepsout, HapouSeneb qu'elle avait nommé grand prêtre d'Amon à Karnak cumulait cette fonction avec celle de vizir. Comprenant peut-être le danger consistant à confier le pouvoir religieux et le pouvoir politique entre les mains d'un seul homme, elle nomme un nouveau vizir en la personne d'Amtou. MenKheperRê se méfiera lui aussi de ce cumul, et même du simple pouvoir des prêtres d'Amon dont les biens immenses provenaient des présents que les rois avaient offerts au dieu de Thèbes depuis qu'ils avaient chassé les Hyksos. Pour être certain de bien tenir en mains ce clergé, il nomme un excellent ami d'enfance, MenKheperRêSeneb comme grand prêtre de Karnak, à la mort de son prédécesseur. Il reçoit cependant des fonctions financières importantes consistant à gérer le Trésor royal et les biens du domaine d'Amon, mais il n'a pas la fonction de vizir. Ce pouvoir clérical prend une telle ampleur au fil de la XVIIIe dynastie qu'il va finir par réellement gêner les pharaons, jusqu'au jour où NeferKheperouRê-Akhénaton, soutenu en cela par son père AmenHotep III, se fâche et leur retire leurs prérogatives. Mais, après l'épisode amarnien, le clergé retrouvera son arrogante puissance, et finira par vouloir gouverner seul l'Égypte. Cette prétention conduira le pays à son déclin, avec les derniers ramessides et la XXIe dynastie, un peu plus de 1000 ans avant notre ère.
Sur le plan strictement religieux
, MenKheperRê innove : il réorganise le statut de prêtre, procède à de profonds changements dans le culte d'Amon, crée de nouvelles règles, oblige à plus de scrupule et de rigueur dans le service divin, aidé en cela par MenKheperRêSeneb. Il donne des consignes strictes qu'il veut voir respectées : « Soyez vigilants quant à vos devoirs, leur déclare-t-il, ne négligez aucune de vos obligations. Soyez purs, soyez intègres concernant les biens divins, et gardez-vous des interdits » (720).
Il prend aussi l'habitude de se faire représenter, pour tous les pays soumis ou gardant une prudente amitié avec l'Égypte, comme Amon se manifestant sous un aspect solaire local adoré par ces populations. Déjà tout jeune, en l'an 2, une inscription du temple nubien de Semna l'avait désigné comme « aimé du dieu Dédoun qui préside à la Nubie. » Cette façon de se présenter aux autres peuples comme un aspect de leurs propres divinités semble mieux faire accepter - et surtout mieux faire craindre - le puissant monarque. C'est ainsi que, dans un hymne de victoire (721), Amon lui-même agit pour que son fils bien-aimé apparaisse aux hommes comme son reflet, perceptible aux yeux des étrangers. Au pays de Djahy (698) : « Je les ai jetés sous tes pieds dans leurs montagnes. J'ai fait qu'ils voient ta Majesté comme le Seigneur de radiance lumineuse. » Au pays de Pount (672), il devient « une étoile filante qui émet sa lueur comme du feu et répand sa rosée. » En Crète et à Chypre, « un jeune taureau, au cœur ferme et aux cornes acérées. » Au Mitanni (680), « un crocodile, seigneur de la terreur dans l'eau. » Chez les Libyens, « un lion au regard féroce » etc.
Une de ses approches religieuses les plus intéressantes et les plus admirables consiste en la construction de l'Akh-Menou, unique dans l'architecture égyptienne (brièvement décrit ci-dessus), et en la signification que l'on pense pouvoir y déceler. Le nom de ce monument contient le mot akh (Ax) qui englobe les notions de luminosité solaire, de gloire, d'efficacité et d'utilité. L'importance de ce sanctuaire laisse encore un peu perplexe, mais il s'en dégage certains principes bien avérés. On y trouve des scènes très diverses comme celles du jubilé, d'Osiris reverdissant, du domaine de Sokar, de l'hommage aux rois prédécesseurs, de la représentation d'une faune et d'une flore inconnues alors en Égypte, des salles à caractère solaire et un escalier montant vers la lumière. Un fil conducteur relie pourtant toutes ces salles et ces représentations a priori hétérogènes.
Ce lieu fut très probablement celui où se déroulèrent les traditionnels rites du jubilé, la fête-sed, après les 30 années de règne de MenKheperRê, pour la régénération de ses forces vitales royales en communion avec le monde divin. Tout comme la végétation vit et meurt en cycles agraires éternels concrétisés par Osiris, il faut pourvoir mourir, ou simuler la mort par une préparation intérieure, pour renaître à une nouvelle vie, une jeunesse renouvelée, une toute fraîche ardeur juvénile et constructive. Étendu d'abord sur un lit mortuaire comme Osiris aux chairs peintes en vert, le roi mourait avec ce Souverain de l'Éternité végétale, passait dans le domaine souterrain de Sokar, et renaissait, germait pour ainsi dire en Osiris (722). La présence, dans le jardin botanique tout proche, d'espèces animales et florales étrangères, permettait d'associer le reste du monde connu et soumis au roi à ce renouveau de la nature qui se réalisait durant ce rituel. De telles cérémonies rendaient le pharaon encore plus divin, car il devait s'identifier aux dieux, aspects multiples de l'Unique, et aux 61 divinités royales qui l'avaient précédé, dans une intense communion avec eux. Fusion totale avec Osiris, certes, et avec tous les dieux, mais plus précisément avec Amon et son aspect solaire de Rê. On comprendra mieux ainsi la présence de salles à caractère solaire de l'Akh-Menou et l'escalier qui conduisait sans doute à une terrasse inondée de soleil.
La métamorphose royale se jouait donc sur le plan terrestre et agraire et sur le plan solaire. Cette formidable théologie de la vie et de la mort, deux phases de la même réalité, de l'échange d'énergie entre l'homme et le divin (image ci-contre) et de leur fusion dans les cycles de la terre et du soleil se retrouve dans les textes de l'Amdouat et les litanies de Rê, représentés dans la tombe du roi, objet de cet ouvrage. La synthèse Sokar/Rê/Osiris y est d'ailleurs manifeste, surtout à la 5e Heure de la nuit. Il est tout à fait possible que ces très importants textes religieux de l'Amdouat soient dus aux théologiens de MenKheperRê, inspirés par les textes des Sarcophages et les nombreuses traditions funéraires de grands centres religieux égyptiens.
L'époque de MenKheperRê connaît une grande prospérité. Les prodigieuses richesses rapportées d'Asie, lors des campagnes militaires, et les tributs que tous les pays soumis doivent payer profitent sans doute d'abord au pouvoir royal, au domaine d'Amon et aux soldats, mais aussi indirectement au peuple égyptien dont les plus pauvres peuvent espérer quelques miettes. Une telle situation permet toujours aux arts de se développer.
L'architecture, la sculpture et la peinture trouvent leur pleine expression dans les travaux royaux, dans les grands temples du pays et dans les sépultures des personnages importants. La tombe du roi demeure une merveille inégalée dans son style de décoration, où les artistes font preuve, malgré les conditions déplorables dans lesquelles ils ont apparemment travaillé, d'une insolente facilité dans le tracé des dieux et des personnages en quelques coups de pinceau, comme le feraient aujourd'hui les meilleurs dessinateurs de bandes dessinées. Les silhouettes féminines graciles mais redoutables, les cobras aux enroulements lascifs crachant du feu ou les serpents chimériques ailés ou à plusieurs têtes, l'arbre-Isis qui allaite le pharaon (P1, face b), toutes ces représentations filiformes du monde de l'au-delà ont un charme que même les remarquables artistes d'AmenHotep II n'ont pas réussi à égaler
. La couleur rose y fait aussi son apparition dans les bandes de zone sablonneuse
.
En plus de sa fonction religieuse déjà évoquée dans l'étude de l'Akh-Menou, la figuration de plantes et d'animaux exotiques montre la curiosité des Égyptiens pour tout ce qui provenait de terres lointaines, comme au temps des grands explorateurs de l'Ancien Empire ou, sous le règne de HatChepsout, avec l'expédition de Pount (672). De plus, de magnifiques objets en pâte de verre aux vives ondulations colorées (vases, récipients divers) qu'on peut admirer dans plusieurs musées sont créés par des artistes d'une grande habilité et d'une féconde imagination.
Les tombes de grands personnages de l'époque sont habilement décorées. A Cheikh Abd el-Gournah et dans l'Assasif, celles du vizir RekhMirê, appelé aussi Rekhmara (n° 100), du chef d'armée AmenEmHeb (n° 85), de l'intendant AmenEmHat (n° 82), du scribe royal HorEmHeb (n° 78), du grand fonctionnaire Inéni (n° 81), du second grand prêtre d'Amon PouyEmRê (n° 39) et, à moindre titre, du héraut royal Antef (n° 155), du prêtre Min (n° 109) et du premier grand prêtre d'Amon MenKheperRêSeneb (n° 86-112) enchantent les visiteurs (quand elles sont ouvertes au public...).
Dans le domaine des lettres et de la poésie, ce règne nous a laissé des œuvres très importantes. Les grands racontent leurs exploits et leur vie quotidienne sur les murs de leurs tombes, et nous renseignent ainsi par le texte autant que par l'image sur l'histoire, l'économie, la société, les mœurs et les comportements de l'époque. Les Annales gravées sur les murs de Karnak nous donnent de précieux renseignements sur les campagnes militaires du roi, et le fameux texte de la jeunesse (ou texte de la désignation divine) gravé dans le même secteur ne manque pas de charme poétique, d'autant qu'il comporte, comme l'hymne de victoire évoqué ci-dessus, des séquences rythmées d'où la musique n'était peut-être pas absente (723). Les poèmes amoureux font également leur apparition à cette époque, avec très certainement une musique de tradition seulement orale et qui n'a donc pas pu nous parvenir. Ces poèmes influenceront indiscutablement le Cantique des Cantiques, dans la Bible.
Comme nous l'avons évoqué au chapitre consacré à l'étude architecturale de la tombe de MenKheperRê, les tombes attribuées à Thoutmosis Ier (KV 38) et à Thoutmosis II (KV 42) qui est plus probablement celle de MerytRê, épouse de MenKheperRê, ont été creusées sous le seul règne de MenKheperRê : elles ont un style comparable, et leur forme de cartouche est spécifique à son règne. Nous savons également que la tombe du vizir Ouser contient une version intégrale des textes de l'Amdouat. Il apparaît donc clairement que les trois versions les plus anciennement connues des textes de l'Amdouat appartiennent aux trois hypogées creusés sous MenKheperRê-Thoutmosis III. Il est donc tout à fait possible qu'ils aient été rédigés par ses propres théologiens, avec la probable participation du roi lui-même.
MenKheperRê Thoutmosis fait preuve d'une intelligence politique remarquable. Trop jeune pour vraiment régner à l'âge d'environ six ans, on comprend qu'il lui faille accepter sans se rebeller la régence de sa tante HatChepsout. En l'an 7, alors qu'elle se fait couronner reine, le jeune roi de treize ans acceptera avec plus de réticence une décision qui commencera à l'incommoder. Mais pourquoi s'insurger alors que cela ressemble à une corégence, bien ambiguë sans doute, et sans aucune brimade. Cependant, au fil des ans, cette cohabitation de deux vrais rois sur un seul trône a dû lui paraître un peu longue, surtout vers l'an 16 (il a 22 ans) où il mène une campagne au Sinaï et jusqu'à l'an 22, où il a donc 26 ans. Il lui suffisait d'attendre, avec une infinie patience, que la reine s'efface ou tout simplement meure, l'espérance de vie de cette époque n'étant pas celle d'aujourd'hui. Mais nous ne savons rien de la fin de sa tante. Aucun trouble particulier n'étant connu au palais lors de la phase de transition, il semble exclu d'attribuer sa disparition à un meurtre politique, même si la momie de la reine n'a pas été retrouvée.
Le roi souhaite la tranquillité et la prospérité pour son pays. Il se méfie des convoitises des princes d'Asie. Pour que les territoires sous contrôle égyptien s'étendent aussi loin que possible des frontières habituelles de l'Égypte, pour que l'ordre de Maât y prévale, et pour venir à bout de leurs dangereuses intrigues, il entreprend contre eux ses dix-sept campagnes militaires. Il y témoigne d'une réelle clairvoyance politique accompagnant une hardiesse et une bravoure appréciées de ses hommes (voir par exemple l'épisode de la prise de Megiddo, lors de sa première campagne). Il révèle son génie militaire dans l'imagination et la ruse, et par l'usage de moyens techniques originaux et hardis, comme le transport de bateaux sur des chariots tirés par des bœufs, entre la côte méditerranéenne et l'Euphrate, lors de sa huitième campagne.
Sur le plan humain, il se montre d'abord clément envers les vaincus affamés de Megiddo qui le supplient et auxquels il procure même de la nourriture. Il marque sa victoire d'une pointe d'humour en renvoyant chez eux, à dos d'âne, leurs chefs déjà humiliés par la défaite. Mais un des traits les plus habiles de son discernement politique consiste à ne pas avoir bouleversé l'équilibre des structures administratives locales. Il les laisse traiter leurs affaires sans leur imposer de fonctionnaires égyptiens dont le zèle aurait à coup sûr attisé une haine encore plus tenace des populations. Seul le cadre fiscal, avec le paiement de lourds tributs annuels, repose entre les mains de fonctionnaires égyptiens. De telles dispositions n'empêcheront pourtant pas les princes des régions soumises de se coaliser et de se révolter encore et encore, avec d'autres échecs cuisants sous AmenHotep II ou des succès momentanés dus à l'inaction d'Akhénaton. De nouvelles forces comme celles des Hittites (de l'actuelle Turquie), s'ajouteront aux anciennes rancœurs, et ces contrées seront encore une fois le théâtre de sévères affrontements, dont le plus célèbre est celui de l'indomptable Qadech, mais cette fois avec Ramsès II, deux siècles après MenKheperRê.
Il prend aussi une autre disposition très importante pour la postérité, pensait-il, consistant à éduquer en Égypte les jeunes fils des princes vaincus pour que, totalement immergés dans la culture, la religion et la langue égyptiennes, ils puissent retourner dans leurs pays respectifs avec de meilleures dispositions vis à vis de leur puissant et intraitable voisin. On vient de voir que, malgré de franches amitiés qui ont dû se nouer sur place, le résultat ne fut pas vraiment à la hauteur des espérances placées dans la formation de ces jeunes otages.
Parmi d'importantes innovations politiques qui lui sont dues, l'une concerne le recrutement dans l'armée. En plus des soldats égyptiens issus de la conscription traditionnelle, il enrôle des mercenaires étrangers. Une autre touche la façon de gouverner le pays. Il se rend compte que la charge de vizir est trop lourde pour peser sur les épaules d'un seul homme. Il dédouble ainsi cette fonction en nommant deux vizirs : un pour le sud et un autre pour le nord. Ouser(Amon) et NeferOuben, tous deux fils d'Amtou, sont les premiers nommés à ces nouveaux postes.
Avant de terminer cette biographie sans prétention de MenKheperRê-Thoutmosis III, il n'est peut-être pas inutile de mettre le lecteur en garde contre les approches romanesques d'assez nombreux ouvrages qui traitent des relations entre HatChepsout et son neveu MenKheperRê. Il est tout à fait compréhensible que d'anciennes générations d'égyptologues n'aient pas réussi à démêler l'inextricable écheveau des données plus ou moins contradictoires de l'époque. Les points de vue opposés de certains chercheurs soucieux surtout de renommée et les preuves historiques décisives détruites à jamais n'ont pas toujours permis de faire avancer le problème. Seul le travail opiniâtre et cumulé de plusieurs générations de scientifiques a permis d'y voir aujourd'hui un peu plus clair, malgré de nombreuses énigmes auxquelles il faut encore trouver des solutions. Les opinions les plus récentes de savants réputés seront peut-être sèchement contredites par de futures générations. Notre analyse, basée seulement sur celles d'autres historiens, pourrait bien elle-même un jour être battue en brèche.
La cohabitation de ce vrai roi et de cette vraie reine, dont l'aînée devient momentanément la fausse corégente de son cadet (à moins que ce ne soit l'inverse), pose des problèmes complexes d'archéologie, d'histoire et même de psychologie. Comment peut-on concevoir en effet que deux souverains, portant officiellement les couronnes d'Égypte, puissent vivre en bonne intelligence sans conflit violent à la cour, et sans que la pacifique régente-reine ni le bouillant adolescent-roi entreprennent quoi que ce soit de préjudiciable aux intérêts du pays ? Cela se comprend encore lorsque le jeune pharaon n'a que 13 ans, mais beaucoup moins à son adolescence et à son âge adulte. Ils ont pourtant bien coexisté dans une certaine forme d'harmonie, pour autant que nos sources d'informations ne comportent pas de trop graves lacunes.
Si l'on s'en tient aux coutumes égyptiennes, HatChepsout est une vraie fille de roi, elle-même grande épouse royale de Thoutmosis II, et peut transmettre à ce titre l'énergie divine royale à sa descendance. Mais si le jeune Thoutmosis est bien le fils de Thoutmosis II, sa mère Isis n'est qu'une concubine. L'histoire a montré qu'il lui suffisait d'épouser sa demi-sœur (issue de deux parents royaux) pour que le pouvoir royal puisse se transmettre à sa postérité. A-t-il vraiment épousé, même symboliquement, la petite NeferouRê correspondant à ce critère ? S'il a bien ensuite épousé MerytRê, était-ce bien une vraie fille de roi, ce que mettent en doute certains chercheurs ? Quoi qu'il en soit, les deux souverains ont dû passer pour légitimes aux yeux de leurs contemporains, même si chacun d'eux devait avoir ses propres partisans.
Les documents historiques nous paraissent assez clairs aujourd'hui pour admettre que HatChepsout n'était pas une odieuse usurpatrice assoiffée de pouvoir, comme tentent de le faire croire aujourd'hui encore certains romanciers ou même certains égyptologues. Elle aime le pouvoir, incontestablement, mais elle aurait pu faire éliminer physiquement son neveu si elle l'avait voulu. On sait que le jeune roi n'est pas brimé. Bien au contraire, il est associé à tous les actes officiels de l'État, à côté de sa tante, et ils sont même représentés de la même taille, l'un devant l'autre, dans de nombreux cas
. On ne peut donc pas considérer la reine comme une usurpatrice.
D'autre part, le jeune roi ne se précipite pas sur ses cartouches et ses images, après sa disparition, pour les éliminer de la mémoire des hommes, avide de vengeance et haineux envers elle, selon les mêmes auteurs. Les véritables persécutions contre sa mémoire, pour utiliser un vocabulaire à mon avis inadéquat, ne commencent que vers l'an 42, soit vingt ans après sa disparition. La vengeance d'un homme très impatient et haineux aurait pu être plus prompte ! Certes, il commence à démonter certains monuments de sa tante et à effacer quelques éléments de ses cartouches, mais la véritable raison qui l'anime est plutôt d'ordre religieux, après longue réflexion, et non une vengeance bien trop tardive. MenKheperRê conteste essentiellement la légitimité de HatChepsout en tant que reine, et en tant que dépositaire de l'énergie-ka du pouvoir royal dont il était, à son avis, seul investi. Il va de soi que ce n'est pas à des occidentaux du XXIe siècle de se prononcer sur le bien-fondé d'une telle opinion. La plupart des martelages du nom de la reine se produisent lors du démantèlement de la Chapelle Rouge, reposoir de la barque divine, dans le but d'y construire de nouveaux bâtiments, dont le mur des Annales. Cette chapelle appartenait à un ensemble appelé Palais de Maât. Et c'est justement là que le pharaon veut intervenir.
Selon lui, HatChepsout a gravement dérogé à l'ordre de Maât en s'octroyant la royauté, et en dévoilant trop de symboles secrets au monde profane. Il est impensable qu'elle ait pu être détentrice du ka royal. Ce sont les raisons principales pour lesquelles il fait effacer, souvent très précautionneusement, le mot ka
présent dans son nom de couronnement MaâtKaRê (679)> et démonte une partie du Palais de Maât qui lui rappelait trop l'hérésie. Il ne souhaite pas éliminer sa mémoire en tant que femme, mais en tant que MaâtKaRê, dépourvue d'essence royale divine. La plupart des autres graves mutilations opérées sur son nom sont l'œuvre de pharaons ramessides, et en particulier de Ramsès II (724) qui la considère lui aussi comme une hérétique. Ce pharaon redresseur de torts s'en prend, pour des raisons assez semblables, à la mémoire de NeferKheperouRê-Akhénaton en qui il voit encore un hérétique qui avait commis le pire des sacrilèges en faisant marteler le nom sacré d'Amon et en offensant l'ordre universel de Maât par son rejet de tous les aspects de l'Unique, sauf ceux de Rê et de son image visible Aton.
Le lecteur aura bien compris qu'il faut pouvoir regarder l'histoire sans passion excessive et sans parti pris trop romantique pour ses personnages si l'on veut conserver l'objectivité indispensable à la poursuite des recherches, surtout s'il faut admettre un jour, à l'épreuve des faits, que l'on s'est trompé...
Peut-on penser que MenKheperRê-Thoutmosis III a été le plus grand des pharaons, comme on l'a écrit ? Pour répondre à une telle question, il faudrait d'abord pouvoir définir ce qu'est un grand pharaon. Est-ce un guerrier redoutable, un conquérant audacieux possédant un vaste empire, un gestionnaire avisé, un organisateur génial, un bâtisseur infatigable, un amateur d'art visionnaire, un humaniste soucieux du bien-être de son peuple ? Ou faut-il malheureusement admettre qu'un roi est d'autant plus grand qu'il a su agrandir et enrichir son pays en subjuguant et en exploitant les peuples voisins ? MenKheperRê a sans doute un peu de toutes ces qualités et de ces défauts. Dans ces conditions, il me paraît aussi grand que Ramsès II, pour ne pas dire plus dans certains cas, si l'on exclut la longévité et le nombre de ses constructions. MenKheperRê prit deux fois Qadech, mais Ramsès II faillit y conduire l'Égypte à sa perte, dans un contexte certes différent. Ces deux pharaons laissèrent dans l'histoire de leur pays des traces indélébiles... comme bien d'autres.
MenKheperRê est surtout très méconnu du grand public qui ignore parfois jusqu'à son nom le plus couramment utilisé de nos jours, Thoutmosis III (ou Thoutmès III). Les historiens hésitent à écrire des livres sur sa vie et son œuvre, et les éditeurs craignent encore de les publier, trop frileux face à notre nouvelle culture de supermarchés. C'est une des raisons pour lesquelles je me suis efforcé de réparer cette injustice, dans cet ouvrage consacré à sa demeure d'Éternité.
Tous ses successeurs ont respecté sa mémoire, et son cartouche a servi de porte-bonheur, très longtemps après sa mort. De nos jours, son nom de couronnement, MenKheperRê, sert de logo décoratif (ci-contre) à une publication trimestrielle de l'Ordre de la Rose-Croix AMORC, mouvement philosophique et initiatique traditionnel qui fait remonter ses origines dans la pensée de l'ancienne Égypte (725).
Puisse ce modeste ouvrage faire grandir votre amour de la civilisation et de la pensée égyptiennes, à travers des textes funéraires d'une qualité hors du commun. Ils peuvent apporter, aujourd'hui encore, des réponses poétiques aux éternelles questions que se pose l'homme sur sa véritable nature, la vie, la mort et un au-delà incertain. Elles y apparaissent parfois en filigrane à quiconque souhaite dépasser les horizons souvent pâles et limités de la culture occidentale moderne. Mais pour entendre cette sagesse du passé, il faut savoir faire silence en soi ; et cet apprentissage peut prendre beaucoup de temps...
Notes
(615) Nous avons fait le choix d'appeler ce roi comme le faisaient les Égyptiens eux-mêmes. MenKheperRê constitue son nom de couronnement, celui qui lui était donné officiellement comme roi d'Égypte, et Thoutmosis le nom que sa mère lui donna à sa naissance. Nous en avons fait MenKheperRê-Thoutmosis, comme cela se faisait à son époque, puisque ces deux noms sont les seuls à figurer dans des cartouches. Le n° III en chiffres romains que j'y ajoute souvent permet de ne pas dérouter le lecteur qui le connaît sous cette appellation. Voir à ce propos dans le glossaire aux articles MenKheperRê et Titulature royale. Bien noter que, dans les noms égyptiens, les lettres Kh doivent se prononcer comme une jota espagnole, et non comme le simple son K du français.
(616) Nicolas Grimal Histoire de l'Égypte Ancienne - Fayard - Paris, 1988 (pages 246-247 que j'exploite largement) et Wolfgang Helck in GM 67, 1983.
(617) Claire Lalouette Mémoires de Thoutmosis III - Calmann-Lévy - Paris, 1997 (page 7).
(618) Voir chez Henri Gauthier : Le Livre des Rois d'Égypte, tome II (in Mémoires publiés par les membres de l'IFAO) - IFAO - Le Caire, 1912, page 253, et chez Wolfgang Helck : Untersuchungen zu Manetho und dem ägyptischen Königslisten, Akademie-Verlag - Berlin, 1956, page 40.
(619) Donald B. Redford : Pharaonic King-Lists, Annals and Day-books - Benben Publications - Missisauga, 1986, pages 244-247.
(620) On peut lire par exemple à ce sujet : Jésus de Jacques Duquesne - publié en 1994 chez Desclée de Brouwer/Flammarion.
(621) De nos jours, cette merveilleuse coïncidence n'est plus observable, à cause du décalage lié au phénomène de précession des équinoxes.
(622) « Les saisons sont liées au retour du Soleil au point vernal, intersection de l’équateur céleste et de l’écliptique. Le Soleil passe en ce point (mobile par rapport aux étoiles) à l’équinoxe de printemps (le 20 mars en moyenne). L’intervalle moyen entre deux passages du Soleil au point vernal (ou point gamma) s’appelle l’année tropique; celle-ci est également égale à 365,24219 jours (soit 365 j 5 h 48 min 45 s) ». Selon l'Encyclopædia Universalis, version 5 cédérom, ©1999.
(623) Il est bien évident que le calendrier agricole et les célébrations religieuses basées sur les cycles cosmiques et terrestres ne pouvaient pas s'aligner sur un tel calendrier civil.
(624) Année de misère (boiteuse ?) : rnpt gb(j) : Wb V,162-3 et HWb,470 et 897. Le papyrus Anastasi IV 10,1-2 (BM 10249) y fait allusion en ces termes : « Viens à moi, Amon, et sauve-moi de cette année de misère. Il se trouve que le soleil n'apparaît plus, la saison-prt arrive pendant la saison-chemou [= la saison des semailles arrive au moment de celle des moissons], les mois s'écoulent en sens inverse et les heures sont désordonnées.» (Texte égyptien : Alan H. Gardiner Late-Egyptian Miscellaneous, Bibliotheca Aegyptiaca VII - textes - page 45. Commentaires : Ricardo A. Caminos Late-Egyptian Miscellanies, Oxford University Press, pages 171-172). L'époque de Séthi II durant laquelle cette prière a été recopiée ne correspond pas à une année boiteuse, puisque l'écart n'est que de quelques jours seulement sous son règne, mais elle appartient à une expression littéraire sans doute beaucoup plus ancienne insérée dans ce texte néo-égyptien. Une année de misère fait peut-être ainsi référence à ces lointaines années où le calendrier civil marquait six mois d'écart avec les vraies saisons.
(625) Strabon, Géographie XVII,46
(627) Grès peint AE/D68 du Louvre, de 62 cm de hauteur sur 99 cm de largeur. Texte : URK IV,822.
(628) La scène représente le ciel de Thèbes (+24° de latitude) et les saisons sur toute l'année. Une observation très attentive de la position de tous les astres représentés permet de situer l'événement vers le 15 ou le 16 novembre actuel. Rigel est à sa culmination, tandis que la planète Mars est couchée et que la longitude de Jupiter est située entre 73 et 95°. Deux dates ressortent des calculs : 1463 et 1486. Pour la seconde, Jupiter présente une longitude de 99°.
(629) Pour conforter toutes ces dates calculées, il faut s'assurer que les civilisations contemporaines qui mentionnent des faits de leur propre histoire, en liaison plus ou moins directe avec l'Égypte, donnent des valeurs équivalentes, et que les systèmes actuels de datation par divers moyens techniques ne les contredisent pas. Enfin, situer avec précision l'an 7 de Sésostris III (4G,16) apporte d'autres joies intellectuelles sur lesquelles je ne m'étendrai pas ici.
(630) « L'an X sous la majesté de tel roi, énième mois de telle saison, tel jour » sera l'aspect que prendront la plupart des dates citées dans cette étude, car c'est la formulation exacte des Égyptiens eux-mêmes, parfaitement intelligible en français. Comme le fait remarquer Alan Gardiner dans sa grammaire page 205, le fait de traduire par exemple « le 5 Pharmouti » une date qui devrait s'exprimer sous la forme « le 4e mois de la germination, le 5 » constitue un grossier anachronisme, car l'usage de ces noms de mois n'a pas cours avant l'époque perse.
(632) Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte Ancienne, page 240.
(634) Tombe d'Ahmosé à El-Kab. URK IV,1-11 traduit en anglais par Breasted dans AR II,80. Traduction française, ici, de Claire Lalouette.
(635) Voir à ce propos dans la tombe d'Inéni : URK IV,59 (traduit par Breasted dans AR II,341), et au 8e pylône de Karnak : URK II,606)
(636) Il faut bien sûr éviter de confondre la mère (?) et la fille malgré leurs noms. Cette dernière, en deuxième prénom, porte celui de sa mère présumée et on l'appelle aussi parfois MerytRê-HatChepsout II pour éviter une éventuelle méprise.
(637) Au P1,b, R2, ainsi qu'en H4g,R1 et H4d,R1.
(638) Henri Gauthier, Le Livre des Rois d'Égypte, tome II page 274.
(639) Pour les noms des enfants royaux ou supposés tels, voir Henri Gauthier (note ci-dessus), tome II, pp. 274-275.
(640) Traduction anglaise de James H. Breasted AR II,131-158.
(641) Texte égyptien d'après Kurt Sethe dans URK IV,156-162.
(642) Il faut considérer le début de cette ligne comme très hypothétique. D'après l'étude du contexte, Kurt Sethe pense que ce récit est au moins postérieur à l’an 30, et date peut-être de l'an 42 (sur un règne de 54 ans), soit bien longtemps après les faits relatés.
(644) « Serviteur du dieu » signifie prêtre. On traduit parfois ce terme par « prophète ». J'évite cette traduction qui me paraît ici désuète.
(645) L'expression « Pilier de sa mère » correspond au titre d'un prêtre de rang élevé porté essentiellement par les enfants royaux. Malgré la lacune du début de ligne, on constate que le jeune prince Thoutmosis avait été promu à cette fonction. Quant à Chemmis, dans le Delta, c'est le lieu de naissance d'Horus, le fils posthume d'Osiris et d'Isis, où il fut secrètement élevé, échappant à la fureur de Seth.
(646) Salle Verte ou Ouadjyt, comme on l'appelle parfois aujourd'hui par son vrai nom égyptien. Il s'agit d'une salle hypostyle jubilaire construite par son grand-père Thoutmosis Ier avec des colonnes en bois et située entre le 4e et le 5e pylône. La couleur verte qu'on lui prête ici est celle de la végétation (à l'image des colonnes végétales du temple) et de la renaissance. L'obélisque en granit rose (haut de 28,50 m et pesant 374 tonnes) qu'on y voit de nos jours est le seul qui soit resté intact sur les deux que fit ériger HatChepsout dans les années 15 et 16, en réaménageant la salle. Ils n'existaient pas encore à l'époque des faits relatés ici. La scène se passe dans la partie gauche (c'est-à-dire au nord) de cette salle, quand on se dirige vers le sanctuaire.
(647) Périphrase pour désigner le temple d'un dieu.
(648) Horus-de-l'Horizon est une expression évoquant le soleil à son lever. Ici, la sortie désigne celle qu'effectue la barque contenant la statue d'Amon en un circuit processionnel à l'intérieur du temple.
(649) Le roi officiant est sans doute son père Thoutmosis II. Certains historiens ont pensé à Thoutmosis Ier, mais cette opinion compte beaucoup moins de partisans de nos jours. Voir Suzanne Ratié LRH, pages 69 et 71.
(650) « ceux qui étaient à l'avant (de la barque) » n'est pas une traduction certaine. On pourrait traduire aussi « ceux qui étaient présents ». Quoi qu'il en soit, la barque semble suivre un parcours inhabituel, anormal ou étonnant, le dieu qu'elle renferme semblant rechercher le jeune enfant royal.
(651) Station du Maître : celle qu'occupe le roi dans le temple pour le rituel. Le fait que le dieu incite le jeune prince à se tenir à cette place royale le désigne implicitement comme roi.
(652) Ce passage fait l'objet d'interprétations diverses selon les traducteurs. Breasted (AR II,140), Sethe (URK IV traduction p.76) et Ratié (LRH p. 70) font comprendre que c'est Sa Majesté (il) qui fut étonnée ou émerveillée de ce qui m'arrivait alors que Claire Lalouette (Textes Sacrés et Textes Profanes... Vol 1, p. 36) y voit sans doute plus judicieusement que c'est lui (le dieu = il) qui accomplit à mon intention des choses merveilleuses. J'ai retenu cette dernière hypothèse qui respecte mieux le sens de chaque mot. L'égyptien manque de précision quand il utilise, sans autres détails, le seul pronom il.
(653) L'expression Sa Majesté désigne
ici le dieu (Amon) aux secrets duquel il est admis, et non pas le
souverain régnant qui est dans le temple.
Par ailleurs, il faut bien noter que ce passage (la colonne 9), d'une très
grande intensité émotionnelle, est relaté au présent alors que le reste du
récit utilise le passé. Les expressions que l’on rencontre ici sont
généralement employées pour évoquer le décès d'un roi. Avec l'usage du
présent, le roi indique qu'il a vécu une expérience intense exceptionnelle
que seule la mort permet normalement de connaître.
(654) « Celui de l'Horizon » : périphrase pour désigner le dieu solaire.
(655) Le texte égyptien dit mot à mot : « lorsqu'il compta son corps ». L'expression imagée mais peu claire est malaisée à interpréter avec certitude.
| (656) |
Le terme égyptien serekh désigne une sorte de rectangle-bannière représentant le plan d'un ancien palais royal et sa façade (ci-contre O33). Le Nom d'Horus y est souvent inscrit, alors qu'un faucon est perché à son sommet. |
(657) Les lacunes de cette titulature sont comblées grâce à d'autres textes similaires connus. Bien que très vraisemblable, une restauration de ce genre demeure une hypothèse - fût-elle plausible.
(658) MenKheperRê signifie « La venue à l'existence de Rê demeure », son nom de couronnement.
(659) Heseret est le nom de la nécropole d'Hermopolis, la ville de Thot (appelée El-Achmounein de nos jours). Le nom de naissance de MenKheperRê est justement « Thot l'a engendré... ». Il faut donc voir dans ce passage un hommage à son géniteur Thot, bien que, dans la même phrase, il affirme être le fils d'Amon, tout en se faisant appeler « fils de Rê » au 5e nom de sa titulature (comme tous les autres rois). Il ne faut pas s'étonner de cette apparente contradiction, car tout dieu n'est jamais qu'un des innombrables aspects du dieu solaire suprême. Les Écrits de l'Espace Caché en font largement la démonstration.
(660) « DjehoutyMes »
est la transcription phonétique du nom de naissance de Thoutmosis III,
celui qui nous a donné « Thoutmos(is) » en phonétique
grecque très approximative. Ce nom est suivi la plupart du temps du
qualificatif « NeferKheperou » qui signifie « Parfait
(dans ses) manifestations ». Ici, toutefois, c'est la variante
(peu fréquente) « SemaKheper(ou) » que l'on trouve.
Elle signifie « rassemblé (dans ses) aspect(s) ».
Il
semble qu'elle soit due à la confusion - volontaire - de deux
hiéroglyphes de forme voisine nfr
(F35) et smA (F36)
qui a permis de réaliser ce jeu graphique. Dans sa traduction anglaise,
Breasted (AR II,147)
n'a pas vu cette variante et donne la traduction du nom de naissance
habituel.
On rencontre un peu plus souvent, en guise de qualificatif complémentaire,
une autre variante (par exemple sur le sarcophage
du roi) : « HeqaMaât » qui signifie
« souverain de Maât », « celui qui maîtrise totalement Maât »,
surnom d'Amon.
(661) « Les Neuf Arcs » est le terme habituel pour désigner les peuples barbares hostiles à l'Égypte et foulés aux pieds dans l'iconographie royale.
(662) Le texte dit plus précisément : « depuis qu'elle avait été déliée ». Ce dernier mot (qui s'écrit en hiéroglyphes avec un bateau et une corde) est utilisé généralement dans l'expression « larguer les amarres ». Le ciel et la terre, Geb et Nout, furent en effet séparés (= déliés, largués) par Chou, lors de la création du monde.
(663) Date de couronnement : Legrain Annales du Service, II, 272-279, Pl.III. Voir également URK IV 180,15-17 et James H. Breasted AR II,594. Pour l'anniversaire, à Gaza : Breasted AR II,417.
(664) Tombe d'Inéni : URK IV 59,13-14 (Breasted : AR II,118 puis 341). Mort de Thoutmosis II relatée également dans une inscription de SenEnMout : URK IV 405,7-8.
(665) Le mot sœur est à prendre au sens large du terme. La lecture du mot au sens strict a conduit plusieurs historiens à des impasses.
(666) Nicolas Grimal pense que ce mariage a probablement eut lieu (Histoire de l'Égypte Ancienne, page 249), mais pour Suzanne Ratié, c'est probablement le contraire (LRH p. 26).
(667) Sans preuve vraiment décisive, nous avons opté pour l'an 7, comme le fait Suzanne Ratié : LRH p. 84.
(668) Sa tombe contient une version complète des Textes de l'Amdouat, les Écrits de l'Espace Caché. Voir au chapitre consacré à l'étude des textes et de ses différentes versions.
(669) URK IV, 261-265 (Breasted : AR II,187-262).
(670) Suzanne Ratié : LRH p. 136.
(671) Suzanne Ratié : LRH p. 138.
(671a) De très nombreux indices archéologiques, mais pas des preuves irréfutables, conduisent à l’hypothèse très vraisemblable que la reine HatChepsout et SenEnMout formaient un couple d’amants d’une extrême discrétion.
(672) D’après de récentes études, le pays de
Pount (
pwnt ) pourrait être localisé
dans la région orientale de l’actuel Soudan, sur la rive droite de
l’Atbara, et non pas sur les territoires de l’Erythrée et de la Somalie
actuelles comme on l'admet souvent encore aujourd'hui. Voir à ce propos
Rodolpho Fattovich dans The Problem of Punt in the Light of recent
Field Work in the Eastern Sudan (Akten des vierten internationalen
Ägyptologen Kongresse, München 1985).
(673) Tjarou (
TArw ),
aujourd'hui Al-Kantara, est située à la lisière du désert du Negeb (
ngb),
au bord de l'actuel canal de Suez. Pour la première campagne, voir URK IV 647-667, 781-806 et AR II,407-443.
(674) Les Asiatiques (
sTtyw ) désignaient autrefois
les peuples du Proche-Orient ( = l'Asie
sTt ). On
leur accolait très souvent, comme à tous les peuples adversaires de
l'Égypte, l'adjectif de mépris misérables (que l'on pourrait
rendre aussi par infâmes ou vils). Ces termes que l'on
qualifierait de racistes aujourd'hui n'empêchaient pas les Égyptiens de
vivre en bonne intelligence et sans agressivité particulière avec les
nombreux étrangers présents sur leur sol qui s'intégraient facilement. Ces
adjectifs visaient surtout les ennemis du pays, assimilés à des forces du
mal.
(675) Megiddo (
mktj ) se situe dans une plaine,
au nord-est du Mont Carmel (548 mètres d'altitude), dans l'actuel l'État
d'Israël, en Galilée, à mi-chemin entre le Jourdain et la côte
méditerranéenne. Yemma (
yHm ) se trouve sur l'autre versant de la montagne,
au sud.
(676) Gaza (
gDt ) dans les actuels
territoires palestiniens.
(677) Le Réténou (
rTnw ) est la région qui
correspond très approximativement à une grande moitié inférieure de
l'actuelle Syrie, et à une partie de la Jordanie et de l'Irak.
(678) Cette déportation humaine aurait vraiment de quoi choquer. Mais les mœurs d'autrefois n'étaient pas celles d'aujourd'hui : les gens devaient s'estimer heureux d'avoir pu échapper à la mort, ce qui était loin d'être toujours le cas après un siège aussi long. De nos jours, un peuple vaincu sera aisément manipulé en le rendant esclave de l'alcool, du tabac, de boissons pétillantes brunes, de la propagande sournoise des médias ou d'autres drogues en tous genres, d'autant plus facilement que les peuples dits libres se sont eux-mêmes volontairement soumis à cet asservissement moderne.
(679)
{ mAat-kA-ra
} { xnmt-jmn -
HAt-Spswt } : MaâtKaRê, nom de couronnement,
signifie « Maât (est le) Ka (de) Rê », et
KhenemetAmon-HatChepsout, son nom de naissance augmenté d'un
attribut théophore, signifie « Celle qu'embrasse Amon, la
Première des Nobles-Dames ».
(680) Le royaume du Mitanni, de civilisation
hourrite, se situait dans des régions appelées alors Naharina (
nhryn ) et parfois
Hanigalbat et qui correspondent très approximativement à la moitié nord de
l'actuelle Syrie, autour d'Alep et à une partie de l'Irak du nord, entre
le Tigre et l'Euphrate.
(680a) Le fleuve Oronte (
jrntw, actuel Nahr
el-'Âsî, le « fleuve rebelle » ) naît au Liban,
traverse la Syrie de l'ouest et se jette en Méditerranée au sud de la
Turquie. Sur ses rives, des villes importantes se sont implantées, et les
troupes de MenKheperRê-Thoutmosis III y on fait de fréquentes
incursions.
(681) Annales : AR II,444-449.
(682) Annales : AR II,450-452.
(683) Le musée du Louvre détient d'importants fragments des Annales arrachés sottement par Salt. Il s'agit de la partie supérieure des campagnes 5 à 10. Traduction dans Breasted : AR II,455-462.
(684) Tounip (
twnp ) : ville
importante, à l'est de Hama dans l'actuelle Syrie.
(685) Arwad (
?
Artt ), port de l'île
située à 3 km en face de Tartous, dans l'actuelle Syrie.
(685a) Annales : AR II,464-467.
(686) Annales : AR II,465.
(686a) Annales : AR II,469-475.
(687) Annales : AR II,471-472. Ces hommes, femmes, bestiaux et richesses présentés ici pêle-mêle a de quoi choquer aujourd'hui. Mais les mentalités étaient alors différentes de celles d'aujourd'hui, et mieux valait partir pour l'Égypte que périr misérablement d'un coup d'épée. On voit dans ces textes que MenKheperRê agit avec une certaine brutalité, mais ce n'est rien à côté de la férocité d'autres conquérants de l'antiquité ou même de la violence de son propre fils AmenHotep II.
(687a) Annales : AR II,477-487.
(688) Qadech (
KdSw ) est
située dans l'actuelle Syrie, à une cinquantaine de km au sud-ouest de
l'actuelle Homs (= Hims), au sud du lac Bahret-Hims, sur l'Oronte.
Elle s'appelle aujourd'hui Tell Nebi Mend. Qadech est célèbre par la
bataille qu'y livra Ramsès II, mais qu'il ne prit pas, alors que très
injustement les dictionnaires, encyclopédies et ouvrages historiques
oublient presque toujours de rapporter l'exploit de MenKheperRê qui, lui,
la prit deux fois ! Même dans la très sérieuse Encyclopædia
Universalis (version 5, cédérom, © 1999), où le nom de Qadech
est cité huit fois sous la plume de différents auteurs, cette ville est
dépeinte sept fois comme le lieu où Ramsès II affronta les Hittites
(la 8e n'en parle que par rapport à Pétra). Ne s'agit-il pas là d'une
forme de culture au rabais ?
(689) Simyra (
Dmr), aujourd'hui peut-être Tell
Kazel sur la côte sud-ouest de l'actuelle Syrie, au nord de la frontière
libanaise.
(690) Alep (
Hrb), au nord-ouest de l'actuelle
Syrie.
(691) L'Euphrate :
pXr-wr , le Grand Courant.
(692) Karkémich (
krkmS), aujourd'hui
Djerablous en Syrie, sur l'Euphrate, juste à la frontière turque.
(693) Sendjar (
snDr ), peut-être l'actuelle
Shinshâr, au sud de Homs.
(694) Tikhsi (
tixsy ), au sud-ouest de
Qadech, sur l'Oronte.
(695) Oullaza :
wnrTw est proche de
Simyra.
(695a) Byblos (aujourd'hui Djebayl, au nord
de Beyrouth) :
kbn, variante
kpnj.
(696) Niya (
nyy ), aujourd'hui Qalaât el
Mudik en Syrie, sur l'Oronte, au nord-ouest de Hama, la future Apamée.
Pour le récit de la chasse à l'éléphant : tombe d'AmenEmHeb (Breasted AR II,588).
(697) Babylone :
bbr. Assyrie :
jssr.
Hatti :
xtA pays des Hittites, dans l'actuelle Turquie .
Chypre :
jsy , Crète :
kftjw.
(698) Le pays de Djahy (
DAhy ) se situe au sud du
Réténou, sur l'actuelle côte méditerranéenne d'Israël et de la bande de
Gaza.
(699) Il s'agit du Conte de la prise de
Jaffa - Papyrus Harris 500 (British Museum n° 10060, verso,
feuilles 1 à 3). Texte égyptien : Late-Egyptian stories,
par Alan H. Gardiner, Fondation égyptologique Reine Elisabeth
- Bruxelles, 1981. Traduction dans Romans et contes
égyptiens, par Gustave Lefebvre, Maisonneuve - Paris,
1976. Jaffa ou Joppé :
ypw se situait en partie sur l'actuelle Tel-Aviv en
Israël.
(700) Tyr (
Dr), aujourd'hui Sour, sur la
côte sud de l'actuel Liban.
(701) Pays de Nouguès (
jnwgs), qui occupait très
approximativement l'ouest de l'actuelle Syrie et le nord du Liban. On le
transcrit aussi parfois Nouhasse. Pour le récit de cette 9e
campagne : Breasted AR
II,489-495.
(701a) Annales : AR II,497-503.
(701b) Annales : AR II,507-515.
(702) Les bédouins Chasou (
SAsw) habitaient dans les
déserts du Negeb et du Sinaï. Les Égyptiens eurent souvent à conduire des
expéditions punitives contre ces populations agitées et en fréquentes
révoltes.
(702a) Annales : AR II,517-519.
(702b) Annales : 15e campagne AR II,520-523. Pour la 16e campagne : 524-527.
(703) Annales : AR II,529-539.
(704) Irkata (
arqt aujourd'hui Arqa) se
trouve sur la côte, au nord de l'actuel Liban, non loin de Tripoli.
(705) Tombe d'AmenEmHeb : Breasted AR II,589.
(706) Tombe d'AmenEmHeb : Breasted AR II,592.
(707) Sur l'anecdote de l'an 54, voir Henri Gauthier Le Livre des Rois d'Égypte, tome II, page 253, note 4, puis pages 260 et 261, note 1.
(708) Le temple d'Amada est situé entre la 1ère et la 2e cataracte, sur la rive ouest du Nil. Il a été conçu et décoré comme un monument consacré par deux rois : MenKheperRê-Thoutmosis III et son fils ÂaKheperouRê-AmenHotep II. On l'a déplacé d'un seul bloc pour le soustraire aux eaux du grand barrage d'Assouan.
(709) Campagne de l'an 9, sur une stèle de Memphis conservée au Caire : URK IV,1300-1309.
(710) Onouris est assimilé à Chou qui part à la recherche de sa sœur Tefnout. Son nom (jnj-Hrt) signifie Celui qui ramène la Lointaine. La ville de Thinis est appelée également This (égyptien Tnj).
(711) Textes de la tombe de MenKheperRêSeneb : AR II,772-779.
(712) Stèle d'Antef (C.26 du Louvre) : AR II,763-771.
(713) Sur les devoirs du vizir, voir tombe de RekhMiRê : AR,II 666-711.
(714) URK IV,1091
4-5 :
jmj snD.k snD.tw n.k
et AR II,669.
(715) Pour les temples de Nubie : Le secret des temples de la Nubie par Christiane Desroches-Noblecourt, Stock/Pernoud, 1999. A propos du rocher du Gebel Barkal : Amours et fureurs de la Lointaine, même auteur et même éditeur, 1995, pp. 150 à 153.
(716) Breasted, AR II,626.
(717) Breasted, AR II,629-631.
(718) Breasted, AR II,632-633.
(719) Breasted, AR II,634-636.
(720) Inscription du temple de Karnak. Breasted, AR II,571.
(721) Stèle de granit noir trouvée dans le sanctuaire de Karnak et conservée aujourd'hui au musée du Caire sous le n° 34010. Breasted, AR II,655-662 et URK IV,610-619.
(722) On est bien sûr tenté de comparer ces concepts avec un passage célèbre de la lettre de Paul aux Colossiens : « Ensevelis avec lui [le Christ] dans le baptême, avec lui encore vous avez été ressuscités...» (Col. 2,12).
(723) Voir à ce propos la grammaire de P. Grandet et de B. Mathieu, page 655 à 665, où des exemples de distiques heptamétriques aux §§ 2-3 (colonne 18 du texte de la jeunesse) et de distiques ennéamétriques au § 5 (hymne triomphal à Amon, stèle 34010 de Thoutmosis III du Caire) sont disséqués et expliqués.
(724) Voir par exemple Christiane Desroches-Noblecourt dans La femme au temps des Pharaons, chez Stock/Laurence Pernoud, 1986, (pages 159 à 161), et d'autres articles intéressants comme ceux parus dans Les Dossiers d'Archéologie, n° 187 de novembre 1993, consacrés à Hatchepsout, femme pharaon, sous la plume d'égyptologues tels que Jean Yoyotte, Jean-Claude Golvin, Philippe Martinez ou Catherine Graindorge.
(725) Ordre de la Rose-Croix AMORC, Château
d'Omonville, 27110 Le Tremblay - France.
Site internet : http://www.rose-croix.org