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LE SARCOPHAGE |
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Au fond de la tombe, derrière le Pilier 2.
La tête du roi était placée de telle façon qu'il puisse regarder la fin de la 12e Heure.
| Présentation | Erreur du sculpteur | Tête (extérieur) | Pied (extérieur) |
| Flanc extérieur droit | Flanc extérieur gauche | Rebord supérieur | Intérieur de la cuve |
| Couvercle intérieur | Couvercle extérieur | Fermeture magique | |
La cuve du sarcophage est oblongue en forme de cartouche, arrondie au niveau de la tête. Elle est en quartzite jaune recouverte d'un vernis rouge foncé et repose sur un socle d'albâtre brisé par les pillards. Forcé sans ménagement, son couvercle avait été jeté à terre et gisait, brisé net en deux, entre le flanc droit de la cuve et le Pilier 2. Le sarcophage avait d'ailleurs été un peu déplacé pour vérifier l'existence d'éventuelles richesses qu'il aurait pu cacher. Aujourd'hui, le socle a été remis en ordre et le couvercle habilement recollé a été reposé au-dessus de la cuve sur des poutrelles de bois. Un plancher recouvre le sol de la tombe pour empêcher la poussière de trop voler.
Le sarcophage est orienté de telle sorte que la tête du roi puisse contempler le soleil renaissant sous forme de scarabée à l'extrémité droite de la 12e Heure, au registre 2.
On pourra trouver de plus amples informations sur le sarcophage, la momie et le linceul de MenKheperRê-Thoutmosis au chapitre consacré à l'étude de sa tombe et aux sections traitant de ces sujets.
| Longueur | 236 cm |
| Largeur | 85 cm |
| Hauteur avec couvercle emboîté | 97,5 cm |
Poids total avec couvercle estimé à moins de deux tonnes.
DÉCORATION et TEXTES
Aussi curieux que cela puisse paraître, le sculpteur, croyant avoir commis une lourde erreur dans la répartition des divinités et des formules qu'elles ont à prononcer (alors que tout était correct), en a rajouté une en essayant de la corriger.
La plupart des sarcophages de la XVIIIe dynastie présentent de nombreuses similitudes de répartition des figures et de leurs textes d'accompagnement. L'ouvrage de William C. HAYES montre que la figure d'Anubis « qui préside à la chapelle divine » et son texte d'accompagnement sont gravés sur le flanc droit des sarcophages de cette époque tandis que celle d'Anubis « l'Emmailloteur » et son texte le sont à gauche. Mais pour les sarcophages de MenKheperRê et celui de son grand-père ÂaKheperKaRê-Thoutmosis Ier (conservé au Caire), c'est l'inverse. Tout montre que les deux sarcophages ont été élaborés à la même époque et par des artistes de la même « école » (dans le même atelier ?), celui de Thoutmosis Ier (conservé au Caire) ayant sans doute été gravé comme un acte pieux sur ordre de son petit-fils MenKheperRê-Thoutmosis.
Pourquoi cette inversion ? Est-ce une volonté délibérée de MenKheperRê ? Cela semble très improbable car alors, vu son prestige, pourquoi aucun de ses successeurs ne l'a-t-il imité ? On peut au contraire établir la preuve que c'est le sculpteur de Thoutmosis Ier qui a interverti les surnoms d'Anubis, imité par celui de MenKheperRê (à moins que ce ne soit un seul et même artiste) qui ne s'était pas trompé au départ mais qui a été troublé par deux schémas contradictoires qu'il a dû avoir sous les yeux.
Le tableau ci-dessous appuie cette hypothèse. Les textes hors norme (donc mal placés) sont en gras rouge.
Les zones sur fond jaune concernent le sarcophage de MenKheperRê-Thoutmosis seulement.
Sarcophage destiné à Surnom de l'Anubis de DROITE et texte d'accompagnement Surnom de l'Anubis de GAUCHE et texte d'accompagnement HatChepsout, puis regravé pour son père Thoutmosis Ier (conservé à Boston) « l'Emmailloteur »
[s,40] « J'ai enlevé la fatigue au roi...»« qui préside à la chapelle divine »
[s,31] « Ô (ma) mère Isis, viens pour chasser...»HatChepsout pour elle-même en tant que pharaon d'Égypte (Le Caire) « qui préside à la chapelle divine »
[s,31] « Ô (ma) mère Isis, viens pour chasser...»« l'Emmailloteur »
[s,40] « J'ai enlevé la fatigue au roi...»Thoutmosis Ier, acte pieux de MenKheperRê (conservé au Caire) « l'Emmailloteur »
[s,31] « Ô (ma) mère Isis, viens pour chasser...»« qui préside à la chapelle divine »
[s,40] « J'ai enlevé la fatigue au roi...»MenKheperRê-Thoutmosis « l'Emmailloteur »
[s,31] « Ô (ma) mère Isis, viens pour chasser...»« qui préside à la chapelle divine »
[s,40] « J'ai enlevé la fatigue au roi...»Couvercle extérieur de MenKheperRê [s,4a] « qui préside à la chapelle divine » [s,9a] « l'Emmailloteur » Rebord supérieur, cuve de MenKheperRê [s,52] « Ô ma mère (Nout), viens pour chasser...» [s,53] « J'ai rejeté la fatigue...» Fond du sarcophage de MenKheperRê [s,56] « Ô (ma) mère Nout, viens pour chasser...» [s,57] « J'ai rejeté la fatigue...» AmenHotep II
(fils de MenKheperRê)« qui préside à la chapelle divine »
[s,31] « Ô (ma) mère Isis, viens pour chasser...»« l'Emmailloteur »
[s,40] « J'ai enlevé la fatigue au roi...»Thoutmosis IV
(petit-fils de MenKheperRê)« qui préside à la chapelle divine »
[s,31] « Ô (ma) mère Isis, viens pour chasser...»« l'Emmailloteur »
[s,40] « J'ai enlevé la fatigue au roi...»
Ce tableau montre que les textes d'HatChepsout (sarcophage de Boston) sont totalement différents de ceux de ses successeurs et même de ceux de son propre sarcophage en tant que pharaon. D'autre part - et c'est ce qui importe pour nous ici - les surnoms d'Anubis sont inversés de la même façon chez Thoutmosis Ier (celui commandé par MenKheperRê) et chez MenKheperRê lui-même par rapport aux autres sarcophages. Il me paraît donc clair que ce sont leurs sculpteurs qui se sont trompés.
Pourtant, dès le début, les flancs et le couvercle sont correctement gravés, c'est-à-dire qu'ils sont conformes à ce qu'avait fait HatChepsout avant lui (usage que suivront également ses successeurs). Mais, en comparant avec un autre document (peut-être le schéma de Thoutmosis Ier déjà erroné ou tout autre source d'information), le sculpteur croit qu'il a fait une grave interversion des surnoms d'Anubis. Pour une raison stupide, sans doute sous l'emprise de la stupeur mauvaise conseillère, il se précipite pour la réparer mais en commet ainsi une nouvelle dont il ne s'apercevra sans doute jamais (ou qu'il taira à ses supérieurs) à moins qu'on l'ait déclarée somme toute sans importance. Il comble, avec du plâtre teinté, les hiéroglyphes correspondant aux surnoms respectifs d'Anubis, et cela sur les deux flancs, tant au-dessus des figures du dieu que dans les colonnes de texte 31 et 40 qui leur correspondent. Puis il regrave par-dessus les nouveaux surnoms du dieu. L'opération est facile à déceler de nos jours, même sur des photos. Il ne se rend pas compte toutefois que les textes 31 et 40 ne correspondent plus aux propos respectifs initiaux des aspects du dieu.
Cette mésaventure est d'autant plus cocasse que tout était correctement sculpté dès le début comme le démontrent les textes du couvercle extérieur et du rebord supérieur de la cuve en totale homogénéité avec l'ensemble...
[Les titres, les subdivisions et les informations
écrites entre crochets sont des commentaires ou des ajouts
du traducteur. Les textes figurant entre accolades {comme dans cet exemple} sont contenus dans des cartouches.
La numérotation des textes traduits
ci-dessous est celle qu'utilise William C. HAYES, ce qui permettra à tout
chercheur de s'y référer éventuellement.
De plus, dans les textes hiéroglyphiques, les lignes et les colonnes
du sarcophage complètement entourées d'un cartouche sont
montrées ici encadrées par des accolades.]
Extérieur du sarcophage A la tête (extérieur)
[Nephtys, tournée vers la gauche, est agenouillée sur le hiéroglyphe de l'or, « chair des dieux » contenue dans le sarcophage royal. Elle pose les mains sur le hiéroglyphe des cycles éternels comme pour les octroyer au roi défunt. Elle est entourée de textes protégeant le défunt.]
[Isis, tournée vers la droite, est agenouillée sur le hiéroglyphe de l'or, « chair des dieux » contenue dans le sarcophage royal. Elle pose les mains sur le hiéroglyphe des cycles éternels comme pour les octroyer au roi défunt. Elle est entourée de textes protecteurs.]
[A gauche, Amset debout, accompagné des textes le concernant,
regarde vers la droite. En revanche à droite, Anubis et DouaMoutef
accompagnés de leurs textes regardent vers la gauche. Le point de mire
des divinités semble donc être le panneau de 16 lignes de texte situé
entre les deux. Le tout est surmonté d'une longue ligne entourée d'un
cartouche dont la base est située du côté du pied du sarcophage.
Ordre de traduction des textes : de la tête aux pieds (donc de
gauche à droite.]
[A gauche, Anubis et QebehSenouf debout, accompagnés des textes les
concernant, regardent vers la gauche. En revanche à droite, Hapy
accompagné de ses textes regarde vers la gauche. Le point de mire des
divinités semble donc être les deux yeux-oudjat placés
au-dessus d'une façade de bâtiment dite serekh. Le tout est
surmonté d'une longue ligne entourée d'un cartouche dont la base est
située du côté du pied du sarcophage.
Ordre de traduction des textes : de la tête aux pieds
(donc de droite à gauche.]
[Un ruban de textes parcourt le rebord supérieur horizontal des
parois du sarcophage, comme sur un chemin de ronde. Ils font face et
correspondent aux paroles de protection de Nout gravées dans la
feuillure de la face intérieure du couvercle. Ainsi, ces deux groupes
de textes entrant en contact, lors de la mise en place du couvercle,
devaient assurer une protection supplémentaire, un scellement de mots
magiques qui, malheureusement, n'ont guère intimidé les pillards.
On pourra trouver intéressant de comparer ces deux textes dans une mise en parallèle en fin de
chapitre.]
Intérieur du sarcophage Fond intérieur de la cuve
[Sur le plancher du sarcophage, Nout est représentée tournée vers le flanc gauche de la cuve sur une longueur de 80 cm. Ses 2 bras étendus coupent les textes 56 et 57 et remontent sur les parois de la cuve presque jusqu'aux bords supérieurs.]
Couvercle du sarcophage Face intérieure
[Sur la face intérieure du couvercle du sarcophage, Nout est représentée tournée vers la gauche (donc vers le flanc droit de la cuve une fois mis en place). Ses bras sont étendus au niveau du § 45 qu'ils traversent et ses pieds se trouvent au niveau du trait au-dessus du § 44. Tout autour, sur la feuillure faisant contact avec le rebord supérieur des parois du sarcophage, un long texte protecteur déclamé par Nout.]
[La face extérieure du couvercle se présente comme un grand cartouche noué à sa base. Nout y figure à la tête, bras étendus et tête tournée vers le flanc gauche. Les textes sont tous gravés dans des cartouches et sont répartis sur une grande bande longitudinale flanquée de trois petites de chaque côté, selon le procédé traditionnel de décoration des sarcophages.]
Mise en parallèle des textes de fermeture magique du sarcophage
[On pourra trouver intéressant de comparer les textes du rebord supérieur horizontal de la cuve avec ceux qui leur font face sur la feuillure du couvercle. En effet, ils sont destinés à permettre l'étanchéité totale du sarcophage et de lui apporter une protection magique de toute première importance, mais qui n'a pas su arrêter l'impiété des pillards...]
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Notes
(590) Quatre forces divines sont représentées sur les flancs du sarcophage : Amset, DouaMoutef, Hapy et QebehSenouf. Ces dieux (appelés parfois « génies » par les égyptologues) sont désignés comme « fils d'Horus ». Ce sont des gardiens chargés, à l'origine, de préserver les morts de la faim. Ils furent ensuite préposés à la garde des viscères placés dans quatre vases dits canopes et dont les bouchons avaient l'aspect de la tête de chacune de ces divinités. Amset (à tête d'homme), DouaMoutef (à tête de chien), Hapy (à tête de babouin) et QebehSenouf (à tête de faucon) sont toutefois représentés avec des têtes humaines sur ce sarcophage et plusieurs autres de même facture à la XVIIIe dynastie (HatChepsout, tous les Thoutmosis, AmenHotep II et III).
(591) {MenKheperRê} est le nom de couronnement de Thoutmosis III. Voir à ce propos l'article Titulature royale dans le glossaire.
(592) Toutes les versions des sarcophages que décrit William C. HAYES disent : « Je suis Isis, je suis Nephtys », bien que la seule figure gravée à la tête du sarcophage soit celle de Nephtys.
(593) « DjehoutyMes-NeferKheperou » est la transcription phonétique du nom de naissance de Thoutmosis III, celui qui nous a donné, en transcription phonétique grecque, le nom de « Thoutmosis » que l'on peut traduire « Thot l'a engendré, parfait (dans ses) manifestations ».
(594) « Henou » est le nom donné à la barque de Sokar et par extension à Sokar lui-même.
(595) « Mesqet » : nom de l'entrée de la Douat.
(596) Pé : une des agglomérations qui, avec Dep, forment la ville de Bouto, ville sainte de la déesse Ouadjit et terre des ancêtres royaux du Delta.
(597) Le « Champ des Souchets » constitue le Séjour de la Béatitude, comme les Champs Élysées chez les Grecs.
(598) « Routy », le Double-Lion, est un surnom d'Atoum. La fin de ce chapitre 72 des Formules pour Sortir le Jour ne figure pas sur le sarcophage. Il peut être intéressant d'en prendre connaissance, car elle explique pourquoi ce texte y est gravé. « Celui qui connaît ce livre sur terre, ou celui dans le sarcophage duquel il est mis en écrit, il peut sortir au jour sous tous les aspects qu'il peut désirer (prendre), et rentrer à (sa) place sans être repoussé. Il lui est donné pain et bière et une grosse pièce de viande provenant des autels d'Osiris ; il peut accéder en paix au Champ des Souchets, selon l'avis de ce décret de celui (?) qui est à Bousiris, et il lui sera donné là-bas orge et épeautre. Alors il sera prospère comme quand il était sur terre, et il fera ce qu'il désire comme ces dieux de l'ennéade qui sont dans la Douat. Cela a été véritablement efficace des millions de fois. » (Traduction Paul Barguet).
(599) « L'Emmailloteur » a été regravé par-dessus « Celui qui préside à la chapelle divine ». « L'Emmailloteur » correspond bien à la figure du dieu, mais le texte d'accompagnement est celui que devrait dire « celui qui préside à la chapelle divine » sur le flanc extérieur gauche, comme le montrent plusieurs autres sarcophages contemporains.
(600) « Celui qui agit contre moi » : façon détournée de désigner Seth, ennemi juré d'Horus et d'Osiris.
(601) Ces textes font preuve d'un grand flou dans les relations de filiation. Par « fils », il faut souvent comprendre « descendant, rejeton », et le « père » n'est souvent que « l'ascendant » ou le « prédécesseur » sur le trône, qu'il soit ou non ascendant. De nos jours, on dit également « mon père » à un religieux qu'on respecte.
(602) « Celui qui préside à la chapelle divine » a été regravé par-dessus « l'Emmailloteur ». « Celui qui préside à la chapelle divine » correspond bien à la figure du dieu, mais le texte est celui que devrait dire « l'Emmailloteur » sur le flanc extérieur droit.
(603) Des mots tels que « fatigue » ou « engourdi » sont des euphémismes qui permettent d'éviter la claire évocation de la rigidité cadavérique ou l'incapacité (bien évidente) du défunt à agir ou à se mouvoir.
(604) La description de ces textes et leur disposition exacte sur le sarcophage est des plus confuses dans le livre de William C. HAYES « Royal Sarcophagi of the XVIII Dynasty » qui constitue ma source principale d'informations sur ce sujet. Un examen in situ du sarcophage a permis de corriger quelques inexactitudes. Par ailleurs, la remise en place du couvercle, aujourd'hui, sur des poutrelles de bois, ne facilite guère l'examen minutieux de l'intérieur de la cuve et en interdit de nouvelles bonnes photographies.
(605) « HeqaMaât » signifie « souverain de Maât », celui qui maîtrise totalement Maât, surnom d'Amon. Cette variante dans le nom de naissance du roi, d'ailleurs peu fréquente, se rencontre sur son sarcophage aux §§ s,53 (flanc gauche) et s,45 (couvercle intérieur).
(606) « le fils de Nout » : euphémisme pour désigner Seth, fils de Nout (et de Geb) tout comme Osiris, Isis et Nephtys.
(607) Il s'agit des étoiles circumpolaires qui ne disparaissent jamais du ciel nocturne.
(608) Les étoiles « qui sont en toi », Nout, la voûte céleste. Après cette très brève intervention de Rê, Nout continue à parler.
(609) « Tu vivras en lui », c'est-à-dire en Geb, dieu de la terre qui vient d'être évoqué.