LA 11e HEURE

La Stellaire, maîtresse de la barque,
qui repousse l'ennemi quand il apparaît

 

11.1 Situation

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Présentation Introduction Registre 1 Registre 2 Registre 3

 

11.2 Présentation

Situation dans l'Espace Caché de la Douat
A l'est.
- Description dans la version complète : à l'introduction [11,i 3].
- Description dans la version abrégée : [P1,a 59].
 
Disposition des scènes
La 11e Heure respecte la disposition normale des Heures sur trois registres, comme chez AmenHotep II.
Géographie du lieu Voir le schéma du parcours
- Région visitée par le dieu solaire : Héliopolis (avec deux allusions importantes à Saïs au R2 [11,2 41 et 45] ).
- Divinités principales : Horus et Rê. Leurs noms sont explicitement cités peu de fois.
- Portail : « le Lieu de repos de ceux de la Douat » [11,i 1].
- Lieu : « la Bouche (d'accès à) la caverne qui inspecte les cadavres » [11,i 1]
- Nom de l'Heure : « la Stellaire, maîtresse de la barque, qui repousse l'ennemi quand il apparaît » [11,i 1-2].
- Gardien : « Celui qui préside à ses chaudrons » [au R3, 821].
Particularités

Aucune technique de compression de personnages n'est utilisée, sauf dans la barque solaire pour les dieux 781 à 784. Chez AmenHotep II, une porte a légèrement gêné les artistes, mais les personnages ne sont pas compactés bien que la barque solaire ait une taille vraiment petite par rapport au reste de la scène.

Cette Heure est facilement reconnaissable au soleil rouge [785] à la proue de la barque divine, au douze porteurs d'un serpent lové sur leurs têtes (R2) et aux six fosses du R3 où sont exterminés les assassins d'Osiris.

L'avant de la surface de l'eau où navigue la barque se trouve exactement dans l'axe qui rejoint le grand trait vertical au R4g de la 4e Heure ( devant la déesse 322) en passant par la face d du Pilier 1 (axe AB), autant d'éléments qui auraient servi de points de repère aux décorateurs. Voir plus de détails à ce propos au chapitre consacré à l'étude architecturale de la tombe.

Les textes et les illustrations de la 11e Heure

Depuis que le cortège a pénétré dans la région est, à la 9e Heure, son parcours s'effectue dans une plus grande sérénité bien que les ennemis soient toujours pourchassés avec férocité. L'évocation du temps qui passe et des rythmes cosmiques qui se succèdent, pour permettre le renouvellement quotidien du monde, constitue l'un des thèmes majeurs de cette 11e Heure, avec l'effroyable carnage des forces hostiles à Osiris.
Toutes les précautions sont prises pour que le cycle de renaissance entrepris par le dieu solaire en léthargie puisse réussir dans les meilleures conditions à la 12e Heure qui suit, et la vigilance ne doit pas se relâcher.

La barque solaire navigue dans un environnement astronomique et stellaire impressionnant aussi bien sur l'une des berges que devant le cortège. Le Grand Dieu et sa Chair sont précédés, à l'avant du R2 , de leur équivalent à Saïs, la déesse Neith. En effet, il est intéressant de noter que la théologie de Saïs, et bien plus tard celle d'Esna, décrit Neith créatrice du monde sous un aspect masculin (divinité n° 800, avec la couronne du Nord) et osirien (divinité n° 803, avec la couronne du Sud). A Saïs (comme ailleurs) les théologiens montrent l'aspect solaire masculin du démiurge accompagné de son aspect terrestre, Osiris, qui doivent réaliser leur fusion.
Neith prend donc à cette Heure les mêmes qualités que Rê/Osiris, dans un lieu qui ne peut (être) ni connu, ni vu ni perçu [11,2 45-46], annonçant l'apothéose qui doit se produire à la 12e Heure toute proche.

Le R3 montre la féroce et implacable vengeance d'Horus contre ceux qui ont attenté à la vie de son père. Il fallait en finir une bonne fois avec toutes ces forces nuisibles à Rê/Osiris avant d'aborder l'ultime étape de la renaissance solaire, même si leur terrible châtiment doit encore se poursuivre à la 12e Heure.

Plusieurs scènes dépeignent des divinités qui sortent au passage du dieu puis rentrent (ou avalent leurs images), comme nous y sommes habitués depuis la 7e Heure [11,1 6-7 et 11,2 42].

Texte d'introduction

Le temps s'écoule calmement et le texte semble donner une certaine importance à l'éternité [11,i 3] des cycles qu'engendrent les Heures. Le nom du portail lui-même, « le Lieu de repos de ceux de la Douat » [11,i 1], incite à une certaine sérénité dans l'attente du prodigieux événement qui se produira à la 12e Heure. Mais il ne faut surtout pas oublier de repousser l'ennemi quand il apparaît [11,i 2] si l'on ne veut pas compromettre la régénération divine.

Registre 1

Les cycles sans fin sont très nettement évoqués dès la première scène de ce registre, avec le maître de l'éternité [754]. Puis une très belle image d'un serpent ailé à quatre pattes illustre Atoum sortant du dos [11,1 6-7] du serpent. Mais l'éternité cyclique du temps est fortement marquée par l'image de la divinité momiforme [757] assise sur le dos d'un serpent précédé de dix étoiles. C'est l'Éternité qui avale ses images [11,1 9], expression poétique pour désigner les dix Heures qui viennent de s'écouler.

Parmi douze divinités [759-770] qui bénéficient d'offrandes [11,1 12] et d'eau [11,1 13] et dont le rôle peu clair semble lié aux secrets de ce Grand Dieu [11,1 13] figure la Cuisse de Taureau [769], équivalent de notre Grande Ourse.

Quant aux quatre déesses assises sur des serpents bicéphales [771-774], un vent hostile et tumultueux surgit de leurs visages [11,1 15-16].

Registre 2

A la proue de la barque solaire dont l'équipage est au complet, un grand soleil rouge [785] appelé uraeus-lumineuse sert de « phare » dans les ténèbres et guide ce Grand Dieu [10,2 36-36a].

Le serpent-Mehen ne protège pas seulement la Chair à la manière d'un naos. Il est représenté, magnifiquement lové en douze boucles, sur la tête de douze vigoureux porteurs [786-797] que incite à rester altiers et forts [10,2 38]. Ils doivent s'assurer que ce serpent qui protège la Chair parviendra bien jusqu'à l'est, pour permettre la régénération solaire de s'effectuer sans incident.

A l'avant du cortège, les images d'Isis et de Nephtys en rapport avec Saïs [798-799] sont précédées de quatre aspects de Neith, démiurge de Saïs, décrite comme divinité masculine et osirienne [800 et 803]. Voir à ce propos la note 478.

Registre 3

Horus [804] s'adresse aux êtres exécrés qui ont frappé son père [11,3 76] en des termes d'une rare violence. C'est son père qui frappe maintenant à travers lui [11,3 76]. Il décrit le terrifiant carnage qu'exécutent cinq déesses impitoyables crachant du feu et armées de grands couteaux devant des fosses où gisent les ennemis. Ceux de la dernière fosse, appelée ici vallée [816], ont la tête en bas et ne peuvent ni se redresser ni s'enfuir [11,3 77].

Les dernières divinités féminines du registre [817-820] et le gardien de l'Heure se repaissent de la voix des ennemis et de leurs hurlements [11,3 80-81]. A donner froid dans le dos !

Utilité pratique

- « Assurément, le roi, maître des Deux Terres { MenKheperRê }, Fils de Rê (issu) de son corps et qu'il aime, { DjehoutyMes-NeferKheperou }, juste de voix, connaît cela, comme (quelqu'un) qui prend part à ses (offrandes) [?] en tant qu'esprit-akh bien équipé dans le ciel (et dans) la terre. Vraiment efficace ! » [11,i 3].


- « Celui qui connaît cela est quelqu'un qui prend part à ses offrandes [?] en tant qu'esprit-akh bien équipé dans le ciel (et dans) la terre. Vraiment efficace ! » [P1,a 59]


11.3 Traduction

[Les titres, les subdivisions et les informations écrites entre crochets sont des commentaires ou des ajouts du traducteur.]

11e Heure - Introduction

[1 colonne ¼ d'introduction à gauche, sur toute la hauteur des trois registres.]
[11,i 1-2] Voir les hiéroglyphes
Séjourner, par la majesté de ce Grand Dieu, dans cette caverne, tandis qu'il donne des ordres aux dieux qui s'y trouvent. Le nom du portail de ce lieu à travers lequel s'engage ce Grand Dieu est « le Lieu de repos de ceux de la Douat ». Le nom de ce lieu est « la Bouche (d'accès à) la caverne qui inspecte les cadavres » (455). Le nom de l'Heure de la nuit qui conduit ce Grand Dieu est « la Stellaire, maîtresse [2] de la barque, qui repousse l'ennemi quand il apparaît ».
[1 ligne (faite de minuscules colonnes) courant au-dessus du registre 1 sur la presque totalité de sa longueur.]
[11,i 3] Voir les hiéroglyphes
Caverne secrète de la Douat par laquelle passe ce Grand Dieu pour sortir à la montagne orientale du ciel. « L'Éternité » avale ses images en présence du serpent (appelé) « Celui qui regarde » qui est dans ce lieu (456). Puis elle les redonne ensuite à la naissance de Khépri dans la terre. Ces choses sont réalisées en peinture de façon identique à l'est de l'Espace Caché de la Douat. Assurément, le roi, maître des Deux Terres { MenKheperRê }, Fils de Rê (issu) de son corps et qu'il aime, { DjehoutyMes-NeferKheperou }, juste de voix, connaît cela, comme (quelqu'un) qui prend part à ses (offrandes) [?] en tant qu'esprit-akh bien équipé dans le ciel (et dans) la terre. Vraiment efficace !

11e Heure - Registre 1

Scène 1
[Un dieu à tête de globe solaire flanqué de 2 têtes humaines coiffées des couronnes du sud et du nord de l'Égypte . Au-dessus de lui, 2 petites lignes de texte dont il est malaisé de voir la séparation d'avec les 2 lignes de la scène suivante.]
[11,1 4-5]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Il existe de cette façon. Il se tient (là) [5] pour Rê sans quitter sa place de la Douat.
[Nom du dieu.]
[754] Le Bien équipé de visage, maître de l'éternité [ses têtes humaines portent la barbe ; il tient une clé de vie dans une main et un sceptre-ouas dans l'autre]
Scène 2
[Un dieu coiffé du globe solaire entre les ailes d'un serpent à 4 pattes. Au-dessus de chacune des ailes, un œil-oudjat. Au-dessus de la scène, 2 lignes de texte.]
[11,1 6-7]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Il existe de cette façon. Quand ce Dieu l'appelle, l'image d'Atoum sort [7] de son dos. Ensuite, il ravale son image (457). Il vit des ombres-chouout des morts, (à savoir ?) le cadavre et la tête (458).
[Noms des divinités.] (459)
[755] [dieu anonyme à caractère solaire évoqué dans l'introduction - au § 11,i 3 - comme « Celui qui regarde », et juste ci-dessus comme « image d'Atoum »]
[756] [serpent ailé à 4 pattes, anonyme, précédé d'une clé de vie]
Scène 3
[Une déesse momiforme assise sur un serpent dressé en oblique sur sa queue. 10 étoiles complètent le tableau peint en rouge. Au-dessus de la scène, 3 colonnes de texte.]
[11,1 8-10]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
C'est son propre corps. Elle est au-dessus de « Celui qui prend les Heures [?] » (460). Ce qu'elle doit faire, c'est vivre (de) la voix de Rê, chaque jour. Elle avale ses images dans ce lieu (461). C'est la onzième Heure, [10] l'une des suivantes du Dieu.
[Noms des divinités.]
[757] L'Éternité [la déesse momiforme assise sur le serpent]
[758] Celui qui prend les Heures [?] [serpent dressé sur sa queue en oblique]
Scène 4
[12 dieux, debout, avec des têtes et des attitudes diverses. Au-dessus d'eux, 3 lignes ½ de texte.]
[11,1 11-12]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ils existent de cette façon. Ce Grand Dieu les appelle par leurs noms : Sortez pour moi, (vous) les cachés ! Éclairez pour moi, vous dont le bras est caché (462). Puissent vos âmes-baou vivre et se poser sur vos ombres-chouout. C'est vous [12] qui ouvrez ce qui est secret et qui placez l'image dans son lieu sacré. Votre air, c'est ce qui est à ma bouche et ce que respirent vos nez. Les offrandes vous appartiennent, (celles qui sont) dans ma barque et dont vivent vos âmes-baou.
[11,1 13]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
L'eau vous appartient, (celle) du poste d'observation [?] du Noun auquel s'approvisionnent en eau ceux de la Douat. Salut ! Ce que vous faites est juste et vos âmes-baou accompagnent mes transformations (463). Ce qu'ils ont à faire dans la Douat, c'est faire parvenir les secrets de ce Grand Dieu <jusqu'à l'Espace Caché, chaque jour. Ils sortent avec ce Grand Dieu> jusqu'au ciel (464).
[Noms des divinités.]
[759] Le Bicéphale [à deux têtes humaines, avec barbe, en opposition]
[760] Khnoum-Renit [à tête de bélier, portant une clé de vie dans une main et un sceptre-ouas dans l'autre] (465)
[761] Celui qui protège la terre [à tête humaine, faisant le geste d'adoration] (466)
[762] Ses deux bras sont en lui [dont la tête est faite de... 2 bras, mais sans bras au corps]
[4 dieux sans bras, avec barbe divine et perruque courte]
[763] Le Messager [?] des Deux Terres
[764] Celui que [?] ses deux bras aiment
[765] Celui aux deux bras cachés
[766] Celui qui rend puissante [?] la Chair
[4 dieux avec leurs bras, barbe divine et perruque longue]
[767] L'Adorateur d'Horus
[768] Le Juste
[769] La Cuisse de Taureau [constellation ; nom égyptien de notre Grande Ourse]
[770] Celui au bras retenu [?]
Scène 5
[4 déesses assises chacune sur la queue recourbée en forme de siège d'un uræus à 2 têtes. Elles portent la main gauche au visage. Au-dessus d'elles, 2 lignes ½ de texte.]
[11,1 14-16]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Elles existent de cette façon. Leurs cuisses sont dans la terre et leurs jambes sont dans les ténèbres profondes (467). Ce Grand Dieu les appelle par leurs propres corps. [15] Alors, (après cela), elles se plaignent sans quitter leurs places. Leurs âmes-baou vivent de la voix de l'image qui sort de leurs pieds, chaque jour (468). Un vent hostile surgit et le tumulte [16] du vent se manifeste dans la Douat depuis les visages de ces déesses.
[Noms des déesses.]
[Elles portent la main gauche à leur visage et la main droite sur l'uræus formant leur siège]
[771] La Maîtresse des vivants
[772] La Maîtresse des esprits-akhou
[773] La Protectrice des deux rives
[774] Celle qui prend soin des dieux

11e Heure - Registre 2

Scène 1
[La barque solaire. Au-dessus d'elle, 1 ligne ½ de texte.]
[11,2 36-36a]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ce Grand Dieu navigue de cette façon dans ce lieu tandis que son équipage de dieux rame pour lui vers l'horizon oriental du ciel. L'uræus-lumineuse qui est en tête de la barque guide ce Grand Dieu [36a (469)] sur les chemins des ténèbres grâce à ce qui est en elle [? (470)] et qui éclaire ceux qui sont dans la terre.
[Noms des divinités dans la barque solaire, de la proue à la poupe.]
[785] Celle qui illumine la Douat [à la proue de la barque, le globe solaire rouge entouré d'un uræus femelle]
[775] L'Ouvreur des chemins
[776] La Connaissance-Sia
[777] La Maîtresse de la barque
[778] Le Serpent-Mehen [entourant et protégeant le dieu solaire à la manière d'un naos]
[779] La Chair
[780] Horus, l'Élogieux
[781 et 782 sont en effet perspective]
[781] Le Taureau de Maât
[782] La Vigie
[783 et 784 sont en effet perspective]
[783] La Parole-Hou
[784] Le Guide de la barque
Scène 2
[12 dieux portant sur la tête un immense serpent qui se love en 3 boucles sur la tête de chacun d'eux. Au-dessus d'eux, 1 ligne ½ de texte.]
[11,2 37-38]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ils existent de cette façon devant ce Grand Dieu. Ils portent le serpent-Mehen sur leurs têtes jusqu'à ce lieu et ils cheminent à la suite de Rê jusqu'à l'horizon oriental du ciel. Ce Dieu les appelle par leurs noms et leur dicte leurs obligations. [38] Rê leur dit : Puissiez-vous protéger votre image (471) et porter la tête haute ! Que vos bras soient forts et vos jambes solides ! Que droite soit votre démarche et amples vos enjambées ! Puissiez-vous être satisfaits de vos offrandes au portail de l'horizon oriental !
[11,2 39]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ce qu'ils ont à faire dans la Douat, c'est permettre au serpent-Mehen de parvenir jusqu'au portail de l'horizon oriental. Alors, ils occupent (à nouveau) leurs sièges après que ce Grand Dieu a parcouru les ténèbres et qu'il a pris place à l'horizon.
[Noms des dieux.]
[Ils portent une courte barbe et soulèvent le serpent à deux mains.]
[786] Le Porteur (472)
[787] Le Transporteur
[788] Celui qui charge
[789] Celui qui prend
[790] Celui qui saisit
[791] Celui au bras fort
[792] Celui qui empoigne
[793] Imtyw [ou encore Ima ??]
[794] Celui qui enlève
[795] Celui qui prend à bras-le-corps
[796] Celui qui guide l'image [?]
[797] Celui du serpent-Mehen
Scène 3
[Deux uræus femelles portant respectivement la couronne du nord de l'Égypte et celle du sud qui sont munies de petites têtes humaines. Au-dessus de la scène, 3 colonnes de texte.]
[11,2 40-42]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Telles sont les images qu'Horus a faites secrètes. Elles se trouvent au deuxième portail (473) des ténèbres [41] profondes, (sur) le chemin sacré de Saïs. Ce Dieu les appelle. [42] Alors, leurs têtes secrètes sortent (474). Et après cela, elles ravalent leurs images.
[Noms des divinités.]
[798] Image d'Isis [uræus portant la couronne du nord de l'Égypte qui contient une tête humaine à barbe]
[799] Image de Nephtys [uræus portant la couronne du sud de l'Égypte dont la partie supérieure est entourée de deux têtes humaines à barbe]
Scène 4
[4 déesses debout, les 2 premières portant la couronne du nord de l'Égypte et les 2 dernières celle du sud. Au-dessus d'elles, 3 lignes ½ de texte.]
[11,2 43-46]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Elles existent de cette façon à ce portail en tant qu'images qu'a faites [44] Horus. Ce Dieu les appelle par leurs noms (475), et elles respirent quand elles entendent sa voix. [45] Ce sont elles qui protègent (476) le portail sacré de Saïs qui ne (peut) être ni [46] connu, ni vu ni perçu (477).
[Noms des déesses.]
[Ces 4 déesses portent une barbe.]
[800] Neith masculine (478) [portant la couronne du nord de l'Égypte]
[801] Neith à la couronne rouge [portant la couronne du nord de l'Égypte]
[802] Neith à la couronne blanche [portant la couronne du sud de l'Égypte]
[803] Neith-Osiris (478) [portant la couronne du sud de l'Égypte]

11e Heure - Registre 3

Scène 1
[Horus, précédé d'un serpent dressé sur sa queue et crachant du feu, incite 5 déesses armées d'un couteau et crachant aussi du feu à massacrer des ennemis ou des parties de leurs corps prostrés dans 6 fosses sablonneuses. Au-dessus d'elles, 2 lignes 2/3 très longues de texte.]
[11,3 76]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ordres donnés par la majesté de ce Dieu (479) (pour) massacrer ceux qui ont frappé son père Osiris, les cadavres des ennemis et les membres des morts, ceux qui ont la tête en bas (480) et dont la marche est entravée, et les formes de ceux qui sont détruits. [Paroles dites par Horus : ] Je suis issu de lui et mon père frappe (à son tour) maintenant, après qu'il s'est alangui (481). Que vos cadavres soient punis par « le couteau qui punit » (482), que vos âmes-baou soient détruites, que vos ombres-chouout soient piétinées et que vos têtes soient coupées !
[11,3 77]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Vous n'êtes (même) pas venus à l'existence ! Vous avez la tête en bas et vous ne (pouvez) pas vous redresser, car vous êtes tombés dans vos fosses et vous n'avez pas (pu) vous échapper ni vous enfuir ! Le feu du serpent (appelé) « Celui qui enflamme des millions » (483) est contre vous ! Le brasier de « Celle qui préside à ses chaudrons » [déesse n° 807] est contre vous ! Les flammes de « Celle qui préside à ses fosses » [déesse n° 809] sont contre vous ! Le souffle incandescent qui est à la bouche de « Celle qui préside à ses billots » [déesse n° 813] est contre vous ! Le couteau de « Celle qui préside à ses coutelas » [déesse n° 815] est (planté) en vous ! (484)
[11,3 78]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Elle fait de vous un vrai carnage, elle vous tue. Vous ne (pouvez) pas voir les vivants sur la terre, éternellement. [Descriptif des déesses aux couteaux.] Elles existent de cette façon dans la Douat. Il leur est ordonné qu'elles exterminent (485), chaque jour, par la majesté d'« Horus de la Douat ».
[Noms des divinités, des fosses et des ennemis.]
Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
[Divinités]
[804] Horus [un globe solaire sur la tête, penché sur un long bâton et levant sur la scène un court bâton à tête de serpent]
[805] Celui qui enflamme des millions [serpent dressé sur sa queue et crachant du feu ; voir fin de note 483]
[Fosses sablonneuses et déesses qui leur sont préposées. Elles sont tournées vers la gauche et portent à deux mains (émanant de la même épaule) un grand couteau. Elles crachent du feu sur ces fosses.]
[806] Fosse - [à l'intérieur :] Ennemis [enfermant 3 ennemis prostrés saignant de la tête. Ils correspondent au terme « ennemis » du § 11,3 76.]
[807] Celle qui préside à ses chaudrons [à tête de lionne, aspect de la terrible Sekhmet]
[808] Fosse - [à l'intérieur :] Ennemis [enfermant 3 ennemis prostrés saignant de la tête. Ils correspondent au terme « cadavre » du § 11,3 76.] 
[809] Celle qui préside à ses fosses [à tête humaine]
[810] Fosse - [à l'intérieur :] Âmes-baou [enfermant 3 âmes-baou ainsi que ce même mot au pluriel]
[811] Celle qui châtie [à tête humaine]
[812] Fosse - [à l'intérieur :] Ombres-chouout [enfermant 3 ombres-chouout]
[813] Celle qui préside à ses billots [à tête humaine]
[814] Fosse - [à l'intérieur :] Têtes [enfermant 3 têtes d'ennemis qui, très curieusement, portent une courte barbe] (486)
[815] Celle qui préside à ses coutelas [à tête humaine]
[816] L'Oued de ceux qui ont la tête en bas - [à l'intérieur :] Ceux qui ont la tête en bas [fosse plus large que les autres et enfermant 4 ennemis tête en bas séparés par les hiéroglyphes de leur nom] (487)
Scène 2
[4 déesses coiffées du signe hiéroglyphique du désert, puis un dieu à l'extrême droite du registre. Au-dessus de la scène, 2 lignes ½ de texte.]
[11,3 79-81]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ils (488) existent de cette façon. Ce sont eux qui « font rougeoyer » (489) les ennemis d'Osiris dans la Douat. « Celui qui préside à ses chaudrons » [le dernier dieu n° 821] [80] protège cette caverne. Ils vivent de la voix des ennemis et des hurlements des [81] âmes-baou et des ombres-chouout jetées par eux dans leurs fosses.
[Noms des divinités.]
[Déesses tournées vers la gauche et coiffées du signe du désert.]
[817] Celle qui ébouillante
[818] La Brûlante
[819] Celle qui préside à son sable [son sable = celui contenu dans les fosses]
[820] La Destructrice (490)
[Dieu à barbe tourné vers la gauche, portant une sceptre-ouas dans une main et une clé de vie dans l'autre.]
[821] Celui qui préside à ses chaudrons [gardien de cette Heure]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Notes

(455) Il s'agit des cadavres des ennemis qui sont châtiés au registre 3.

(456) « L'Éternité », c'est la divinité n° 757 assise sur un serpent dressé. Elle « avale ses images », c'est-à-dire les étoiles placées devant elle. « Celui qui regarde » est le serpent ailé anonyme n° 756. Les deux grands yeux-oudjat qui le surmontent expliquent ce surnom.

(457) Processus d'apparition puis de retour à l'obscurité d'images divines, auquel les 7e, 8e, 9e et 10e Heures nous ont déjà habitués.

(458) Tournure grammaticale délicate. Le texte dit exactement « son cadavre et sa tête » au singulier. On peut penser qu'il vit du cadavre et de la tête (considérés ici (?) comme ombre-chout) de chaque ennemi...

(459) Cette scène rappelle celle que l'on voit au milieu du registre 3 de la 5e Heure et qui représente la zone-ovale de Sokar. Le dieu à tête de faucon n° 393 y est appelé « La Chair de Sokar " qui est sur (son) sable " » tandis que le serpent ailé quadricéphale n° 394 s'appelle « Le Grand Dieu qui ouvre ses deux ailes au plumage multicolore ».

(460) Ce texte décrit la déesse momiforme assise sur le serpent dont le nom égyptien n'est pas clair du tout. Si c'est bien « Chediou-ounout » qu'il faut le lire, selon Erik Hornung, il pourrait signifier « Celui qui prend les Heures », car il porte celle qui « avale ses images » (les étoiles). D'autres y ont vu une constellation, celle de la Tortue-Chetou, ce qui n'est pas démontré.

(461) Chez MenKheperRê-Thoutmosis, son fils AmenHotep II et Ramsès VI par exemple, les artistes ont représenté 10 étoiles alors que dans certaines autres tombes on en trouve 11 (ce qui me paraît une erreur). Cette déesse « Éternité », c'est-à-dire la 11e Heure, semble donc « avaler » ou « prendre » les 10 Heures qui viennent de se dérouler (sans compter la 11e qui commence tout juste) pour les « redonner ensuite ».

(462) Allusion aux 5 dieux n° 762 à 766 qui sont représentés sans bras.

(463) Mot à mot : « vos âmes-baou appartiennent à ce qui suit mes transformations ».

(464) Restauré d'après AmenHotep II (11,1 46-48). Ici, le scribe a omis par distraction ce passage. Il est coutumier du fait quand il rencontre une phrase qui contient deux fois la même expression : sans doute pressé et distrait, il saute le passage qui se trouve entre les deux.

(465) Le qualificatif Rènit accolé au nom de Khnoum ne peut être traduit avec certitude.

(466) Le dieu n° 253, H3R4, porte le même nom. Le n° 252 s'appelle d'ailleurs Khnoum.

(467) Ces expressions écrites avec des mots simples et connus laissent toutefois un peu perplexe. Par « cuisses », il faut sans doute comprendre tout le corps sauf les pieds.

(468) L'illustration de cette scène montre 2 têtes d'uræus sortant au niveau des pieds des déesses. C'est vraisemblablement de cette « image » des uræus qu'il s'agit ici.

(469) Paul Bucher a oublié de numéroter cette 2e ligne que j'appelle 36a.

(470) Le pronom féminin « elle » n'est qu'une supposition dans un contexte qui semble fautif. Il s'agit de l'uræus femelle qui entoure le globe solaire.

(471) Cette « image » à protéger est bien sûr le serpent-Mehen.

(472) Le dieu n° 172, H2R4, porte le même nom. De plus, le texte nous offre ici un florilège de synonymes du verbe « porter » et de verbes de sens voisin, avec toutefois une réserve sur le nom n°  793 dont la lecture posait sans doute problème aux Égyptiens eux-mêmes.

(473) Ce « deuxième portail », sans doute propre à Saïs, ne correspond à aucun autre « premier portail » dans les textes, le seul évoqué étant celui spécifique à chaque Heure [11,i 1].

(474) Les « têtes secrètes qui sortent » sont d'abord une petite tête humaine au milieu de la couronne rouge et ensuite deux autres situées de part et d'autre de la couronne blanche.

(475) Le scribe de MenKheperRê a écrit deux fois de suite le possessif « leurs ». Mais il est possible que le document ait été malaisé à lire, car celui d'AmenHotep II fait, lui, une faute d'orthographe dans le même passage.

(476) Jeu de mots entre le verbe « protéger » et la ville de Saïs dont les prononciations sont voisines.

(477) Ce qui peut expliquer pourquoi ce portail n'est pas représenté.

(478)   Neith est la déesse créatrice du monde à Saïs (et beaucoup plus tard à Esna).
Sa bisexualité est souvent notée dans les textes.
Elle est « le Père des Pères et la Mère des Mères ».

(Les fêtes religieuses d'Esna, par Serge Sauneron, volume 3, 206,1)

Son côté masculin dans un corps féminin est très clairement souligné dans le texte de cette 11e Heure..
Ce n'est pas un cas unique dans la théologie égyptienne. Sekhmet par exemple est montrée, dans le temple de Khonsou à Karnak, dans l'attitude habituelle de Min érigeant son phallus (voir ci-contre).

(479) « Ce Dieu », c'est Horus, divinité n° 804, à gauche du registre 3.

(480) Il s'agit des « ennemis » pieds en l'air et tête en bas dans la fosse n° 816 qui contient d'ailleurs le texte « ceux qui ont la tête en bas. »

(481) Comme on peut le constater dans ce passage, toute littérature égyptienne répugne à parler clairement de la mort violente d'Osiris. On préfère seulement l'évoquer grâce à un vocabulaire atténué dans des expressions telles que « battre » son père au lieu de le « tuer », ou encore « il s'est alangui » au lieu de « il est mort ». Ici, c'est Osiris qui se venge de ses ennemis à travers son fils « issu de lui ».

(482) Ce « couteau qui punit » a déjà été évoqué en H7R1, scène 3 (§ 7,1 35) : « Le bourreau vous punit de son couteau et vous ne (pourrez) pas échapper à sa surveillance, éternellement ! »

(483) Le serpent n° 805 qui crache du feu, dressé sur sa queue devant Horus, et qui consume de cette manière une foule innombrable (= « des millions ») d'ennemis.

(484) Les fonctions et le nom de la déesse n° 811 ne sont pas évoqués dans ce passage.

(485) Ce passage pose trois problèmes de traduction. Le premier est lié à la nature du verbe Tsi que j'ai traduit par exterminer, ce qui n'est pas certain du tout, car ce terme n'est attesté avec ce sens que tardivement et à l'époque grecque. Il pourrait signifier aussi corrompre, avarier, mais cela ne donnerait guère satisfaction ici. Le deuxième est lié à la nature de la langue égyptienne qui utilise le même pronom .sn pour les pluriels masculins et féminins, d'où l'incertitude quant au sexe des acteurs dans l'expression  : « leur corruption/extermination ». Le troisième est également d'ordre grammatical. Le texte dit exactement : « leur fait de corrompre/exterminer [?] est ordonné... », le terme « fait de corrompre/exterminer » étant un infinitif se comportant comme un nom auquel on ajoute un élément possessif asexué : Tst.sn. Faut-il comprendre « leur extermination à eux, les ennemis », ou « leur fait à elles, les déesses, d'exterminer » ? C'est la deuxième traduction qui me paraît la plus vraisemblable, car les autres textes descriptifs se rapportent à des divinités (« ce qu'elles ont à faire, c'est... ») et non pas à des êtres de nature presque non-existante, malgré l'incertitude sur le verbe corrompre/exterminer. Dans l'hypothèse inverse, il faudrait traduire : « Ils existent de cette façon [les ennemis] dans la Douat. Leur extermination est ordonnée, chaque jour, par la majesté d' "Horus de la Douat" ».

(486) Malgré le caractère extrêmement violent de ces textes à l'égard de ces « ennemis », force est de constater que leurs têtes portent une barbe indiquant leur éventuelle nature divine, ce qui semble totalement aberrant ici. Ou bien le scribe a écrit simplement trois fois le hiéroglyphe de la tête (classé D1 dans les grammaires et qui porte toujours cette barbiche) comme on le trace habituellement sans idée préconçue, ou bien au contraire on a voulu souligner le caractère de force universelle détestable, mais indispensable, de ces ennemis à la réalisation des transformations d'Osiris en Rê. On pourrait imaginer le même raisonnement pour Judas dans la Passion du Christ. Il est très difficile de se faire une opinion exacte. Je pencherais plutôt ici pour l'hypothèse du tracé de la barbe par habitude sans idée préconçue.

(487) Les Formules pour Sortir le Jour comportent plusieurs chapitres permettant au défunt d'échapper à ce terrible destin et intitulés par exemple « Formule pour éviter le carnage qui est fait dans l'empire des morts » (ch. 41) ou « Formule pour ne pas entrer dans la salle d'abattage du dieu » (ch. 50) ou encore « Formule pour ne pas marcher la tête en bas dans l'empire des morts » (ch. 51). Même préoccupation dans les Textes des Sarcophages dans des formules telles que les §§ 200 à 214, ou encore 367, 580, 640, 771 etc.
Le mot « oued » doit être compris ici au sens de fleuve coulant dans une contrée aride : la Douat.

(488) Le pronom pluriel (ils en français, tout comme .sn en égyptien) renvoie aux quatre déesses (817 à 820) et au dieu (821).

(489) « "Faire rougeoyer" les ennemis » est la moins mauvaise solution que j'ai adoptée pour tenter de rendre l'expression égyptienne « faire de (l'encre) rouge des ennemis », (comme le suggère bien la graphie du mot) et qui est une façon... colorée d'évoquer leur sanglant châtiment.

(490) Les déesses n°s 521 (H7R2, scène 3) et 749 (H10R3, scène 2) portent le même nom.