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LA 7e HEURECelle qui repousse le serpent-Hiou et décapite « le Terrifiant de visage » |
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Aucune technique de compression de personnages n'est utilisée, sauf dans la barque solaire pour les dieux 511 à 513. Chez AmenHotep II, les personnages ne sont pas compactés, mais la barque y figure à une échelle réduite, ce qui permet de les placer tous mais les rend ridiculement petits. Fort heureusement, les décorateurs de MenKheperRê n'ont pas songé à cette possibilité.
A partir de cette Heure, on constate que de nombreux aspects de divinités sortent du lieu où ils se trouvent retenus lorsque le Grand Dieu passe à leur proximité puis retournent à l'obscurité de leur habitacle quand il s'en éloigne. Voir au R2 puis au R3.
Au R3, les lignes 145-146, au-dessus des déesses étoilées des Heures
, nous donnent la très rare occasion de voir un exemple d'écriture boustrophédon due tout simplement, sans doute, à la fatigue du scribe (voir à ce propos la note 342).
Après le calme relatif et les campagnes riches en offrandes de la 6e Heure, le cortège divin toujours plongé dans les ténèbres entre dans une zone de fortes turbulences où l'attend un piège qui deviendrait mortel sans la puissance de la magie. En effet, le monstrueux serpent Apop, symbolisant les forces du plus total anéantissement, menace le dieu qui va devoir, à cause de lui, contourner le formidable banc de sable de plus de cinq hectares où il s'est déployé.
La situation se présente d'abord mal pour le dieu solaire : la barque s'est échouée sur un haut-fond de sable et se retrouve sans eau ni halage [7,i 3], car Apop a avalé une partie de l'eau du fleuve et seuls les pouvoirs et les incantations magiques [7,i 3] vont pouvoir la sortir de ce piège. Puis Apop sera vaincu, ligoté et tué.Le Grand Dieu vit son passage dans ce lieu peuplé de serpents aussi bien maléfiques que bénéfiques en s'harmonisant avec les mœurs de l'animal qui mue. Le dieu solaire en mutation abandonne son ancien habitacle et va désormais se protéger, jusqu'à la fin de son voyage, dans les replis du serpent-Mehen qui l'entoure majestueusement à la manière d'un naos. Le halage de la barque étant rendu impossible par les circonstances, ce sont les incantations magiques qui lui permettent de se tirer d'affaire.
Si cette Heure est celle du châtiment et de l'échec d'Apop, c'est aussi un lieu où les ennemis d'Osiris au R1 subissent de terribles punitions. Il faut garder en mémoire également que la constellation de la Grande Ourse était associée à Seth. Il n'est donc pas étonnant de trouver cet épisode en plein nord, là où justement réside Seth/Apop (voir aussi la note 309).
Au R3 règne une ambiance beaucoup plus sereine : de nombreuses divinités stellaires masculines et féminines forment un majestueux cortège marchant d'ailleurs dans deux directions opposées.
Les textes insistent fortement et à plusieurs reprises sur la nécessité de connaître ces images pour être en mesure de vaincre Apop comme le fait le dieu solaire. Leur connaissance est utile aussi bien dans le ciel (séjour des dieux) que dans la terre (séjour des défunts) et sur terre (séjour des vivants) [7,i 3].
Le Grand Dieu va rencontrer ici, sur son chemin, le pire danger qui le menace, la rencontre avec Apop, le « Terrifiant de Visage » surnommé aussi « le serpent-Hiou » (= le monstre, l'âne) [7,i 2]. Mais cette introduction, comme à toutes les Heures, résume très bien en quelques lignes ou colonnes ce qui va se dérouler. Les pouvoirs et incantations magiques d'Isis et de l'Aîné-des-magiciens [7,i 3] (peut-être la magie-Héka ou Thot) viendront à bout du serpent monstrueux qui sera maîtrisé puis décapité [7,i 2].
La Chair d'Osiris [490] figure dans une sorte de naos formé par le serpent-Mehen (= Celui aux replis, Celui qui s'enroule), le même serpent bénéfique que celui qui protège la Chair (de Rê) au R2. Cette Chair d'Osiris porte la double plume du rayonnement solaire en tant que maître de la vie (Vie étant le surnom de Chou et de Maât qui émanent d'Atoum) [7,1 13-19]. A l'extrémité droite du registre, la Chair d'Atoum [503] est assise dans les replis d'un autre serpent bénéfique appelé « "le Rassembleur" qui est dans la terre » [7,1 47-48].
Ainsi Osiris et Atoum se confondent. Leurs chairs, comme celles d'une momie, sont rassemblées et maintenues [7,1 46]. De plus, le dieu solaire parle à Atoum en évoquant ceux qui se sont rebellés contre toi [7,1 49] comme s'il s'agissait d'Osiris auquel il s'adressait dans les mêmes termes quelques lignes auparavant. De plus, la Chair d'Osiris [490] à gauche du registre, incluse dans le serpent la Vivante [489], fait écho à la Chair d'Atoum [503] à droite du registre, assise sur le serpent le Rassembleur [504]. Le premier dieu est inclus dans les forces terrestres tandis que le second les domine à l'extérieur.
Au milieu du registre, trois ennemis décapités sont abattus et rôtis [7,1 24-25] par le Violent de visage [495] tandis que trois autres sont entravés et détruits [7,1 32-34] par le bourreau [499]. Trois âmes-baou sous forme d'oiseaux [500-502] assurent la protection [7,1 44-45] d'Atoum.
Comme il est précisé à l'introduction, ce Dieu prend une autre forme [7,i 1] : la cabine de la barque est remplacée par le serpent-Mehen qui se love avec grâce autour de lui pour le protéger. Le niveau de l'eau a baissé et la barque s'est échouée sur le banc de sable d'Apop (dont la surface de 440 coudées carrées est exactement la même que celle de la base de la grande pyramide de Kheops !). La barque, dont le guide [514] est tourné vers son gouvernail comme à la 6e heure, est séparée d'Apop par un double trait vertical. Isis et l'Aîné-des-magiciens repoussent Apop loin de Rê [7,2 68] et doivent user de leurs pouvoirs magiques pour mettre fin à ses maléfices. Apop est montré terrassé, cloué au sol, garrotté (332) par des divinités surtout féminines.
Le texte nous rappelle que ce châtiment d'Apop est également réalisé sur terre grâce au rituel destiné à l'abattre (voir note 326).
A droite du registre, à l'extrémité de ce banc de sable [7,2 92-94] rappelant un peu les trois tombeaux des morceaux de Rê (H6R1), quatre coffres-sarcophages [7,2 91]. Chacun contient une des images d'Atoum, de Khépri, de Rê et d'Osiris [522-525]. Les têtes et les couteaux qui s'y trouvent sortent au passage de Rê puis ils rentrent [7,2 94 et 96].
Horus [528] assis sur un trône assure la régularité des phénomènes cosmiques (les 12 dieux étoilés et les 12 Heures).
La terminologie utilisée ici pour désigner la forme passive et inactive du dieu en léthargie est riche et complexe. Il est appelé Horus sur son trône et Horus de la Douat [7,3 142 et 144], puis Rê de l'Horizon qui est dans la Douat [7,3 143] et encore Rê qui est à l'Horizon [7,3 145]. (Voir aussi note 338). A la 10e Heure [R3, 745] et à la 11e [R3, 804
], il prendra un aspect un peu plus dynamique, debout mais appuyé sur un bâton.
A l'extrême droite du registre, la scène d'un dangereux crocodile et de la tête d'Osiris pose des problèmes d'interprétation. Peut-être faut-il y voir une connotation astronomique, puisque ce registre est consacré au cosmos ?
- « C'est <utile> dans le ciel, et dans la terre (comme) sur la terre. Celui qui connaît cela est une des âmes-baou qui sont auprès de Rê » [7,i 3].
- « Celui qui fait cela [le rituel incantatoire contre Apop] est de ceux qui sont dans la barque de Rê dans le ciel et dans la terre. (Il faut) au moins connaître cette image. Celui qui ne (la) connaît pas ne (peut) pas repousser le "Terrifiant de visage" » [7,2 68].
- « Celui qui connaît cela sur terre n'est pas quelqu'un dont le "Terrifiant de visage" (puisse) boire son eau » [7,2 82-83].
- « L'âme-ba de quelqu'un qui connaît cela ne (peut) pas périr grâce à la puissance de leurs couteaux » [7,2 105-107].
- « Celui qui connaît cela est de ceux dont le crocodile-Âbesh ne (peut) pas avaler l'âme-ba » [7,2 152].
- « C'est utile à celui pour qui cela est fait, dans le ciel et dans la terre. Celui qui connaît cela est une des âmes-baou qui sont auprès de Rê » [P1,a 38]
- « Celui qui connaît cela est de ceux qui sont dans la barque de Rê dans le ciel et dans la terre. (Il faut) au moins connaître cette image. Celui qui ne (la) connaît pas ne (peut) pas repousser le "Terrifiant de visage" » [P1,a 40]
- « Celui qui connaît cela sur terre n'est pas quelqu'un dont le « Terrifiant de visage » (puisse) boire son eau. L'âme-ba de quelqu'un qui connaît cela ne (peut) pas périr grâce à la puissance des dieux qui sont dans cette caverne. Celui qui connaît cela est de ceux dont le crocodile-Âbesh ne (peut) pas avaler l'âme-ba » [P1,a 42-43]
[Les titres, les subdivisions et les informations écrites entre crochets sont des commentaires ou des ajouts du traducteur.]
Notes
(305) Jusqu'à la 6e Heure, le dieu solaire en léthargie naviguait sur sa barque protégé par une simple cabine en forme de naos. A la 7e Heure, il « prend une autre forme » en ce sens qu'il apparaît entouré par les replis du serpent-Mehen qui va désormais le protéger jusqu'à la fin de la nuit. Il s'agit autant d'un moyen efficace de protection que d'une mutation, ou plus précisément d'une mue, à l'image de ce que fait le reptile quand il change de peau.
(306) Terme malaisé à rendre en français (Wb 3,177 10-12. Le HWb,565 y voit même une épithète de Seth). Ici, les deux déterminatifs de ce mot évoquent l'idée d'un personnage âgé et expérimenté et d'une divinité. On pourrait traduire également « le Vieux magicien » ou « le Vieux chef magicien ». Peut-être faut-il y voir une allusion à Thot, magicien qui, avec Isis, fait usage de son art avec la plus totale maîtrise. Mais il s'agit plus vraisemblablement du dieu Héka, manifestation de la magie primordiale irradiant de Rê présente dans la barque solaire en compagnie de la Connaissance-Sia. (Voir MIFAO, Tome LXXIV, Le Livre des Portes (I), par Charles Maystre et Alexandre Piankoff, Le Caire 1939, page 28). Le nom de Héka figure également dans la barque solaire du sarcophage ptolémaïque de Djedhor, au Louvre, par exemple.
(307) Le serpent-Hiou et « le Terrifiant de visage » sont des surnoms d'Apop ou de Seth. Hiou signifie le monstre, l'âne.
(308) La barque solaire se trouve dans une situation délicate. Sur le territoire de Sokar, elle pouvait être halée sur le sable sec. Mais ici, elle s'est échouée sur un haut-fond de sable, car Apop a avalé une partie de l'eau du fleuve et seules les incantations magiques vont pouvoir la sortir de ce piège.
(309) Le possessif semble bien se rapporter, tout étonnant que cela paraisse, au serpent Apop. Le texte évoque sans doute indirectement la constellation de la Grande Ourse (La « Cuisse de Taureau », chez les Égyptiens, en plein nord, et qui est associée à Seth). Les allusions aux astres dans le ciel du nord se vérifient à d'autres endroits, dans cette Heure . Au registre inférieur, (§ 7,3 142), Horus doit « mettre les étoiles en mouvement ». La divinité 516 qui tient Apop en respect au registre 2 porte le nom de srqt-Htyt : « Celle qui fait respirer la gorge » formant jeu de mot avec celui de Serkit, nom de la déesse-Scorpion qui est aussi une constellation. Plutarque de son côté - longtemps après - raconte : « Ces événement [le complot contre Osiris] se passèrent, dit-on, le dix-sept du mois d'Athyr, qui est celui sous lequel le soleil passe par le signe du Scorpion, et la vingt-huitième année du règne d'Osiris. » (Isis et Osiris, § 13) Il semble donc naturel que le chef du complot et les comploteurs contre Osiris se voient châtiés au nord, région de Seth, et par Serkit-Scorpion.
(310) L'adjectif « utile » a été oublié chez MenKheperRê-Thoutmosis, mais pas chez AmenHotep II. Bien noter que la connaissance de ces textes est utile aussi bien « dans la terre » (séjour des défunts) que « sur terre » (séjour des vivants).
(311) « Puisse Horus sortir de ta tête ! » : il s'agit là de paroles adressées à la première divinité de gauche (n° 487) qui tient une tête de faucon sortant d'un objet long où l'on croit reconnaître une sorte d'enveloppe. Ce n'est ni un couteau ni un sabre. Ses mains sortent de ses bandelettes de momie, ce qui lui permettra de « faire sortir la tête » de l'enveloppe.
(312) Le dieu s'adresse maintenant à la déesse à tête de lionne n° 488.
(313) Le dieu s'adresse enfin au serpent-uræus à tête humaine n° 489.
(314) La déesse 124 (H1R4) et le serpent-femelle 324 (H4gR4) portent le même nom.
(315) Grand serpent qui forme une sorte de naos protecteur pour Osiris. Son nom signifie « Celui aux replis, Celui qui s'enroule ».
(316) Répétition saisissante du mot vie (anx) et de ses variantes dans un style très égyptien mais qui peut surprendre en français.
(317) Le « Vivant de formes » : surnom du serpent Mehen (n° 491) qui entoure Osiris de ses anneaux.
(318) Le « Violent de visage » est la divinité n° 495 aux oreilles de chat et aux gestes pleins de violence.
(319) Mot à mot : « quand Osiris est compté/ révisé/ remis en ordre », c'est-à-dire lorsque son corps est redevenu complet et qu'il retrouve son intégrité physique.
(320) Dans la tombe de Séthi Ier et celle de Ramsès VI, cette divinité porte une tête de chat et non plus seulement les oreilles comme ici. L'image d'un chat tranchant la tête d'un serpent se rencontre souvent pour illustrer le chapitre 17 des Formules pour sortir le jour. Ce chat est Rê enfant, nous explique le texte, dans un jeu de mot célèbre où l'on dit qu'il n'y a « rien de semblable » (= mi en égyptien) « à ce chat » (= miou en égyptien). Ici, les oreilles de chat font peut-être vaguement allusion à ce passage. Il n'est pas impossible que cette image, mal interprétée, ait plus tard donné naissance au diable cornu tourmentant les damnés, dans l'imaginaire chrétien...
(321) Passage obscur où il semble bien que les actions iniques perpétrées contre Osiris aient été en rapport avec des « liens », des lacets, des garrots (wt). Le mot wt utilisé dans ce contexte est rarissime et de sens très incertain. Peut-être faut-il voir là une allusion voilée aux circonstances de la mort d'Osiris dont les Égyptiens eux-mêmes ne nous ont jamais rien dit de précis. Plutarque, à la fin du § 11 de son Isis et Osiris, ne donne pas non plus la cause exacte de sa mort. Il dit simplement : « Enfin Osiris y entra [dans le coffre préparé pour son meurtre] et tout de son long s'y étendit. Au même instant, tous les convives s'élancèrent pour fermer le couvercle. Les uns l'assujettissent extérieurement avec des clous ; les autres le scellent avec du plomb fondu. L'opération terminée, le coffre fut porté sur le fleuve, et on le fit descendre jusque dans la mer... » Peut-être les liens dont semble parler notre propre texte ont-ils servi à maintenir, eux aussi, le coffre bien fermé ? D'où les « liens » des entraves et le garrot infligés aux ennemis d'Osiris dans la scène peinte ici.
(322) Jeu de mots par trois fois avec la racine nik signifiant punir (nik = punir, nikw = bourreau « punisseur », nikwt = couteau).
(323) La divinité n° 503 représentée dans la scène 5.
(324) On peut constater encore ici que des dieux Atoum et Osiris se confondent. Leurs chairs, comme celles d'une momie, sont rassemblées et maintenues. De plus, le dieu solaire dit à Atoum « ceux qui se sont rebellés contre toi » comme s'il s'agissait d'Osiris auquel il s'adressait dans les mêmes termes quelques lignes auparavant.
(325) Le scribe a oublié d'écrire le nom d'Isis (deux petits hiéroglyphes) qui est pourtant mentionné dans les autres versions, tout comme quelques mots plus loin dans la suite du texte et dans l'introduction de cette Heure.
(326) Allusion au rituel quotidien, sur terre donc, dans le temple d'Amon durant lequel les imprécations d'Isis contre Apop sont récitées (voir le papyrus Bremner-Rhind, British Museum n° 10188) dont les formules sont destinées à « abattre Apop ». Traduction de Claire Lalouette dans Textes sacrés et textes profanes de l'ancienne Égypte, volume 2, Gallimard.)
(327) Isis qui va ouvrir le difficile chemin de cette Heure grâce à ses incantations magiques remplace « L'Ouvreur des chemins », trouvé habituellement à cette place. De même « l'Aîné-des-magiciens » remplace la « Maîtresse de la barque ».
(328) Environ 230 m. Le texte de MenKheperRê-Thoutmosis dit incontestablement 443 coudées. Mais le 3 final est une erreur du scribe qui a dû le confondre, sur son original, avec un p hiératique mal écrit du démonstratif tronqué p(w). Lecture correcte : « Le banc de sable, ... c'est 440 coudées. » Même erreur chez AmenHotep II. Pourtant, dans les colonnes qui suivent (§§ 7,2 71-72), le texte dit « 440 coudées de long sur 440 de large ». L'Abrégé (P1a,41) dit 450 coudées !.. Ce qui démontre soit le mauvais état de l'original, soit un passage difficile à lire ou presque effacé. De plus, quelques hiéroglyphes plus loin, le mot « massacre » ajouté dans la traduction a été lui aussi sans doute mal lu. Il a été rétabli d'après le paragraphe déjà cité de l'Abrégé.
(329) Sedjaou : « Celui qui apporte (l'eau) ». Ce nom n'est pas clair du tout, car c'est le contraire qui semble se produire puisqu'Apop essaie d'avaler toute l'eau du fleuve. Erik Hornung se demande, sans conviction, si ce ne serait pas parce qu'il doit la recracher après sa défaite... Sur un plan anecdotique, on pourra noter qu'un serpent « apporte de l'eau » dans les textes chrétiens. « Alors le serpent vomit comme un fleuve d'eau derrière la femme pour la faire emporter par les flots. » (Apocalypse 12,15).
(330) Le banc de sable est assimilé à Apop. De plus, le dieu solaire navigue encore dans les ténèbres ; il se dirige « à la voix ». Seules les flammes que crachent les têtes des serpents peuvent éclairer ces lieux de leurs redoutables lueurs rougeoyantes, car le globe solaire a été lui-même dissimulé par prudence (voir la suite du texte et la note 23 ci-dessous).
(331) Le dieu en léthargie (la Chair) dissimule son globe oculaire solaire de peur qu'Apop ne le dévore. Autrement dit, c'est le pire danger qui le menace car la lumière solaire serait alors vaincue par les forces d'anéantissement. On sait également que l'œil d'Horus a été arraché par Seth lors d'un terrible combat. Le danger est donc bien réel.
(332) A propos de Serkit-Scorpion châtiant Apop, voir aussi la note 309 ci-dessus. A noter, sur un plan anecdotique (?), que c'est une femme qui meurtrira le serpent à la tête, près d'un millénaire plus tard, dans les textes bibliques. « Je mettrai l'hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et la tienne. Celle-ci te meurtrira à la tête et toi tu la meurtriras au talon. » (Genèse 3,15). Seule la première affirmation de ce texte coïncide avec le nôtre qui dit, lui, que c'est sa descendance, un homme, qui le meurtrit au talon (= ses pieds !) Existe-t-il un lien de parenté entre ces deux textes ? Il faudrait beaucoup d'imprudence pour l'affirmer. On peut toutefois se poser la question.
(333) Apop tente d'avaler toute l'eau sur laquelle navigue la barque du dieu qui va s'échouer sur un banc de sable. C'est la magie qui lui permettra de poursuivre sa route. Ainsi donc, quiconque connaît cela, à l'instar du dieu solaire, peut éviter un tel piège.
(334) Jeu de mots entre « Celle qui fait respirer » (srqt) et le nom de la déesse-scorpion Serkit. On pourra aussi consulter la note 309 ci-dessus.
(335) « de la terre » a été omis par le scribe de MenKheperRê-Thoutmosis. Restauré ici d'après la version d'AmenHotep II.
(336) Sauf le respect dû à ces plus nobles sarcophages du dieu solaire, ces têtes et ces couteaux ressemblent fort à ces horloges suisses d'où sort un coucou pour sonner chaque nouvelle heure. Ici, donc, ils ne sortent que lors du passage du dieu à leur hauteur, puis ils retournent à l'obscurité de leur coffre.
(337) Les « dieux étoilés » dont il est question ici sont, bien entendu, ces 12 divinités à caractère stellaire, et les « étoiles » sont celles qu'ils portent sur la tête. Il est vraisemblable que ce passage fasse également allusion aux esprits-akhou des rois et des défunts justifiés dont les étoiles sont la manifestation dans le ciel, comme le nom du dieu étoilé 534 (le Guide [?] des esprits-akhou) peut le suggérer.
(338) On peut constater ici toute la complexité et la subtilité des concepts religieux égyptiens. « Horus qui est sur son trône », un des aspects du dieu solaire en léthargie, porte aussi le nom « d'Horus de la Douat », plus couramment appelé « Horus de l'Horizon ». A l'aube, il va devenir « Rê de l'Horizon ». Horus et Rê sont assimilés l'un à l'autre sous le nom de « Rê-Horus de l'Horizon » (souvent transcrit Rê-Horakhty). Ici, cette assimilation fait d'autant moins de doute que le pronom « JE » est utilisé dans la phrase suivante.
(339) Le cadavre des bienheureux appartient à
la
terre, tandis que leurs « étoiles », leurs esprits-akhou,
appartiennent au ciel,
comme le déclaraient déjà les Textes des Pyramides au
§ 474 :
« L'esprit-akh est pour le ciel, le cadavre est pour la
terre »
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(340) Les dieux 104 (H1R4) et 897 (H12R3) portent le même nom.
(341) « Celui qui est à l'Horizon » est encore un des surnoms de Rê.
(342) Cette ligne 146 nous donne l'occasion très rare en égyptien d'observer un cas d'écriture dite boustrophédon consistant à écrire une ligne de gauche à droite puis d'écrire la suivante de droite à gauche, comme le feraient des bœufs qui tourneraient au bout du champ pour labourer le sillon suivant, selon l'étymologie du mot. Ce procédé n'est pas utilisé chez les Égyptiens. Ici pourtant, c'est indiscutable. Je pense qu'il faut simplement l'attribuer à la fatigue du scribe qui a oublié de retourner à la marge gauche de son paragraphe pour le terminer, retrouvant pour un instant ses réflexes ordinaires d'écriture. Mais en procédant ainsi, il commet une erreur qui consiste à écrire en clair (de droite à gauche, selon les conventions habituelles de l'hiératique et sans tracer chaque hiéroglyphe à l'envers) un texte qui aurait dû rester caché aux yeux d'autres scribes moins instruits que lui. Car notre homme, nous en avons la preuve ici, comprenait parfaitement ce qu'il écrivait. Il s'agit là d'une négligence. Voir l'article écriture rétrograde dans le glossaire.
(343) On a beau chercher sur le dos du crocodile, on ne voit aucun œil. Pourtant, une grande inscription très au-dessus du crocodile dit : « l'Œil d'Osiris »
(344) C'est un peu comme ce qui se passe pour les têtes et les couteaux des coffres-sarcophages dont il est question au § 7,2 95 du registre 2.