LA 7e HEURE

Celle qui repousse le serpent-Hiou et décapite « le Terrifiant de visage »

7.1 Situation

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7.2 Présentation

Situation dans l'Espace Caché de la Douat
Au nord.
- Description dans la version complète : à l'introduction [7,i 3].
- Description dans la version abrégée : [P1,a 38].
 
Disposition des scènes
- La 7e Heure respecte la disposition normale des Heures sur trois registres, exactement comme chez AmenHotep II.
Géographie du lieu Voir le schéma du parcours
- Région visitée par le dieu solaire : le delta du Nil
- Divinités principales : Osiris et Isis. Leurs noms sont cités 13 et 6 fois respectivement.
- Caverne : « la Caverne secrète » [7,i 2]
- Portail : « le Portail d'Osiris » [7,i 2].
- Nom du banc de sable du serpent Apop : Sedjaou. Il mesure 440 coudées de long [7,2 69] sur 440 coudées de large [7,2 71-72] et 450 coudées [selon l'abrégé P1,a 41].
- Nom de l'Heure : « Celle qui repousse le serpent-Hiou et décapite le "Terrifiant de visage" » [7,i 2].
- Gardiens : « Le "Maître du sceptre-ouas" [526] et "Celle pourvue de cœur" [527] sont les gardiens de ces images secrètes » [7,2 100-104].
Particularités

Aucune technique de compression de personnages n'est utilisée, sauf dans la barque solaire pour les dieux 511 à 513. Chez AmenHotep II, les personnages ne sont pas compactés, mais la barque y figure à une échelle réduite, ce qui permet de les placer tous mais les rend ridiculement petits. Fort heureusement, les décorateurs de MenKheperRê n'ont pas songé à cette possibilité.

A partir de cette Heure, on constate que de nombreux aspects de divinités sortent du lieu où ils se trouvent retenus lorsque le Grand Dieu passe à leur proximité puis retournent à l'obscurité de leur habitacle quand il s'en éloigne. Voir au R2 puis au R3.

Au R3, les lignes 145-146, au-dessus des déesses étoilées des Heures , nous donnent la très rare occasion de voir un exemple d'écriture boustrophédon due tout simplement, sans doute, à la fatigue du scribe (voir à ce propos la note 342).

Les textes et les illustrations de la 7e Heure

Après le calme relatif et les campagnes riches en offrandes de la 6e Heure, le cortège divin toujours plongé dans les ténèbres entre dans une zone de fortes turbulences où l'attend un piège qui deviendrait mortel sans la puissance de la magie. En effet, le monstrueux serpent Apop, symbolisant les forces du plus total anéantissement, menace le dieu qui va devoir, à cause de lui, contourner le formidable banc de sable de plus de cinq hectares où il s'est déployé.
La situation se présente d'abord mal pour le dieu solaire : la barque s'est échouée sur un haut-fond de sable et se retrouve sans eau ni halage [7,i 3], car Apop a avalé une partie de l'eau du fleuve et seuls les pouvoirs et les incantations magiques [7,i 3] vont pouvoir la sortir de ce piège. Puis Apop sera vaincu, ligoté et tué.

Le Grand Dieu vit son passage dans ce lieu peuplé de serpents aussi bien maléfiques que bénéfiques en s'harmonisant avec les mœurs de l'animal qui mue. Le dieu solaire en mutation abandonne son ancien habitacle et va désormais se protéger, jusqu'à la fin de son voyage, dans les replis du serpent-Mehen qui l'entoure majestueusement à la manière d'un naos. Le halage de la barque étant rendu impossible par les circonstances, ce sont les incantations magiques qui lui permettent de se tirer d'affaire.

Si cette Heure est celle du châtiment et de l'échec d'Apop, c'est aussi un lieu où les ennemis d'Osiris au R1 subissent de terribles punitions. Il faut garder en mémoire également que la constellation de la Grande Ourse était associée à Seth. Il n'est donc pas étonnant de trouver cet épisode en plein nord, là où justement réside Seth/Apop (voir aussi la note 309).

Au R3 règne une ambiance beaucoup plus sereine : de nombreuses divinités stellaires masculines et féminines forment un majestueux cortège marchant d'ailleurs dans deux directions opposées.

Les textes insistent fortement et à plusieurs reprises sur la nécessité de connaître ces images pour être en mesure de vaincre Apop comme le fait le dieu solaire. Leur connaissance est utile aussi bien dans le ciel (séjour des dieux) que dans la terre (séjour des défunts) et sur terre (séjour des vivants) [7,i 3].

Texte d'introduction

Le Grand Dieu va rencontrer ici, sur son chemin, le pire danger qui le menace, la rencontre avec Apop, le « Terrifiant de Visage » surnommé aussi « le serpent-Hiou » (= le monstre, l'âne) [7,i 2]. Mais cette introduction, comme à toutes les Heures, résume très bien en quelques lignes ou colonnes ce qui va se dérouler. Les pouvoirs et incantations magiques d'Isis et de l'Aîné-des-magiciens [7,i 3] (peut-être la magie-Héka ou Thot) viendront à bout du serpent monstrueux qui sera maîtrisé puis décapité [7,i 2].

Registre 1

La Chair d'Osiris [490] figure dans une sorte de naos formé par le serpent-Mehen (= Celui aux replis, Celui qui s'enroule), le même serpent bénéfique que celui qui protège la Chair (de Rê) au R2. Cette Chair d'Osiris porte la double plume du rayonnement solaire en tant que maître de la vie (Vie étant le surnom de Chou et de Maât qui émanent d'Atoum) [7,1 13-19]. A l'extrémité droite du registre, la Chair d'Atoum [503] est assise dans les replis d'un autre serpent bénéfique appelé « "le Rassembleur" qui est dans la terre » [7,1 47-48].

Ainsi Osiris et Atoum se confondent. Leurs chairs, comme celles d'une momie, sont rassemblées et maintenues [7,1 46]. De plus, le dieu solaire parle à Atoum en évoquant ceux qui se sont rebellés contre toi [7,1 49] comme s'il s'agissait d'Osiris auquel il s'adressait dans les mêmes termes quelques lignes auparavant. De plus, la Chair d'Osiris [490] à gauche du registre, incluse dans le serpent la Vivante [489], fait écho à la Chair d'Atoum [503] à droite du registre, assise sur le serpent le Rassembleur [504]. Le premier dieu est inclus dans les forces terrestres tandis que le second les domine à l'extérieur.

Au milieu du registre, trois ennemis décapités sont abattus et rôtis [7,1 24-25] par le Violent de visage [495] tandis que trois autres sont entravés et détruits [7,1 32-34] par le bourreau [499]. Trois âmes-baou sous forme d'oiseaux [500-502] assurent la protection [7,1 44-45] d'Atoum.

Registre 2

Comme il est précisé à l'introduction, ce Dieu prend une autre forme [7,i 1] : la cabine de la barque est remplacée par le serpent-Mehen qui se love avec grâce autour de lui pour le protéger. Le niveau de l'eau a baissé et la barque s'est échouée sur le banc de sable d'Apop (dont la surface de 440 coudées carrées est exactement la même que celle de la base de la grande pyramide de Kheops !). La barque, dont le guide [514] est tourné vers son gouvernail comme à la 6e heure, est séparée d'Apop par un double trait vertical. Isis et l'Aîné-des-magiciens repoussent Apop loin de Rê [7,2 68] et doivent user de leurs pouvoirs magiques pour mettre fin à ses maléfices. Apop est montré terrassé, cloué au sol, garrotté (332) par des divinités surtout féminines.

Le texte nous rappelle que ce châtiment d'Apop est également réalisé sur terre grâce au rituel destiné à l'abattre (voir note 326).

A droite du registre, à l'extrémité de ce banc de sable [7,2 92-94] rappelant un peu les trois tombeaux des morceaux de Rê (H6R1), quatre coffres-sarcophages [7,2 91]. Chacun contient une des images d'Atoum, de Khépri, de Rê et d'Osiris [522-525]. Les têtes et les couteaux qui s'y trouvent sortent au passage de Rê puis ils rentrent [7,2 94 et 96].

Registre 3

Horus [528] assis sur un trône assure la régularité des phénomènes cosmiques (les 12 dieux étoilés et les 12 Heures).
La terminologie utilisée ici pour désigner la forme passive et inactive du dieu en léthargie est riche et complexe. Il est appelé Horus sur son trône et Horus de la Douat [7,3 142 et 144], puis Rê de l'Horizon qui est dans la Douat [7,3 143] et encore Rê qui est à l'Horizon [7,3 145]. (Voir aussi note 338). A la 10e Heure [R3, 745 ] et à la 11e [R3, 804 ], il prendra un aspect un peu plus dynamique, debout mais appuyé sur un bâton.

A l'extrême droite du registre, la scène d'un dangereux crocodile et de la tête d'Osiris pose des problèmes d'interprétation. Peut-être faut-il y voir une connotation astronomique, puisque ce registre est consacré au cosmos ?

Utilité pratique

- « C'est <utile> dans le ciel, et dans la terre (comme) sur la terre. Celui qui connaît cela est une des âmes-baou qui sont auprès de Rê » [7,i 3].
- « Celui qui fait cela [le rituel incantatoire contre Apop] est de ceux qui sont dans la barque de Rê dans le ciel et dans la terre. (Il faut) au moins connaître cette image. Celui qui ne (la) connaît pas ne (peut) pas repousser le "Terrifiant de visage" » [7,2 68].
- « Celui qui connaît cela sur terre n'est pas quelqu'un dont le "Terrifiant de visage" (puisse) boire son eau » [7,2 82-83].
- « L'âme-ba de quelqu'un qui connaît cela ne (peut) pas périr grâce à la puissance de leurs couteaux » [7,2 105-107].
- « Celui qui connaît cela est de ceux dont le crocodile-Âbesh ne (peut) pas avaler l'âme-ba » [7,2 152].


- « C'est utile à celui pour qui cela est fait, dans le ciel et dans la terre. Celui qui connaît cela est une des âmes-baou qui sont auprès de Rê » [P1,a 38]
- « Celui qui connaît cela est de ceux qui sont dans la barque de Rê dans le ciel et dans la terre. (Il faut) au moins connaître cette image. Celui qui ne (la) connaît pas ne (peut) pas repousser le "Terrifiant de visage" » [P1,a 40]
- « Celui qui connaît cela sur terre n'est pas quelqu'un dont le « Terrifiant de visage » (puisse) boire son eau. L'âme-ba de quelqu'un qui connaît cela ne (peut) pas périr grâce à la puissance des dieux qui sont dans cette caverne. Celui qui connaît cela est de ceux dont le crocodile-Âbesh ne (peut) pas avaler l'âme-ba » [P1,a 42-43]


 

7.3 Traduction

[Les titres, les subdivisions et les informations écrites entre crochets sont des commentaires ou des ajouts du traducteur.]

7e Heure - Introduction

[2 colonnes d'introduction situées à gauche, sur toute la hauteur des trois registres.]
[7,i 1-2] Voir les hiéroglyphes
Séjourner, par la majesté de ce Grand Dieu, dans la caverne d'Osiris. La majesté de ce Dieu donne des ordres dans cette caverne aux dieux qui s'y trouvent. Ce Dieu prend une autre forme (305) dans cette caverne. Il fait dévier son chemin (de celui) d'Apop grâce aux incantations magiques d'Isis et de l'Aîné-des-magiciens (306). Le nom du portail de ce lieu, devant lequel passe [7,i 2] ce Dieu, est « le Portail d'Osiris ». Le nom de ce lieu est « la Caverne secrète ». Le nom de l'Heure de la nuit qui conduit ce Grand Dieu est « Celle qui repousse le serpent-Hiou et décapite le " Terrifiant de visage " » (307).
[1 ligne courant sur la partie supérieure du registre 1 jusqu'à la queue de l'oiseau divin n° 501. En fait, celle « ligne » est constituée de minuscules colonnes de 2 à 4 hiéroglyphes.]
[7,i 3] Voir les hiéroglyphes
Chemin secret de l'Ouest par lequel le Grand Dieu passe dans sa barque sacrée. Il passe par ce chemin, sans eau ni halage, (308), mais il avance grâce aux incantations magiques d'Isis et de l'Aîné-des-magiciens, et grâce aux pouvoirs magiques qui sont dans la bouche de ce Dieu lui-même. Il est procédé au découpage d'Apop dans la Douat, dans cette caverne, sa (vraie) place (étant) dans le ciel (309).Ces choses sont réalisées de façon identique au nord de l'Espace Caché dans la Douat. C'est <utile> dans le ciel, et dans la terre (comme) sur la terre (310). Celui qui connaît cela est une des âmes-baou qui sont auprès de Rê.

7e Heure - Registre 1

Scène 1
[3 divinités d'aspects différents. Réparties au-dessus d'elles, 10 colonnes de texte de hauteurs très inégales.]
Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
[7,1 4-12]
Paroles dites par ce Grand Dieu : [5] Ô le Sublime, donne ta main pour qu'Horus puisse sortir de ta tête ! (311) Ô l'Elogieuse, (312) puisses-tu faire entendre ta voix et ta gorge être juste [?]. Ô la Vivante, ouvre ton repli ! (313) Je suis venu pour [10] éclairer « Celui qui préside aux ténèbres » [12] et offrir un lieu de repos à « Celui qui est dans le serpent-Mehen ».
[Noms des 3 divinités.]
[487] Le Sublime [momiforme et assis ; portant au niveau des hanches ce qui pourrait être une enveloppe de tissus d'où sort une tête de faucon]
[488] L'Elogieuse [à tête de lionne, un sceptre-ouas dans une main et une clé de vie dans l'autre] (314)
[489] La Vivante [serpent-uræus à tête humaine]
Scène 2
[Devant le trône d'Osiris coiffé de la double plume et entouré d'un serpent, 3 « ennemis » décapités par une divinité aux oreilles de chat. Réparties au-dessus de la scène, 15 colonnes de texte.]
Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
[7,1 13-27]
Ce Dieu dit à Osiris qui est dans le serpent-Mehen : (315) Ô toi [15] Osiris, le Premier de la Douat, maître de la vie, souverain de l'Ouest ! La vie t'appartient ; tu vis, toi qui es vie. La vitalité t'appartient ; tu es en pleine vitalité, toi qui es vitalité dans la terre (316). Puisses-tu être le plus distingué devant ceux qui sont à ta suite ! Puissent tes [20] ennemis tomber sous tes pieds, que tu puisses t'emparer de ceux qui ont agi contre toi ! Les flammes du « Vivant de formes » (317) sont (dirigées) contre eux, et il les consume. Le « Violent de visage » (318) est contre eux, il les abat, il les rôtit comme pièce-rôtie pour lui-même. [25] Quand Osiris est régénéré (319), chaque jour, je passe [27] devant toi en paix.
[Noms des divinités et personnages.]
[490 - n&r] La Chair d'Osiris [dieu assis portant la barbe, l'uræus au front, les 2 plumes solaires sur la tête, un sceptre-ouas dans une main et une clé de vie dans l'autre]
[491 - n&r] Le Vivant de formes [grand serpent entourant le dieu comme le ferait un naos, surmonté d'une clé de vie]
[492 à 494 - n&r] Les ennemis d'Osiris [nom collectif des 3 personnages décapités, agenouillés devant Osiris et entravés par les bras]
[495] Le Violent de visage [aux oreilles de chat, (320) tenant une épée dans une main et une sorte de garrot dans l'autre, et frappant les ennemis de Rê]
Scène 3
[3 ennemis jetés à terre et attachés par une corde tenue par leur bourreau. Réparties au-dessus de la scène, 10 colonnes de texte.]
[7,1 28-38]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
[Paul Bucher a compté une colonne de trop à partir de la 35]
La majesté de ce Dieu dit : Ô vous qui avez usé de liens [?] (321) [30] contre Osiris et vous êtes rebellés contre le Premier de la Douat, que vos bras soient entravés, que vos collets soient noués, que vos âmes-baou soient détruites et que vos ombres-chouout soient retenues ! [35] Le bourreau vous punit de son couteau (322) et vous ne (pourrez) pas échapper à sa surveillance, éternellement !
[Noms des divinités et personnages.]
[496 à 498] Ligoté [mot écrit au-dessus de chacun des ennemis affalés sur le dos, mais face contre terre et les bras entravés]
[499] Le Bourreau [tenant une corde enroulée à son extrémité et qui maintient les 3 ennemis ; il porte une longue mèche au front]
Scène 4
[3 oiseaux à tête humaine coiffés de la double couronne d'Égypte. Réparties au-dessus de la scène, 6 colonnes et demie de texte.]
[7,1 39-45]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ce Grand Dieu dit : [40] Ô (vous) âmes-baou vivantes sur lesquelles vivent les secrets, dont les têtes viennent à l'existence de ce qui vient à l'existence de moi [?], qui êtes à la suite des Chairs d'Atoum (323) et qui protégez [45] son corps dans la Douat !
[Noms des divinités.]
[Chacune de ces âmes-baou, oiseaux à tête humaine, porte la barbe et est précédée d'une clé de vie.]
[500] Matj, Celui qui glorifie [??]
[501] Celui de la venue à l'existence [?]
[502] Âme-ba de TaTenen
Scène 5
[Le dieu Atoum trônant sur la queue recourbée d'un serpent. Faisant corps avec le texte précédent, 7 colonnes et demie de texte.]
[7,1 45(suite)-49]
Puisse ton âme-ba vivre, Atoum ! Il te maintient, le « Rassembleur » qui est dans la terre, [49] et il projette sa flamme contre ceux qui se sont rebellés contre toi (324).
[Noms des divinités.]
[503 - n&r] La Chair d'Atoum [assis sur le serpent, tenant un sceptre-ouas dans une main et une clé de vie dans l'autre]
[504 - n&r] Le Rassembleur [serpent servant de trône à Atoum, précédé d'une clé de vie]

7e Heure - Registre 2

Scène 1
[La barque solaire. Réparties au-dessus de la barque, 13 lignes de texte suivies d'une ligne constituée en fait de minuscules colonnes. Paul Bucher affecte à l'ensemble le n° 68.]
[7,2 68]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ce Grand Dieu navigue en ce lieu sur le chemin de la caverne d'Osiris, halé grâce aux incantations magiques <d'Isis et> (325) de l'Aîné-des-magiciens, pour faire dévier son chemin (de celui) du serpent (appelé) le « Terrifiant de visage ». Ces incantations magiques d'Isis et de l'Aîné-des-magiciens sont faites pour repousser Apop loin de Rê, à l'ouest, dans la (partie) cachée de la Douat. Cela est fait sur terre également (326). Celui qui fait cela est de ceux qui sont dans la barque de Rê dans le ciel et dans la terre. (Il faut) au moins connaître cette image. Celui qui ne (la) connaît pas ne (peut) pas repousser le « Terrifiant de visage ».
[Noms des divinités dans la barque solaire, de la proue à la poupe.]
[505] Isis (327) [au bras démesurément long ; sa main touche la proue]
[Les n°s 506 et 507 sont en effet perspective]
[506] La Connaissance-Sia
[507] L'Aîné-des-magiciens (306)
[508 - n&r] Le serpent-Mehen [entourant et protégeant le dieu solaire à la manière d'un naos]
[509] La Chair
[510] Horus, l'Élogieux
[Les n°s 511 à 513 sont en effet perspective]
[511] Le Taureau de Maât
[512] La Vigie
[513] La Parole-Hou
[514] Le Guide de la barque [tourné vers la poupe, occupé aux rames du gouvernail]
Scène 2
[Un double trait vertical sépare la scène de la barque du reste du registre sur toute sa hauteur.
Le serpent Apop déployant ses anneaux, transpercé de 6 couteaux, est entravé à la tête et à la queue par deux divinités. Courant au-dessus de la presque totalité du registre, une grande ligne de texte.]
[7,2 69]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Le banc de sable du « Terrifiant de visage » dans la Douat mesure 440 coudées de long (328). Il l'occupe entièrement de ses anneaux. Son (massacre) est accompli contre lui sans que ce Grand Dieu passe devant lui quand il fait dévier de lui son chemin pour (rejoindre) la caverne d'Osiris. Ce Dieu navigue en ce lieu dans l'image du serpent-Mehen.
[16 colonnes de texte au-dessus du serpent Apop et jusqu'à la hauteur de la divinité 517.]
[7,2 70-83]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Il existe de cette façon sur son banc de sable qui est dans la Douat. Sedjaou est le nom de ce banc de sable (329) (qui mesure) 440 coudées de long sur 440 coudées de large. C'est sa voix qui conduit les dieux jusqu'à lui (330). Il se déplace après que [75] ce Grand Dieu est entré dans ce lieu. La Chair avale [= cache] son œil-solaire dans la terre (331) jusqu'à ce qu'il soit passé devant lui. Alors, « Celle qui fait respirer la gorge » [Serkit, divinité 516] lance le lasso du [80] châtiment autour de sa tête (332) (tandis que) « Celui qui est sur ses couteaux » [le dieu 517] (le lance) autour de ses pieds [sic] après qu'Isis et l'Aîné-des-magiciens lui ont ravi sa force par leur magie. Celui qui connaît cela sur terre n'est pas [83] quelqu'un dont le « Terrifiant de visage » (puisse) boire son eau (333).
[Noms des divinités, tournées vers la barque solaire.]
[515] Apop [surnommé dans cette heure le « Terrifiant de visage »]
[516] Celle qui fait respirer la gorge (334) [Serkit, déesse scorpion, entravant de son lasso la tête d'Apop]
[517 - n&r] Celui qui est sur ses couteaux [entravant de son lasso la queue (= les pieds !) d'Apop]
Scène 3
[4 déesses armées d'un couteau rouge. Au-dessus des deux premières, 4 colonnes de texte.]
[7,2 84-89]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Ce sont ces déesses qui châtient Apop dans [85] la Douat et qui repoussent (toutes) espèces [?] d'ennemis de Rê. Elles existent de cette façon, portant leurs couteaux. Elles châtient Apop dans [89] la Douat, chaque jour.
[Noms des 4 déesses.]
[Ces déesses sont tournées vers Apop et portent un couteau rouge à la poitrine]
[518 - n&r] Celle qui réunit
[519 - n&r] Celle qui tranche
[520 - n&r] Celle qui châtie
[521 - n&r] La Destructrice
Scène 4
[4 coffres-sarcophages gardés par 2 divinités, à l'extrémité droite du registre. Au-dessus de la scène, 20 colonnes de texte.]
[7,2 90-107 Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
[Paul Bucher ne compte que 19 colonnes.]
Ce sont les formes secrètes de la Douat, les coffres-sarcophages <de la terre> (335) et les têtes des secrets. Ils existent à l'extrémité de ce banc de sable. Les têtes et les couteaux qui s'y trouvent sortent [95] quand ils entendent l'envoûtement fait sur le « Terrifiant de visage ». Puis ils [= les coffres] avalent leurs images après que ce Dieu est passé par ce lieu (336). [100] Le « Maître du sceptre-ouas » [divinité n° 526] et « Celle pourvue de cœur » [divinité n° 527] sont les gardiens de ces images secrètes. [105] L'âme-ba de quelqu'un qui connaît cela ne (peut) pas périr grâce à la puissance de leurs couteaux.
[Noms des tombeaux et des divinités.]
[Chacun des coffres-sarcophages, contenant un tumulus de sable, est surmonté de deux têtes humaines et d'un couteau. Ce sont les sarcophages des 4 aspects les plus importants du dieu solaire.]
[522 - n&r] Celui qui contient l'image d'Atoum
[523 - n&r] Celui qui contient l'image de Khépri
[524 - n&r] Celui qui contient l'image de Rê
[525 - n&r] Celui qui contient l'image d'Osiris
[Les 2 divinités, tournées vers les tombeaux.]
[526] Le Maître du sceptre-ouas [tenant un sceptre-ouas à la main]
[527 - n&r] « Celle pourvue de cœur » [sans attribut particulier]

7e Heure - Registre 3

Scène 1
[Un dieu solaire à tête de faucon, trônant. Il porte un sceptre-ouas et une clé de vie. Courant au-dessus de la moitié supérieure du registre, 2 longues lignes de texte. La partie qui concerne cette scène s'arrête au niveau de la divinité n° 533.]
[7,3 142 (début)]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Cette image, c'est Horus sur son trône. Cette image existe de cette façon. Ce qu'il doit faire dans la Douat, c'est mettre les étoiles en mouvement et assurer l'(exacte) position des Heures dans la Douat.
[Noms du dieu.]
[528 - n&r] Horus sur son trône
Scène 2
[12 dieux portant chacun une étoile sur la tête et faisant face à Horus. La partie du texte qui décrit cette scène se situe sur les 2 lignes courant au-dessus du registre, au niveau des divinités n° 533 à 540.]
[7,3 142 (suite)-143]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
La majesté d'« Horus de la Douat » dit à ces dieux étoilés : Que vos chairs soient bien en ordre et que viennent à l'existence vos formes, vous qui reposez en vos étoiles (337). [143] Levez-vous donc devant ce « Rê de l'Horizon », qui est dans la Douat, chaque jour (338). Vous êtes à sa suite (tandis que) vos étoiles sont devant lui jusqu'à ce que j'aie parcouru le Bel Occident, en paix. Vous êtes ceux qui se tiennent dans la terre. Vous donc, vous m'appartenez (tandis que) vos étoiles sont dans le ciel (339), si bien que le Maître de l'Horizon est satisfait.
[Noms des divinités.]
[4 groupes de 3 dieux portant chacun une étoile sur la tête et faisant face à Horus trônant.]
[1er groupe, qui survient aux besoins des défunts (?)]
[529] Le Grand en moyens de subsistance
[530] Le Maître des moyens de subsistance
[531 - n&r] Le Maître des moyens de subsistance de la terre
[2e groupe]
[532 - n&r] Celui de la Douat (340)
[533 - n&r] Le Guide [?] des étoiles
[534 - n&r] Le Guide [?] des esprits-akhou
[3e groupe]
[535 - n&r] Celui au bras élevé
[536 - n&r] Celui au bras sacré
[537 - n&r] Celui au bras vaillant
[4e groupe]
[538 - n&r] Celui qui tranche avec sa langue
[539 - n&r] Celui qui tranche avec son œil
[540 - n&r] Celui qui abat les têtes
Scène 3
[12 déesses portant chacune une étoile sur la tête et tournées vers la droite. Au-dessus d'elles, 2 lignes et demie de texte.]
[7,3 144-146]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures        Voir la photo
La majesté d'« Horus de la Douat » dit aux Heures qui sont dans ce lieu : Ô les Heures qui venez à l'existence, ô les Heures étoilées, ô les Heures qui protégez Rê et combattez pour « Celui qui est à l'Horizon » ! (341) [145] Puissiez-vous recevoir vos formes, puissiez-vous porter vos images, puissiez-vous porter la tête haute tandis que vous guidez ce « Rê qui est à l'Horizon » à travers le Bel Occident, en paix. Ce sont donc ces dieux et déesses [146] (342)] qui guident ce Grand Dieu à travers les chemins secrets de ce lieu.
[Noms des divinités.]
[12 déesses portant chacune une étoile sur la tête et tournées vers la droite.]
[541] L'Elogieuse
[542] La Maîtresse de la terre
[543] La Maîtresse des maîtresses
[544 - n&r] Celle de la Douat [équivalent féminin du dieu n° 532]
[545 - n&r] Celle du côté droit [?]
[546] La Supérieure des énergies-kaou
[547] Celle qui apporte
[548] La Colorée [?]
[549 - n&r] Taït [déesse du tissage, voir déesse n° 421 à la 6e Heure]
[550 - n&r] Celle qui crée l'éclat-lumineux
[551 - n&r] Celle qui crée les formes
[552 - n&r] Celle qui enlève le malheur
Scène 4
[Un crocodile allongé sur un banc de sable d'où sort une tête humaine. Au-dessus de la scène, 6 colonnes de texte.]
[7,3 147-152]  Voir les hiéroglyphes        Voir les figures 
Il existe de cette façon sur le banc de sable. C'est lui qui protège l'image de ce lieu. Quand il entend la voix de l'équipage de la barque de Rê, l'Œil [d'Osiris] sort de son épine dorsale (343). [150] La tête qui est sur son rivage sort également. Il avale son image après que ce Grand Dieu est passé près de lui (344). [152] Celui qui connaît cela est de ceux dont le crocodile-Âbesh ne (peut) pas avaler l'âme-ba.
[Noms des divinités.]
[553 - n&r] L'Œil d'Osiris [évoqué, mais non représenté]
[554] Le crocodile-Âbesh qui est dans la Douat [étendu sur son banc de sable]
[555 - n&r] La tête d'Osiris [sortant du sable, à l'avant du banc, tournée vers la gauche]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Notes

(305) Jusqu'à la 6e Heure, le dieu solaire en léthargie naviguait sur sa barque protégé par une simple cabine en forme de naos. A la 7e Heure, il « prend une autre forme » en ce sens qu'il apparaît entouré par les replis du serpent-Mehen qui va désormais le protéger jusqu'à la fin de la nuit. Il s'agit autant d'un moyen efficace de protection que d'une mutation, ou plus précisément d'une mue, à l'image de ce que fait le reptile quand il change de peau.

(306) Terme malaisé à rendre en français (Wb 3,177 10-12. Le HWb,565 y voit même une épithète de Seth). Ici, les deux déterminatifs de ce mot évoquent l'idée d'un personnage âgé et expérimenté et d'une divinité. On pourrait traduire également « le Vieux magicien » ou « le Vieux chef magicien ». Peut-être faut-il y voir une allusion à Thot, magicien qui, avec Isis, fait usage de son art avec la plus totale maîtrise. Mais il s'agit plus vraisemblablement du dieu Héka, manifestation de la magie primordiale irradiant de Rê présente dans la barque solaire en compagnie de la Connaissance-Sia. (Voir MIFAO, Tome LXXIV, Le Livre des Portes (I), par Charles Maystre et Alexandre Piankoff, Le Caire 1939, page 28). Le nom de Héka figure également dans la barque solaire du sarcophage ptolémaïque de Djedhor, au Louvre, par exemple.

(307) Le serpent-Hiou et « le Terrifiant de visage » sont des surnoms d'Apop ou de Seth. Hiou signifie le monstre, l'âne.

(308) La barque solaire se trouve dans une situation délicate. Sur le territoire de Sokar, elle pouvait être halée sur le sable sec. Mais ici, elle s'est échouée sur un haut-fond de sable, car Apop a avalé une partie de l'eau du fleuve et seules les incantations magiques vont pouvoir la sortir de ce piège.

(309) Le possessif semble bien se rapporter, tout étonnant que cela paraisse, au serpent Apop. Le texte évoque sans doute indirectement la constellation de la Grande Ourse (La « Cuisse de Taureau », chez les Égyptiens, en plein nord, et qui est associée à Seth). Les allusions aux astres dans le ciel du nord se vérifient à d'autres endroits, dans cette Heure . Au registre inférieur, (§ 7,3 142), Horus doit « mettre les étoiles en mouvement ». La divinité 516 qui tient Apop en respect au registre 2 porte le nom de srqt-Htyt : « Celle qui fait respirer la gorge » formant jeu de mot avec celui de Serkit, nom de la déesse-Scorpion qui est aussi une constellation. Plutarque de son côté - longtemps après - raconte : « Ces événement [le complot contre Osiris] se passèrent, dit-on, le dix-sept du mois d'Athyr, qui est celui sous lequel le soleil passe par le signe du Scorpion, et la vingt-huitième année du règne d'Osiris. » (Isis et Osiris, § 13) Il semble donc naturel que le chef du complot et les comploteurs contre Osiris se voient châtiés au nord, région de Seth, et par Serkit-Scorpion.

(310) L'adjectif « utile » a été oublié chez MenKheperRê-Thoutmosis, mais pas chez AmenHotep II. Bien noter que la connaissance de ces textes est utile aussi bien « dans la terre » (séjour des défunts) que « sur terre » (séjour des vivants).

(311) « Puisse Horus sortir de ta tête ! » : il s'agit là de paroles adressées à la première divinité de gauche (n° 487) qui tient une tête de faucon sortant d'un objet long où l'on croit reconnaître une sorte d'enveloppe. Ce n'est ni un couteau ni un sabre. Ses mains sortent de ses bandelettes de momie, ce qui lui permettra de « faire sortir la tête » de l'enveloppe.

(312) Le dieu s'adresse maintenant à la déesse à tête de lionne n° 488.

(313) Le dieu s'adresse enfin au serpent-uræus à tête humaine n° 489.

(314) La déesse 124 (H1R4) et le serpent-femelle 324 (H4gR4) portent le même nom.

(315) Grand serpent qui forme une sorte de naos protecteur pour Osiris. Son nom signifie « Celui aux replis, Celui qui s'enroule ».

(316) Répétition saisissante du mot vie (anx) et de ses variantes dans un style très égyptien mais qui peut surprendre en français.

(317) Le « Vivant de formes » : surnom du serpent Mehen (n° 491) qui entoure Osiris de ses anneaux.

(318) Le « Violent de visage » est la divinité n° 495 aux oreilles de chat et aux gestes pleins de violence.

(319) Mot à mot : « quand Osiris est compté/ révisé/ remis en ordre », c'est-à-dire lorsque son corps est redevenu complet et qu'il retrouve son intégrité physique.

(320) Dans la tombe de Séthi Ier et celle de Ramsès VI, cette divinité porte une tête de chat et non plus seulement les oreilles comme ici. L'image d'un chat tranchant la tête d'un serpent se rencontre souvent pour illustrer le chapitre 17 des Formules pour sortir le jour. Ce chat est Rê enfant, nous explique le texte, dans un jeu de mot célèbre où l'on dit qu'il n'y a « rien de semblable » (= mi en égyptien) « à ce chat » (= miou en égyptien). Ici, les oreilles de chat font peut-être vaguement allusion à ce passage. Il n'est pas impossible que cette image, mal interprétée, ait plus tard donné naissance au diable cornu tourmentant les damnés, dans l'imaginaire chrétien...

(321) Passage obscur où il semble bien que les actions iniques perpétrées contre Osiris aient été en rapport avec des « liens », des lacets, des garrots (wt). Le mot wt utilisé dans ce contexte est rarissime et de sens très incertain. Peut-être faut-il voir là une allusion voilée aux circonstances de la mort d'Osiris dont les Égyptiens eux-mêmes ne nous ont jamais rien dit de précis. Plutarque, à la fin du § 11 de son Isis et Osiris, ne donne pas non plus la cause exacte de sa mort. Il dit simplement : « Enfin Osiris y entra [dans le coffre préparé pour son meurtre] et tout de son long s'y étendit. Au même instant, tous les convives s'élancèrent pour fermer le couvercle. Les uns l'assujettissent extérieurement avec des clous ; les autres le scellent avec du plomb fondu. L'opération terminée, le coffre fut porté sur le fleuve, et on le fit descendre jusque dans la mer... » Peut-être les liens dont semble parler notre propre texte ont-ils servi à maintenir, eux aussi, le coffre bien fermé ? D'où les « liens » des entraves et le garrot infligés aux ennemis d'Osiris dans la scène peinte ici.

(322) Jeu de mots par trois fois avec la racine nik signifiant punir (nik = punir, nikw = bourreau « punisseur », nikwt = couteau).

(323) La divinité n° 503 représentée dans la scène 5.

(324) On peut constater encore ici que des dieux Atoum et Osiris se confondent. Leurs chairs, comme celles d'une momie, sont rassemblées et maintenues. De plus, le dieu solaire dit à Atoum « ceux qui se sont rebellés contre toi » comme s'il s'agissait d'Osiris auquel il s'adressait dans les mêmes termes quelques lignes auparavant.

(325) Le scribe a oublié d'écrire le nom d'Isis (deux petits hiéroglyphes) qui est pourtant mentionné dans les autres versions, tout comme quelques mots plus loin dans la suite du texte et dans l'introduction de cette Heure.

(326) Allusion au rituel quotidien, sur terre donc, dans le temple d'Amon durant lequel les imprécations d'Isis contre Apop sont récitées (voir le papyrus Bremner-Rhind, British Museum n° 10188) dont les formules sont destinées à « abattre Apop ». Traduction de Claire Lalouette dans Textes sacrés et textes profanes de l'ancienne Égypte, volume 2, Gallimard.)

(327) Isis qui va ouvrir le difficile chemin de cette Heure grâce à ses incantations magiques remplace « L'Ouvreur des chemins », trouvé habituellement à cette place. De même « l'Aîné-des-magiciens » remplace la « Maîtresse de la barque ».

(328) Environ 230 m. Le texte de MenKheperRê-Thoutmosis dit incontestablement 443 coudées. Mais le 3 final est une erreur du scribe qui a dû le confondre, sur son original, avec un p hiératique mal écrit du démonstratif tronqué p(w). Lecture correcte : « Le banc de sable, ... c'est 440 coudées. » Même erreur chez AmenHotep II. Pourtant, dans les colonnes qui suivent (§§ 7,2 71-72), le texte dit « 440 coudées de long sur 440 de large ». L'Abrégé (P1a,41) dit 450 coudées !.. Ce qui démontre soit le mauvais état de l'original, soit un passage difficile à lire ou presque effacé. De plus, quelques hiéroglyphes plus loin, le mot « massacre » ajouté dans la traduction a été lui aussi sans doute mal lu. Il a été rétabli d'après le paragraphe déjà cité de l'Abrégé.

(329) Sedjaou : « Celui qui apporte (l'eau) ». Ce nom n'est pas clair du tout, car c'est le contraire qui semble se produire puisqu'Apop essaie d'avaler toute l'eau du fleuve. Erik Hornung se demande, sans conviction, si ce ne serait pas parce qu'il doit la recracher après sa défaite... Sur un plan anecdotique, on pourra noter qu'un serpent « apporte de l'eau » dans les textes chrétiens. « Alors le serpent vomit comme un fleuve d'eau derrière la femme pour la faire emporter par les flots. » (Apocalypse 12,15).

(330) Le banc de sable est assimilé à Apop. De plus, le dieu solaire navigue encore dans les ténèbres ; il se dirige « à la voix ». Seules les flammes que crachent les têtes des serpents peuvent éclairer ces lieux de leurs redoutables lueurs rougeoyantes, car le globe solaire a été lui-même dissimulé par prudence (voir la suite du texte et la note 23 ci-dessous).

(331) Le dieu en léthargie (la Chair) dissimule son globe oculaire solaire de peur qu'Apop ne le dévore. Autrement dit, c'est le pire danger qui le menace car la lumière solaire serait alors vaincue par les forces d'anéantissement. On sait également que l'œil d'Horus a été arraché par Seth lors d'un terrible combat. Le danger est donc bien réel.

(332) A propos de Serkit-Scorpion châtiant Apop, voir aussi la note 309 ci-dessus. A noter, sur un plan anecdotique (?), que c'est une femme qui meurtrira le serpent à la tête, près d'un millénaire plus tard, dans les textes bibliques. « Je mettrai l'hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et la tienne. Celle-ci te meurtrira à la tête et toi tu la meurtriras au talon. » (Genèse 3,15). Seule la première affirmation de ce texte coïncide avec le nôtre qui dit, lui, que c'est sa descendance, un homme, qui le meurtrit au talon (= ses pieds !) Existe-t-il un lien de parenté entre ces deux textes ? Il faudrait beaucoup d'imprudence pour l'affirmer. On peut toutefois se poser la question.

(333) Apop tente d'avaler toute l'eau sur laquelle navigue la barque du dieu qui va s'échouer sur un banc de sable. C'est la magie qui lui permettra de poursuivre sa route. Ainsi donc, quiconque connaît cela, à l'instar du dieu solaire, peut éviter un tel piège.

(334) Jeu de mots entre « Celle qui fait respirer » (srqt) et le nom de la déesse-scorpion Serkit. On pourra aussi consulter la note 309 ci-dessus.

(335) « de la terre » a été omis par le scribe de MenKheperRê-Thoutmosis. Restauré ici d'après la version d'AmenHotep II.

(336) Sauf le respect dû à ces plus nobles sarcophages du dieu solaire, ces têtes et ces couteaux ressemblent fort à ces horloges suisses d'où sort un coucou pour sonner chaque nouvelle heure. Ici, donc, ils ne sortent que lors du passage du dieu à leur hauteur, puis ils retournent à l'obscurité de leur coffre.

(337) Les « dieux étoilés » dont il est question ici sont, bien entendu, ces 12 divinités à caractère stellaire, et les « étoiles » sont celles qu'ils portent sur la tête. Il est vraisemblable que ce passage fasse également allusion aux esprits-akhou des rois et des défunts justifiés dont les étoiles sont la manifestation dans le ciel, comme le nom du dieu étoilé 534 (le Guide [?] des esprits-akhou) peut le suggérer.

(338) On peut constater ici toute la complexité et la subtilité des concepts religieux égyptiens. « Horus qui est sur son trône », un des aspects du dieu solaire en léthargie, porte aussi le nom « d'Horus de la Douat », plus couramment appelé « Horus de l'Horizon ». A l'aube, il va devenir « Rê de l'Horizon ». Horus et Rê sont assimilés l'un à l'autre sous le nom de « Rê-Horus de l'Horizon » (souvent transcrit Rê-Horakhty). Ici, cette assimilation fait d'autant moins de doute que le pronom « JE » est utilisé dans la phrase suivante.

(339) Le cadavre des bienheureux appartient à la terre, tandis que leurs « étoiles », leurs esprits-akhou, appartiennent au ciel, comme le déclaraient déjà les Textes des Pyramides au § 474 :
« L'esprit-akh est pour le ciel, le cadavre est pour la terre »

(340) Les dieux 104 (H1R4) et 897 (H12R3) portent le même nom.

(341) « Celui qui est à l'Horizon » est encore un des surnoms de Rê.

(342) Cette ligne 146 nous donne l'occasion très rare en égyptien d'observer un cas d'écriture dite boustrophédon consistant à écrire une ligne de gauche à droite puis d'écrire la suivante de droite à gauche, comme le feraient des bœufs qui tourneraient au bout du champ pour labourer le sillon suivant, selon l'étymologie du mot. Ce procédé n'est pas utilisé chez les Égyptiens. Ici pourtant, c'est indiscutable. Je pense qu'il faut simplement l'attribuer à la fatigue du scribe qui a oublié de retourner à la marge gauche de son paragraphe pour le terminer, retrouvant pour un instant ses réflexes ordinaires d'écriture. Mais en procédant ainsi, il commet une erreur qui consiste à écrire en clair (de droite à gauche, selon les conventions habituelles de l'hiératique et sans tracer chaque hiéroglyphe à l'envers) un texte qui aurait dû rester caché aux yeux d'autres scribes moins instruits que lui. Car notre homme, nous en avons la preuve ici, comprenait parfaitement ce qu'il écrivait. Il s'agit là d'une négligence. Voir l'article écriture rétrograde dans le glossaire.

(343) On a beau chercher sur le dos du crocodile, on ne voit aucun œil. Pourtant, une grande inscription très au-dessus du crocodile dit : « l'Œil d'Osiris »

(344) C'est un peu comme ce qui se passe pour les têtes et les couteaux des coffres-sarcophages dont il est question au § 7,2 95 du registre 2.