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LA 1ère HEURECelle qui fracasse le front des ennemis de Rê |
| Présentation | Registre 1 | Registre 2 | Registre 3 | Registre 4 |
| Conclusion | ||||
Cette 1ère Heure est représentée sur quatre registres dans toutes les tombes où elle figure, alors que la logique en exigerait seulement trois, comme c'est le cas dans la plupart des autres Heures de l'Amdouat. Car on imagine bien la barque solaire naviguant au milieu du fleuve, et ses adorateurs répartis de part et d'autre sur les berges. Mais, en suivant une telle disposition, la scène centrale aurait été trop longue et les divinités des rivages trop espacées. La répartition des masses graphiques aurait perdu en équilibre ce qu'elle aurait gagné en clarté. C'est sans doute la raison qui a poussé les artistes à travailler sur quatre registres. Besoin de place et besoin d'harmonie.
Dans la tombe d'AmenHotep II, fils de MenKheperRê-Thoutmosis, on constate même que la barque solaire du registre 2 n'est pas représentée
. Seuls les noms de quatre divinités (sur huit) sont écrits à l'emplacement que devrait occuper la barque, avec, en plus, l'expression gm wS, c'est-à-dire « trouvé endommagé ». Les scribes et les décorateurs des deux tombes ont certainement travaillé avec des modèles en mauvais état, surtout celui d'AmenHotep II, et il semble même certain qu'ils aient travaillé avec le même modèle qui serait passé d'une génération à l'autre.
A l'heure du crépuscule, le dieu solaire entre en terre. Il prend son aspect nocturne : un corps humain à tête de bélier aux cornes horizontales surmontée du globe solaire. C'est la Chair du Grand Dieu qu'il ne faut pas confondre avec Khnoum. Debout sous un naos, dans une barque dont la proue porte encore un tapis de protection contre l'extrême chaleur diurne, il navigue sur un fleuve imaginaire de l'au-delà, l'Ourenes.
Sur les berges, de part et d'autre de l'Ourenes, de nombreuses divinités l'acclament, lui font fête et lui assurent sa protection.
Les registres 2 et 3
devraient n'en faire qu'un seul, dans le cortège, et les divinités du R3 devraient précéder celles du R2.
C'est l'Heure où les splendeurs du monde matériel souterrain s'ouvrent pour le dieu, afin qu'il puisse commencer ses transformations et sa régénération puis resurgir à l'est, glorieux, à l'aube prochaine. Lorsqu'il passe, c'est un instant de grande jubilation suivi toutefois de gémissements, lorsqu'il s'éloigne, car les ténèbres envahissent à nouveau ce lieu.
Le texte se termine par les ordres du dieu, et un hymne lui est adressé. Cette conclusion, d'une intense beauté, est empreinte d'une très grande richesse théologique.
Neuf babouins qui ouvrent (les portes), douze déesses qui vénèrent, neuf divinités à têtes diverses qui adorent puis douze autres déesses qui <conduisent> le Grand Dieu, soit en tout quarante deux divinités.
La plupart des douze déesses portent des noms identiques ou assez semblables à ceux des 12 Heures de la nuit qu'elles concrétisent ainsi. En annexe, on pourra en consulter un tableau comparatif.
Debout dans la barque, la Chair [n° 46] du dieu solaire en léthargie, en tant que bélier [1,3 120], navigue sur le fleuve-Ourenes, protégé par un naos. Un équipage de huit divinités l'accompagne à bord : trois à l'avant et cinq à l'arrière. A cette heure charnière entre le jour et la nuit, l'avant de la barque est protégé par un tapis déjà évoqué précédemment.
Devant la barque, douze divinités. D'abord la Double Maât. Parmi les autres divinités, on distingue quatre stèles à têtes humaines [58 à 61] qui personnifient les ordres émanant des quatre principaux aspects du dieu solaire.
Dans une barque, Khépri [n° 65] est entouré par la double image d'Osiris. Khépri constitue l'objectif final à atteindre, à la 12e Heure. Son rôle, devant la barque solaire, revêt ici une grande importance.
A l'extrême droite, donc en tête du cortège, le gardien n° 82
« Celui qui scelle la terre », tourné dans le sens inverse de la marche, empêche les morts indésirables (sans doute des ennemis du dieu) de le suivre [1,3 120].
Neuf babouins qui jouent de la musique, douze serpents femelles qui éclairent, neuf dieux qui acclament puis douze déesses qui ovationnent le Grand Dieu, soit à nouveau quarante deux divinités.
Les noms de plusieurs de ces divinités témoignent de leur double rôle d'adorateurs et de gardes du corps dont la seule évocation peut effrayer les êtres malfaisants.
Cette remarque s'applique aussi aux divinités du R1.
A droite des quatre registres, sur toute leur hauteur, un texte de conclusion sur neuf colonnes montre le dieu solaire donnant des ordres aux divinités du monde souterrain. Puis on lui adresse un hymne de louange et de bienvenue, car il vient pour faire respirer le lieu de la destruction, Osiris et ceux qui y résident [1,c 232-235]. Enfin, le dieu donne des consignes précises pour que chaque divinité remplisse parfaitement la fonction qui lui est assignée.
Il faut bien noter ici que toutes les divinités de l'Amdouat et les Heures elles-mêmes ne sont que des aspects du dieu, des énergies qui émanent de son âme-ba [1,c 233]. Ce sont même ses propres chairs [1,c 231]. Qu'elles aient un aspect masculin ou féminin, elles sont des manifestations de lui-même, à son service : « Je vous ai faits pour mon âme-ba. Je vous ai créés pour ma gloire ». On pourra le vérifier tout au long de ces 12 Heures [1,c 231-232].
- « <Celui qui connaît> ces images (devient) identique au Grand Dieu lui-même. C'est utile pour lui sur terre, vraiment efficace, grandement, comme le sont leurs images secrètes dans les écrits. » [1,c 239].
- « Celui qui connaît ces images (devient) identique au Grand Dieu lui-même. C'est utile pour lui sur terre, vraiment efficace. C'est utile pour lui (aussi) dans la Douat, grandement. » [Abrégé : P2,a 5]
[Les titres, les subdivisions et les informations écrites entre crochets sont des commentaires ou des ajouts du traducteur. Dans les textes traduits, les espaces entre crochets [ ] représentent un vide volontaire laissé par le scribe.]
Notes
(21) Surnom que porte également Horus (« Horus, l'Élogieux »), celui qui se trouve dans la barque, juste derrière le dieu solaire.
(22) Les déesses 602 (8e Heure, registre 3) et 703 (10e Heure, registre 1) portent le même nom.
(23) La déesse 316 (4e Heure, registre 2 de droite) porte le même nom qui peut aussi désigner Hathor.
(24) Le dieu 183 (2e Heure, registre 3) porte le même nom. Ce surnom convient à Anubis et aux divinités protectrices des nécropoles.
(24a) Le dieu 189 (2e Heure, registre 4) porte le même nom.
(25) Restauré d'après le texte d'AmenHotep II.
(26) Le nom exact de la 4e Heure est « Celle qui est grande par son pouvoir ».
(27) « Arrivée » est peut-être à prendre au sens de « port, escale, refuge » en attendant de poursuivre la navigation. Le titre exact de la 6e Heure est « L'Arrivée, qui donne la bonne (direction) ».
(28) Le nom exact de la 7e Heure est : « Celle qui repousse le serpent-Hiou et décapite le "Terrifiant de visage" »
(29) Le nom exact de la 8e Heure est : « La Maîtresse de la nuit profonde ».
(30) Le nom exact de la 9e Heure est : « L'Adoratrice, qui protège son maître ».
(31) Le nom exact de la 10e Heure est : « La Furieuse, qui tue les rebelles ».
(32) Le nom exact de la 11e Heure est : « La Stellaire, maîtresse de la barque, qui repousse l'ennemi quand il apparaît ».
(33) Le nom exact de la 12e Heure est : « Celle qui voit la beauté de Rê ».
(34) Le scribe de MenKheperRê-Thoutmosis semble avoir travaillé avec un modèle en bien mauvais état. Celui d'AmenHotep II ne disposait sans doute pas d'une meilleure copie (c’était peut-être d’ailleurs celle qui avait déjà servi pour MenKheperRê-Thoutmosis !), car à cet endroit, il écrit sans le moindre état d'âme gm wS, c'est-à-dire « trouvé endommagé ». Chez MenKheperRê-Thoutmosis, il abdique, alors que chez AmenHotep II il s'efforce de recopier son texte en mauvais état, quoi qu'il en coûte. Pourtant, il aurait pu s'inspirer de l'abrégé de cette 1ère Heure qui dit (en P2a, 3-4) : « "Les Eaux de Rê" est le nom du premier champ de la Douat. Il en distribue des terres aux dieux qui sont à sa suite. Il commence à donner des ordres et à prendre soin de ceux de la Douat à propos de ce champ. »
(35) Dans la tombe de son fils AmenHotep II, cette barque n'est même pas représentée. Seuls les noms de 4 divinités sont écrits à l'emplacement que devrait occuper la barque, avec, en plus, l'expression : gm wS, c'est-à-dire « trouvé endommagé ».
(35) Dans la tombe de son fils AmenHotep II, cette barque n'est même pas représentée. Seuls les noms de 4 divinités sont écrits à l'emplacement que devrait occuper la barque, avec, en plus, l'expression : gm wS, c'est-à-dire « trouvé endommagé ».
(36) « L'Ouvreur des chemins » est écrit au-dessous de « La Connaissance-Sia ». Le bon sens exige toutefois de rétablir « L'Ouvreur des chemins » en tête, comme c'est d'ailleurs le cas dans les barques des autres Heures.
(37) « La Chair » est le nom que reçoit le dieu solaire en léthargie durant son voyage nocturne dans sa barque, sous l'aspect d'un corps humain à tête de bélier aux cornes torsadées horizontales (qu'il ne faut pas confondre avec Khnoum). Cette Chair semblera abandonnée, à la fin de la 12 Heure, comme le ferait un papillon quittant sa chrysalide. Mais il n'en est rien, car elle devient alors « le Grand Flot (qui) jaillit de la terre et de cette image » [12,3 105-106], l'inondation bienfaisante. Il est toutefois intéressant de noter que l'évangéliste Jean utilisera le même mot 1500 ans plus tard pour désigner l'Énergie divine se concrétisant sous son aspect de matière (masse) : « le Verbe s'est fait Chair » (Jean 1,14).
(38) De très nombreux textes nous montrent Maât comme étant double. Les Égyptiens expliquent cette dualité de diverses façons.
(39) Le dieu 740 (10e Heure, registre 2) porte le même nom.
(40) Ordre au sens de commandement, injonction, comme le laisse penser la forme des stèles où sont souvent gravés des décrets royaux.
(41) Texte tout aussi confus que celui qui court au-dessus du registre 2.
(42) Bélier à corps humain. Il figure debout, dans un naos, au centre de sa barque. Il est alors appelé « La Chair ».
(43) Il semble hautement probable que les « morts » qui ne vont pas à la suite du dieu solaire au-delà de ce portail sont ici les ennemis du dieu et non pas tous les morts en général.
(44) Longue lacune, sans doute due à l'étourderie ou à la hâte du scribe, restaurée d'après le texte d'AmenHotep II.
(45) Voir à ce propos la conclusion de l'Abrégé (en P1,a 65) : « Document-mystique exceptionnel, écriture secrète (de) la Douat qui ne doit être connue de personne sauf d'un petit nombre. Cette image est réalisée de façon identique dans la (partie) cachée de la Douat ».
(46) « Celui à la bouche balayée » (par les flammes sortant de sa bouche ?) Cette expression appartient au rituel funéraire de l'ouverture de la bouche (traduite alors « bouche nettoyée »). Voir à ce propos Jean-Claude Goyon dans sa traduction des Rituels Funéraires de l'Ancienne Égypte scènes XXII et XXIII, pages 131-132.
(47) Le dieu 187 (2e Heure, registre 4) porte le même nom.
(48) Le dieu 683 (9e Heure, registre 1) porte le même nom.
(49) Le dieu 350 à tête de taureau (5e Heure, registre 1) porte le même nom.
(50) Il s'agit du gardien qui interdit à quiconque n'y est pas autorisé, et en particulier à ces morts ennemis du dieu solaire, d'aller plus loin, scellant ainsi l'horizon de l'ouest.
(51) Restauré d'après le texte d'AmenHotep II. Comme on le verra tout au long de ces Heures, les serpents qui crachent du feu éclairent les ténèbres de leurs terribles rougeoiements.
(52) Le serpent 619 (8e Heure, registre 3, C10) porte le même nom.
(53) Le serpent 671 (9e Heure, registre 3) porte le même nom.
(54) Les serpents 679 (9e Heure, registre 3) et 822 (12e Heure, registre 1) portent le même nom.
(55) Les deux uræus 92 et 101 sont appelées toutes deux « Flamboyantes », faute de synonymes en français. En égyptien, ce sont les mots nsrt et bsyt qui sont utilisés et qui évoquent tous deux une très vive chaleur. J'ai ajouté le nom égyptien à la deuxième pour les distinguer.
(56) Restauré d'après le texte d'AmenHotep II.
(57) Les dieux 532 (7e Heure, registre 3) et 897 (12e Heure, registre 3) portent le même nom.
(58) Signalé comme « trouvé endommagé » chez AmenHotep II. Peut-être « Le Taureau des formes », comme le dieu 211 (3e Heure, registre 1) ?
(59) Signalé comme « trouvé endommagé » chez AmenHotep II.
(60) Restauré d'après le texte d'AmenHotep II.
(61) Le serpent-femelle 324 (4e Heure, registre 4 gauche) et la déesse 488 (7e Heure, registre 1) portent le même nom.
(62) La « Grande Cité » est un nom que l'on donne parfois au monde des défunts.
(63) Jeu de mots entre le verbe ar sortir, monter et ra, le nom de Rê.
(64) Le pronom personnel suffixe « nous » est omis chez MenKheperRê, mais présent dans les autres versions.
(65) Allusion récapitulative aux babouins du registre 1 et du registre 4, comme étant « ceux qui ouvrent », comme il est dit au § 1,1 1. Chaque allusion aux divinités suivantes se réfère à la ligne de texte qui les décrit, dans chacun des 4 registres, ces textes ayant parfois été omis chez MenKheperRê mais pas chez AmenHotep II.
(66) Allusion aux 12 déesses du registre 1, scène 2.
(67) Allusion aux 9 dieux du registre 1, scène 3.
(68) Allusion aux 12 déesses du registre 1, scène 4 dont les noms correspondent approximativement aux noms des 12 Heures de la nuit et à travers lesquelles le dieu solaire va être conduit.
(69) Allusion à la double Maât (déesses n° 52 et 53) au registre 2, devant la barque solaire. Maât, émanation solaire, est considérée comme fille de Rê.
(70) Traduction très incertaine. Les « stèles » dont il est peut-être question ici font sans doute référence aux divinités-stèles 58 à 61 du registre 2.
(71) Allusion claire au dieu n° 63, situé à l'extrême droite du registre 2 et qui a pour nom « Celui qui traverse les Heures ». On peut constater, ici comme quelques lignes plus bas et partout ailleurs, que la très grande majorité de ces nombreuses divinités représentées sur les scènes des 12 Heures de la nuit ne sont que des aspects du dieu solaire lui-même, de ses équivalents ou émanations, ou des objets qui en détiennent un aspect.
(72) Allusion à la déesse n° 77 du registre 2.
(73) Allusion à l'objet composite divin n° 80 du registre 3 qui a pour nom « Celui qui sépare les eaux » et qui a pour fonction d'être la ligne de partage des eaux du ciel et de la terre. L'allusion au « poissons » est très hypothétique.
(74) Allusion au dieu n° 82, à l'extrême droite du registre 3, le gardien de l'Heure, appelé « Celui qui scelle la terre ». « Découvrir l'épaule » est peut-être un geste de salutation révérencieuse pour montrer qu'on ne porte pas d'arme.
(75) Allusion probable aux neuf divinités 104 à 112 puis aux douze autres 113 à 124 du registre 4, malgré le féminin utilisé pour les deux groupes, confusion que l'on trouve aussi chez AmenHotep II.
(76) Les divinités qui sont représentées sur toutes ces scènes sont la réplique exacte des mêmes scènes qui se trouvent dans une région cachée de la Douat, le fameux « Espace Caché », sorte de tombe-prototype réalisée en cachette par Horus pour soustraire le cadavre de son père Osiris à de nouvelles fureurs de Seth. Cette allusion aux décorations de cet Espace Caché va se rencontrer en permanence dans tous nos textes, avec leur position géographique exacte sur les murs. Voir à ce propos la partie de cet ouvrage décrivant la disposition des Heures.